Mes chaînes

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«Non, ça va, c’est un peu comme un long week-end.» Ulysse, 7 ans dans deux semaines (eh oui…), est plus zen qu’un yogi tibétain.

Je pensais qu’il serait le premier à souffrir de la situation, mais avec ses frères constamment à disposition et sa mère sous la main pour jouer la partition câline, elle ne le navre pas une seconde, que du contraire. Il va si bien, le morveux, que ça en a quelque chose d’agaçant pour moi qui bascule, doucement, vers la folie. Les spécialistes de la chose avaient pourtant prévenu: les adultes craqueraient les premiers. Et je craque. Moi qui me suis souvent vu comme un vilain misanthrope, l’admets désormais: il s’agissait d’une posture. Les gens, je vous aime. Tous. Et je suis plus en dette de rapports sociaux qu’un junkie en manque de sa dose. J’ai tant sombré que je guette, chaque jour, mes réseaux dans l’espoir d’être nommé pour participer à l’une de ces «chaînes» qui y pullulent davantage que les boutons sur la tronche de mon ado. Je suis prêt à tout: parler de mes cinq albums préférés, poster la huitième photo (digne) de la galerie de mon smartphone, copier-coller des citations d’Umberto Churchill, me raser les poils pubiens dans un Facebook Live (oublions la dignité), publier une photo de moi bébé, enfant, ado, déguisé en lapin géant. Tout ce que vous voulez, du moment que passe plus vite ce bien trop long week-end.