TOURNAI

Le Tournai d’avant: 1089, ce n’était qu’un tout petit champignon

Épidémie, pandémie, ces mots glacent le sang, à juste raison car ils sont synonymes de souffrances et de morts.

Soudain, l’homme s’est aperçu qu’il n’était pas du tout le grand maître du destin.

Des épidémies, il y en eut et il serait possible d’établir un bien long «martyrologue» face à des chiffres qui parfois nous laissent pantois. Les énumérer serait morbide, ne serait-ce que par les chiffres. Tournai ne fut pas épargnée, comme en 1349 la peste noire, apparue à Saint-Piat en août, coucha 25 000 Tournaisiens dans la glaise selon l’abbé Li Muisis..

Un souvenir reste profondément gravé dans les mémoires, l’épidémie de 1089 avec, en corollaire, la grande procession.

Seul espoir, Notre-Dame

Les documents d’époque ne sont pas nombreux, les auteurs se contredisent ou demeurent évasifs, s’appliquant à décrire les souffrances des malades, les espoirs mis en Notre-Dame, rarement la guérison.

Le chanoine Warichez décrit «cette peste effroyable qui désole le Tournaisis et les Pays-Bas. Le monde médical n’est pas d’accord sur la nature du mal - la plupart des hommes de l’art croient à une maladie se propageant par l’air, ils ne connaissent pas la contagion directe – et constate qu’un feu intérieur et invisible consume les membres des victimes, leur infligeant d’affreux tourments».

En 1619, le chanoine Cousin montre «ces victimes de la peste bubonique qui se font transporter en foule dans la cathédrale, implorant l’aide de la Bonne Dame qui estoit sur un pilier et par son intercession; plusieurs furent exaucés ce qui la fit appeler Notre-Dame des Malades».

Note: il s’agit de la cathédrale bâtie après l’incendie de 1060 et sans doute que, comme à ce jour, une Vierge adossée au pilier central de la façade accueillait les fidèles..

Le nombre de pesteux fut si grand qu’il fallut «déposer les cas désespérés dans des baraques près du sanctuaire» Avec l’évêque Radbod II en tête, une procession, en pieux et tragique cortège d’expiation, parcourt le tracé des anciens remparts de la ville; tous sont nu-pieds, chevelure et traînes trop longues coupées,, en habits de pénitence. C’était le 14 septembre 1090, le jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix.

Le fléau cessa, Radbod II décréta que chaque année, une procession d’action de grâces celle-ci, se répéterait. Un vœu exaucé pour celui qui fut enseveli en 1098 devant le chœur de la cathédrale du XIe…

Ravageur

L’on parle le plus souvent de «peste» pour ce fléau de 1089 mais il s’agirait plutôt de «l’ergotisme». On l’appelle indifféremment «Mal des ardents», «Feu Saint-Antoine» ou «Feu sacré». Dès le Xe siècle, il apparaît ici et là en Europe avec cette circonstance monstreuse que certaines victimes furent brûlées, soupçonnées d’être possédées du démon. L’époque est cruelle.

Or, la maladie fut, selon nombre d’études circonstanciées, causée par un champignon qui parasite l’ergot du seigle – céréale commune du paysan -, de l’orge, du froment qui en devient poison mortel…

La préparation de farines préparée avec des grains ergotés provoque hallucinations, délires et morts. Mais personne ne le savait et il en fut ainsi jusqu’en 1777, l’abbé Tessier (F) prouvant la dangerosité de l’ergot empoisonné.

Miracle de la Vierge ou absence de champignon vénéneux lors de la nouvelle récolte? À vous de voir.