TOURNAI

Le Tournai d’avant: le puits, monument patriotique

Il faut croire que le puits Saint-Quentin avait laissé de profonds souvenirs dans la mémoire des Tournaisiens. Lesquels déploraient la perte de ce témoin d’autres temps.

Car, soyons complets, ses structures hors-sol avaient bien été détruites en 1821, plus rien dans le sol de la Grand-Place n’indiquait plus à quel endroit le puits s’élevait. Mais on ne pouvait laisser le forum sans apport d’eau, que ce soit pour les riverains ou les utilisateurs ponctuels du site. C’est alors qu’une canalisation reliera le puits à une grande pompe publique plantée devant l’église Saint-Quentin.

L’histoire ne s’en termine pas pour autant.

Aux patriotes

En fait, l’idée de la réédification du puits de Saint-Quentin fut lancée par les instances communales et diverses associations – telle la Société Historique – autour des années 1930 «à l’occasion de la restauration de diverses façades de la Grand-Place et dans le but de reconstituer l’ensemble complet de notre Grand Marché suivant les gravures et dessins anciens conservés aux Archives de la ville». (Archives disparues en 1940).

1930, c’est aussi l’anniversaire de l’Indépendance Nationale et Tournai se croit, ou est, délaissée par rapport à certaines villes quant à la part prise pour les Volontaires Tournaisiens partis du café de Foy, Grand-Place, vers Bruxelles. Une pensée de reconnaissance et de patriotisme se mêle donc au projet car affirment les esprits éclairés. «Il serait mieux de relever le puits en mémoire de nos braves de 1830 plutôt que de leur ériger dans un endroit quelconque un non moins quelconque monument». L’architecte Ladavid dressa donc un avant-projet.

Des fouilles complexes

Premier obstacle concret: où se trouve exactement le puits? Il fut ouvert en fin juillet 1869 pour tenter de sauver un ouvrier plombier asphyxié dans le faux puits sous la pompe voisine; la tentative de passer par la cheminée d’aération visible dans le sol de la Grand-Place ne réussit pas, la pierre qui la fermait fut d (ailleurs remplacée par des pavés en 1927.

Selon toute probabilité, la liaison puits-pompe devait être une ligne droite, ce que détermina monsieur René Desclée: celui-ci déduit de ses recherches que le centre du puits devait se trouver à 6,15 m de la pierre d’aération, dans la direction du n° 53 (alors garage, maison de jeu aujourd’hui).

Les fouilles, voulues complètes, débutèrent le 2 juillet 1931. La cheminée d’aération fut découverte les sondages entrepris. Les ouvriers se trouvèrent devant un orifice rond de 0,80 m de diamètre perçant en son centre une voûte de briques, 80 centimètres sous le sol de la place, ayant servi à recouvrir le puits

La descente fut organisée et permit de constater un diamètre de l’intérieur de 2,10 m, des parois constituées de pierres variant de 25 à 50 centimètres de haut, un niveau d’eau à 11,40 m de la surface, une hauteur d’eau de deux mètres avec, dessous, un mètre de vase.

Une arcade, qui aurait pu fermer une galerie – une légende voulait que le puits fût relié à la citadelle de Lois XIV – n’apporta aucun renseignement de ce genre malgré de gros et lourds travaux. Une pompe électrique vida le puits et la déconvenue des chercheurs dut être grande car ils se trouvèrent en une espèce de grotte dont le roc vierge laissait, par ses fissures arriver des eaux souterraines.

Devant ces piètres résultats, le puits fut rebouché, les projets abandonnés…,