L’ÉDITO PAR MICHAËL DEGRÉ

Cocotte-minute

Cocotte-minute

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Faut-il relier les émeutes qui ont agité les rues d’Anderlecht durant ce week-end pascal aux mesures de confinement et à l’incroyable degré de frustration qu’il peut générer chez certains?

Il appartiendra à la police et, peut-être, à la Justice de faire la lumière sur les justes causes et conséquences de ces incidents. Mais la Justice est aussi affaire de contexte. Et celui dans lequel sont nées ces violences possédait déjà tous les atours d’une poudrière. Restait à allumer la mèche. La mort d’Adil, 19 ans, renversé par une voiture de police pour avoir (peut-être) tenté de se soustraire à un contrôle, s’en est chargée.

Avant de leur jeter la pierre, et beaucoup s’y sont déjà laissés aller ce week-end, il faut poutant considérer le sort de ces jeunes gens. Entendre qu’ils vivent parfois avec toute leur famille dans des appartements composés de seulement quelques pièces, sans jardin, ni terrasse, ni balcon, souvent dans des barres d’immeuble où la distanciation sociale tient du fantasme, et où cet enfermement a de quoi rendre fou. Où, comme le résume en page 6 le directeur d’Unia, « l’intimité n’existe plus». Ce n’est pas rien.

Ceux-là, et parmi eux les plus virulents, ceux qui ont rapidement dégainé un champ lexical d’extrême droite fait de «racaille» et de «karcher», notamment sur les réseaux sociaux (et nous savons tout leur poids en ces temps de captivité domestique), doivent comprendre que pour eux, bien plus que pour nous, les «privilégiés», ce confinement est une épreuve d’une violence incomparable. Qui ne rend pas la criminalité acceptable, mais la tentation de passer outre les consignes, ou de juste «vivre» un peu, compréhensible.

Que la façon dont ces garçons et leurs familles sont socialement relégués par la situation exceptionnelle que nous vivons, et matériellement incapables de vivre un confinement serein dans une habitation salubre et confortable, est scandaleuse… parce que c’est la société pré-coronavirus qui a permis ça.

Ils doivent savoir, surtout, que le pire dans cette triste affaire, ce ne sont pas quelques voitures brûlées. Mais qu’après avoir appelé au calme, les parents d’Adil ne pourront sans doute même pas assister aux funérailles de leur enfant. Celui qui est mort renversé par une voiture.