SANTÉ

Avez-vous renoncé à des soins médicaux? Les chercheurs vous interrogent

Avez-vous renoncé à des soins médicaux? Les chercheurs vous interrogent

Les scientifiques veulent mesurer l’ampleur des reports de soins médicaux. BELGA

Renoncez-vous à des soins médicaux durant le confinement? L’UCLouvain lance une enquête, pour éviter une «bombe à retardement» en matière de santé publique.

Les Belges ont-ils négligé leurs soins médicaux sans lien avec le coronavirus? Les observations pointent une baisse significative de la fréquentation des urgences, des dépistages, des prises en charge de maladies chroniques, du handicap, de problèmes de santé mentale, etc.

Deux professeurs de l’institut de recherche santé et société de l’UCLouvain, Sandy Tubeuf et Dominique Vanpee, lancent une enquête auprès de la population pour mesurer l’ampleur de ce report ou de ce renoncement aux soins en cette période de confinement. L’objectif est double: évaluer les besoins en soins médicaux et comprendre les raisons du phénomène.

L’institut de santé publique Sciensano a déjà mené une enquête du 2 au 9 avril auprès de 44 000 Belges, avec quelques observations interpellantes à la clé: 65% des personnes interrogées ont renoncé à un traitement médico-technique durant cette période. Près de 75% des consultations chez les médecins généralistes ont été maintenues, mais 40% seulement des rendez-vous chez le psychologue ou le psychiatre ont eu lieu, dont 28% à distance.

«L’étude de Sciensano touche à énormément de choses. Nous avions envie de rentrer à l’intérieur des résultats pour comprendre les raisons du renoncement», explique Sandy Tubeuf, professeure en économie de la santé à l’UCLouvain.

L’enquête se concentre sur les soins en première ligne, à l’hôpital, infirmiers, paramédicaux, dentaires et les prescriptions de médicaments. Les chercheurs souhaitent donc savoir qui y a renoncé et surtout, pourquoi. Les explications peuvent être de différents ordres et appellent des réactions différentes de la part des autorités.

Un choix individuel?

Si les reports ou renoncements sont simplement liés à la fermeture des services, «la réflexion des autorités doit être menée au niveau de l’offre de soins». S’ils sont par contre fortement liés à des choix individuels – ce qui est probable -, il convient «de réfléchir aux perspectives que les gens ont par rapport aux soins. On entre alors dans une dimension plus humaine et sociale». Des annulations peuvent par exemple être justifiées par la peur d’être infecté par le Covid-19 en se rendant en consultation, parce que telle personne estime que ce dont elle souffre n’est pas urgent, ou encore par crainte d’encombrer les services médicaux.

«Ce qu’il faut éviter, c’est une bombe à retardement en matière de santé publique», redoute Sandy Tubeuf. D’autant plus, selon la professeure, que nous serons peut-être amenés à vivre des confinements et déconfinements plus régulièrement à l’avenir. Et qu’il faudra tenir compte de la poursuite soins médicaux «ordinaires» dans chacune des situations.

Une participation la plus large possible

L’enquête sur le renoncement aux soins de santé non liés au coronavirus s’adresse à toutes les personnes d’au moins 18 ans vivant en Belgique. Elle est accessible en ligne, en français et en néerlandais, et prend une douzaine de minutes. «Le but est que beaucoup de monde y participe, pour comprendre qui a renoncé et pourquoi», explique Sandy Tubeuf, qui espère que tous les âges et toutes les catégories de la population seront représentés. Une première analyse devrait être réalisée d’ici quinze jours, avec des résultats qui pourraient être utiles aux autorités de santé publique et aux pouvoirs publics. L’enquête restera par contre ouverte, vraisemblablement jusque fin juin.

Enquête en ligne accessible en cliquant sur ce lien



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