VOYAGE

PHOTOS | Le Trièves: grenier bio de la France

Rencontre avec Janick Delva, une Aqualienne d’origine qui tient deux gîtes dans le Trièves, coin vert et montagneux situé au sud de Grenoble.

C’est un coin de France assez méconnu. À une petite heure en dessous de Grenoble. Comme adossée au massif du Vercors (Auvergne), haut lieu de la Résistance (durant la Seconde Guerre mondiale) et du tourisme (plus récemment) chez nos amis français.

Le Trièves, c’est une nature généreuse. Des prés à l’herbe grasse, des petits villages pittoresques. Et de la montagne. Pas de la haute montagne. On est plus dans le registre du Jura. Il y a donc de quoi faire et de quoi contempler.

Janick Delva, 48 ans, originaire d’Aywaille, y a acheté une première maison en 2013 avec son époux. La ferme de Marthe, dans l’entité de Saint-Baudille-et-Pipet. Beaucoup de travail et d’aménagements sont nécessaires autour de cette bâtisse, présentant la date 1789 sur son fronton, afin d’y créer un gîte.

Dans le même esprit

Quelques années plus tard, nouveau coup de cœur immobilier. Une autre demeure est acquise. Le Clos des Luya, à quelque 3 km à vol d’oiseau du premier point de chute. Énormément de transformations à faire sur le bâtiment. Un nouveau gîte apparaît voici deux ans. Plus grand. Sept chambres pour cinq salles de bains. Avec le même esprit, la même âme.

«J’ai toujours eu envie de partir vivre à la montagne, explique Janick. Plus vers le sud, pour le soleil. Lorsque mon quatrième enfant est né, j’avais déjà été visiter des maisons, mais cela ne s’était jamais mis. L’idée était toujours restée dans ma tête. Je regardais les annonces. Je surfais sur Google Earth… Puis, je suis tombée un jour sur la ferme de Marthe. Coup de cœur.»

Sortie de l’autarcie

L’idée derrière tous ces mouvements était de vivre là-bas. D’où les gîtes. Et de suivre des formations en Belgique ou en France (moniteur Adeps demi-fond et hors stade, running/yoga) pour présenter aux clients des possibilités de stage durant leur séjour. Le Clos des Luya a ainsi déjà accueilli l’équipe nationale de trail belge. Ou des jeunes femmes venues chercher détente (yoga) et dépense en montagne (initiation au trail).

«Ici, dans le Trièves, j’adore tout, reprend Janick. Il y a d’abord les gens. Beaucoup de maraîchers, de gens proches de la terre. On est vraiment sur la thématique du bio. Correns, premier village bio de France situé dans le département du Var, n’est pas loin de chez nous. Cela donne une qualité de vie comme je l’aime. Et des discussions avec des gens impliqués sur des thèmes qui me sont chers. Cette région peu connue, qui sort un peu d’autarcie, est aussi vraiment très belle. Pour une traileuse comme moi, c’est le bonheur. Pour la cavalière que je suis également. J’ai d’ailleurs ramené ici mes quatre chevaux, deux pour moi et deux pour ma cadette.»

www.leclosdesluya.com

En pratique

Situé à l’extrémité sud du département de l’Isère, le Trièves compte 10 000 habitants, répartis dans 27 communes. Son plus haut sommet est l’Obiou (2 789 m). Ce territoire est situé en partie dans le parc naturel régional du Vercors (y compris la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors).

C’est un beau coin pour la randonnée et les cyclistes. Les promenades à cheval sont aussi à la fête.

Deux stations de ski alpin et quatre de ski nordique sont accessibles.

La région compte une belle capacité de logement avec des hôtels, chambres d’hôtes, résidences, campings…

www.trieves-vercors.fr

Une vraie culture du bio

PHOTOS | Le Trièves: grenier bio de la France
Quelque 60 exploitations pratiquent l’agriculture biologique, soit plus de 26% des exploitations de la zone. © Givannel
Le Trièves se trouve à la jonction de trois départements: les Hautes-Alpes, l’Isère et la Drôme. Cette dernière présente la particularité d’être chez nos voisins le département pionnier en matière d’agriculture bio. Jusqu’il y a peu, c’est aussi dans ce beau coin de France que l’on trouvait le plus d’exploitations agricoles certifiées en agriculture biologique (le Gers est passé devant l’an dernier).

Sous l’effet d’une belle contagion, le Trièves a, lui aussi, misé sur cette filière. Intéressant: le circuit court est à la fête. Auprès de l’office du tourisme du Trièves, on apprend ainsi que plus de 40% des exploitations vendent en direct au consommateur.

Cela donne des marchés agréables, riches de belles choses saines à la belle saison. Cela donne également beaucoup de restaurants s’appuyant sur cette matière première saine pour construire leur carte.

Janick Delva, adepte du bio bien avant son arrivée en France, fait la totalité de ses courses dans ce circuit. «Pour moi et pour mes clients, qui parfois sont en demi-pension ici, explique-t-elle. Je vais directement chez les producteurs du plateau ou j’achète sur le marché de Mens. Le pain, je le fais souvent moi-même avec la farine de la ferme bio des Plantes. Pour le vin, on a la chance d’avoir deux ou trois vignerons qui font un travail bio remarquable. Et pour ne rien gâcher, j’ai ici deux brasseurs qui travaillent, eux aussi, dans le bio. Il faut goûter leurs bières, la Belette et la Tourniole.»

Frappée de plein fouet

Le Covid-19 fait mal notamment aux propriétaires de gîtes. «Pour mai et juin, tout a été annulé», explique Janick Delva.

Tout l’horeca est touché par la pandémie qui paralyse aujourd’hui la planète. «À la fin mars, les premières annulations tombaient déjà, soupire Janick Delva. Tous mes week-ends de mai et juin étaient réservés, ils sont tombés à l’eau. Jusqu’à la fin septembre, c’était quasi complet. Je viens juste d’avoir une annulation pour les vacances à cause d’une course, le Trail des passerelles, qui a été reportée. C’est lourd parce que, à côté de cela, il faut rembourser les prêts, il y a toutes les charges, les taxes, les assurances… Ici, dans le coin de Mens, c’est une cinquantaine de gîtes écotouristiques qui sont frappés de plein fouet.»

Six atouts à ne pas manquer

Whisky

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Les whiskies élaborés sont des single malt. EDA- E.V.

C’est l’une des curiosités locales: depuis 2009, le Trièves a son whisky. Il nous vient du domaine des Hautes Glaces, qui se définit comme une alpine farm distillery. Les céréales (orge, seigle et épeautre) sont cultivées en agriculture biologique sur place.

Les whiskies élaborés sont des single malt, dont la gamme de prix se situe entre 65 et 150 euros. Début 2017, le domaine a été racheté par Cointreau.

Ski

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OZ

L’hiver est évidemment une saison à ne pas négliger dans le Trièves. Pour les amoureux du ski, deux stations de ski alpin et quatre sites nordiques peuvent vous accueillir entre le Dévoluy et le Vercors.

Il est évidemment tout autant possible de s’adonner au ski de randonnée. Tout cet espace présente, l’été, un magnifique terrain de jeu balisé pour les marcheurs, voire les alpinistes.

Passerelles

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Comptez un peu plus de 4 heures pour les 12,5 km. EDA - E.V.

À une demi-heure de Grenoble, le très beau lac de Monteynard accueille deux passerelles himalayennes (180 m de long pour l’une, 220 m pour l’autre pour une hauteur de 45 à 85 m) permettent de faire le tour du lac en randonnée (un peu) sportive.

Comptez un peu plus de 4 heures pour les 12,5 km. Il est possible de prendre un bateau pour raccourcir la balade (consultez les horaires avant de partir).

Mont Aiguille

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© Zanardi O

Sa silhouette accroche l’œil une fois les pieds posés dans le Trièves. Il culmine à plus de 2 000 m de hauteur, grosse masse devenue au fil des ans un haut lieu de l’alpinisme.

Une trentaine de voies d’ascension sont possibles. Des faciles pour l’initiation, d’autres nettement moins. Le rocher est un calcaire légèrement stratifié et l’instabilité de certains blocs peut rendre la montée dangereuse.

Vignerons

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EDA - E.V.

La région du Trièves compte six viticulteurs commercialisant leur production. Une vingtaine de cépages se retrouvent dans leurs assemblages.

Voici une dizaine d’années, une association a vu le jour, pour relancer la culture de la vigne, avec un point commun: le bio. Jean Giono, le célèbre écrivain de Manosque (Le Hussard sur le toit) a quelques fois évoqué dans ses livres le vin de Prébois, qui est du coin.

Cyclisme

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cvincelet - stock.adobe.com

Le Trièves a beaucoup misé sur le vélo pour étoffer son offre touristique. L’endroit s’y prête merveilleusement bien, avec de beaux chemins pour le VTT et des routes fort calmes pour le vélo de route.

Actuellement, pas moins de 550 km balisés existent sur le territoire. Soit une quarantaine d’itinéraires très bien renseignés, souvent en étoiles, ce qui permet de s’arrêter à tout moment.