ÉNERGIE

On met les éoliennes à l’arrêt pour faire tourner le nucléaire

On met les éoliennes à l’arrêt pour faire tourner le nucléaire

En six semaines, la perte de production de l’éolien offshore se situe entre 4 et 17% BELGA

Ça se répète de plus en plus souvent, dénonce le secteur du renouvelable: on doit arrêter les éoliennes pour faire de la place à l’électricité nucléaire.

Être obligé d’arrêter les éoliennes pour permettre au réseau électrique d’absorber l’électricité produite par les centrales nucléaires: voici la situation qui se répète depuis près de deux mois en Belgique.

Ubuesque au regard de la nécessité d’aller vers plus d’énergie renouvelable pour lutter contre le dérèglement climatique, cette situation se justifie d’un point de vue technique: si l’électricité produite n’est pas consommée, le trop-plein risque de compromettre l’équilibre du réseau. Dans ce cas c’est Elia, le gestionnaire de celui-ci qui demande une réduction de la production électrique. Et comme on arrête et on redémarre moins facilement un réacteur nucléaire qu’une éolienne…

On l’a dit, cette situation se répète régulièrement depuis le mois de mars: ralentissement de la consommation à cause du confinement et conditions météo favorables (vent et soleil en abondance) aux productions éoliennes et photovoltaïques l’expliquent. Mais la situation commence à agacer les producteurs d’électricité verte.

Dans une lettre ouverte, aux «dirigeants et experts en énergie de ce pays» Jean-Jacques Delmée, le CEO d’Eneco dénonce ainsi cette surabondance d’électricité nucléaire qui a obligé le fournisseur d’énergie à mettre à l’arrêt une grande partie de ses 104 éoliennes «faute d’une volonté claire de moduler ou de mettre à l’arrêt les centrales nucléaires ».

«C’est comme si on vous interdisait de consommer des légumes bio cultivés localement, alors que les grands producteurs inondent le marché sans aucune retenue. Cela réduit à néant toutes nos ambitions durables », dénonce Jean-Jacques Delmée.

Mais c’est tout le secteur de l’éolien qui monte au créneau. La Belgian Offshore Platform (BOP), qui gère les parcs éoliens en mer du Nord, a ainsi fait ses comptes: la perte de production sur une période de six semaines se situe entre 4,65 et 17,5%. Et ces demandes d’ajustement sont «de plus en plus fréquentes » d’environ 500 MW, soit environ un tiers de la capacité installée. Le lundi de Pâques, plus de la moitié (900 MW) de la capacité de production a même été temporairement arrêtée.

Les propriétaires d’éoliennes font remarquer que, pendant que leurs infrastructures doivent être arrêtées, les centrales nucléaires continuent par contre de fonctionner à plein régime. «C’est en contradiction avec la transition énergétique. Les centrales nucléaires non flexibles y font obstacle», estime Annemie Vermeylen, secrétaire générale de la BOP.

Hier, le député fédéral écolo Samuel Cogolati devait relayer ces interpellations en commission de l’Énergie, de l’Environnement et du Climat. Pour donner confiance aux investisseurs dans le renouvelable, dit-il, «il faut allier flexibilité et options de stockage de l’électricité verte » et encore augmenter la production éolienne, en mer du Nord. Et ainsi se passer définitivement du nucléaire.

Qui va payer pour l’arrêt du renouvelable, demande Greenpeace

Il y a une dizaine de jours, alors qu’Engie-Electrabel mettait un coup de pression sur le Fédéral en lui demandant de se positionner sur une prolongation des centrales nucléaires, Greenpeace avait déjà dénoncé cette situation. «Mais si le parlement devait décider de prolonger les vieilles centrales nucléaires, il devra d’abord dire qui va payer en cas de congestion sur le réseau, disait Jan Vande Putte, spécialiste nucléaire chez Greenpeace. Car si on arrive, comme c’est régulièrement le cas pour l’instant, à des prix négatifs, il faudra à nouveau donner des subsides aux énergies renouvelables. »