BRUXELLES

Voici le projet ZIN: pour verdir les tours WTC et mixer les fonctions du Quartier Nord

La Région bruxelloise a délivré le permis pour le projet ZIN. Celui-ci doit rénover les tours WTC 1 et 2 où la mixité de fonctions devient la règle. De quoi repeupler le Quartier Nord, comme le souhaite le secrétaire d’État à l’Urbanisme Pascal Smet. Les associations sont dubitatives.

En début de cette législature, le nouveau Secrétaire d’état à l’Urbanisme Pascal Smet (one.brussels-sp.a) avouait avoir une zin: doter Bruxelles de tours emblématiques. Son intention: densifier l’habitat, panacher les fonctions et donner à la ville davantage d’attractivité architecturale.

Si cette prise de position ne fait pas l’unanimité, elle semble se concrétiser dès ce printemps par la délivrance du permis pour le projet ZIN, annoncée le 1er avril. Il s’agit en fait de la transformation des tours WTC I et II, dont le chantier peut reprendre: l’auditorat du travail l’avait en effet mis à l’arrêt suite à des manquements constatés aux mesures de distanciations inhérentes à la crise du coronavirus.

ZIN est un bon exemple de la manière dont nous souhaitons poursuivre le développement du Quartier Nord, zone défigurée dans les années 60 et 70

Voici le projet ZIN: pour verdir les tours WTC et mixer les fonctions du Quartier Nord
Le projet ZIN donnera sur le parc Maximilien. Befimmo

Voici le projet ZIN: pour verdir les tours WTC et mixer les fonctions du Quartier Nord
Du logement par strates. Befimmo
Le concept piloté par le géant immobilier Befimmo est une création des bureaux d’architecture 51N4E, Jasper Eyers et AUC, accompagnés par le bouwmeester. Il repose sur la circularité puisque les socles et noyaux des tours existantes seront réutilisés pour atteindre 68% de l’enveloppe actuelle. Le cabinet Smet précise qu’au total, «plus de 95% de tous les matériaux et équipements existants seront préservés, récupérés ou recyclés».

111 appartements

Très concrètement, les tours de bureaux du siècle passé céderont place à un immeuble aux fonctions mixtes. La plus grande superficie des 110.000m2 hors sol revient tout de même au bureau puisqu’il occupera 72.500m2. Le coworking y fera son entrée avec 5.000m2. Comme souhaité par la Région pour repeupler son désert du Quartier Nord, le logement s’y implantera avec 111 appartements. Moins classique: un hôtel de 240 chambres, des salles de sport, des loisirs, des commerces et de l’horeca s’y grefferont. «Cette diversité de fonctions permet d’obtenir un bâtiment et des environs qui vivent sept jours sur sept», se félicite le cabinet Smet.

«ZIN est un bon exemple de la manière dont nous souhaitons poursuivre le développement du Quartier Nord, zone défigurée dans les années 60 et 70», assure Smet. «Un quartier multifonctionnel à dimension humaine qui accorde une grande importance à l’architecture intégrée, aux logements durables et de qualité, avec des nombreux espaces publics et naturels. Ce projet devient la référence pour tout le Quartier Nord».

IEB: «Un vernis vert»

Voici le projet ZIN: pour verdir les tours WTC et mixer les fonctions du Quartier Nord
Encore trop de bureaux dans le projet ZIN? Befimmo

Malgré les bonnes intentions affichées par les promoteurs et autorités qui ont délivré avis favorables (pour la Ville) et permis (pour la Région), ZIN ne séduit pas les associations. Ainsi, la plateforme Inter-Environnement Bruxelles se montre très critique quant au projet.

«Un tel projet est sans doute exemplaire mesuré aux ambitions des années 60. Vu de 2020, on est en droit de constater qu’il répond surtout aux intérêts des promoteurs, pas à ceux des habitant.e.s.», pointe ainsi Thyl Van Gyzegem, coordinateur d’IEB, dans une analyse qui remonte à l’avis favorable remis par la Ville en février.

Des logements «de standing»

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La serre n’est pas vraiment un espace vert pour le quartier selon IEB. Befimmo
Le spécialiste de l’urbanisme déplore ainsi une surface de bureau «anachronique» alors qu’en 2019, «on comptait plus de 950.000m2 de bureaux vides à Bruxelles». Soit plus de 7 % du total. Il pointe ensuite la mixité comme «assez relative». Il s’explique: par le nombre, «la fonction logement ne comptera que pour 12% de l’ensemble». Par la nature, «on pressent des logements de standing et à grande majorité d’une ou deux chambres: ils ne répondent aucunement aux besoins bruxellois identifiés».

Outre les effets d’ombres et de vents ou les 2.370 trajets de camions 38 tonnes pour évacuer 90.000 tonnes de déchets, «soit un septième des déchets de construction bruxellois annuels», Van Gyzegem tique enfin sur l’espace vert non scindé imposé par le PRAS. «Il sera réalisé sous forme d’une serre privative que le gestionnaire pourra (ou non, selon sa volonté) ouvrir au public». Pourquoi pas un parc? «L’alternative semble avoir été écartée en raison du sentiment d’insécurité qu’il pourrait faire naître chez les futurs occupants».

Tous ces arguments font dire au représentant d’IEB qu’«en grattant un peu le vernis vert, on retombe sur des pratiques anachroniques qui relèvent plus du marketing que d’une remise en question des erreurs de l’urbanisme bruxellois».