TOURNAI

Le Tournai d’avant: jardiniers, attention aux saints de glace

Il y a moins d’un demi-siècle, jardiniers, horticulteurs et autres agriculteurs consultaient leur calendrier lunaire avec une scrupuleuse attention, pour suivre leurs travaux et craignant plus encore les maux causés par les «saints de glace».

Ils sont trois, Mamert, Pancrace et Servais «à eux trois un petit hiver» rappelle le proverbe. Cette période climatologique ne repose sur aucune observation scientifique et cependant, elle est ancrée depuis le haut Moyen Âge.

Prudence de mise

La plupart des sources font remonter la tradition de ces saints aux Rogations, instituées par Mamert en 470 pour conjurer une série de calamités naturelles; durant trois jours, clergé et agriculteurs processionner autour des jardins et des champs en priant. Ces Rogations n’ont disparu que dans les années 1950, avec la précision des données techniques.

Ces saints de glace ne sont plus repris en nos calendriers, supprimés en 1960 lors du Concile «afin d’éliminer ces pratiques rituelles». On retrouve ces personnages dans les anciens documents, le 11 mai, saint Mamert, archevêque de Vienne en France mort en 474; le 12, saint Pancrace, décapité en 304 à Rome à l’âge de 14 ans, il est le patron des enfants; le 13 mai, saint Gervais, premier évêque certifié de Tongres, décédé en 384.

Dans la réalité, les anciens avaient certainement remarqué cette trilogie plutôt néfaste et faisaient preuve de patience pour leurs semis et repiquage. Mais pourquoi à cette date?

Ceci semble être lié au cycle lunaire, connu depuis l’antiquité, suivi aujourd’hui encore et surtout à ce phénomène appelé la «lune rousse». C’est la première lunaison après Pâques, cette année elle court du 23 avril au 22 mai, le disque apparaît teinté de roux mais, surtout, la différence entre les jours chauds, favorables à l’éclosion de bourgeons, et les nuits froides qui les fragilise est très importante.

Les saints de glace ont donné naissance à de multiples dictons, tous empreints d’une nécessaire prudence; mais il y a quand même un antidote, c’est que «la saint-Urbain passée, le vigneron s’en va rassuré».

Notre climat se transforme, les saints de glace ne sont plus évoqués que pour mémoire, aucun des trois n’a pris place dans le cortège des saints présents au chœur de la cathédrale tournaisienne…