PROVINCE DE LUXEMBOURG

39 psychothérapeutes bénévoles à l’écoute du personnel soignant de la province de Luxembourg

39 psychothérapeutes bénévoles à l’écoute du personnel soignant de la province de Luxembourg

En province de Luxembourg, ce sont 39 psychologues bénévoles qui se mettent à l’écoute du personnel soignant, vu au sens large -PsyForMed

Psy For Med met en lien le personnel médical qui fait actuellement face au coronavirus avec des psychothérapeutes bénévoles. Ils sont 39 à être à leur écoute en province de Luxembourg.

Le 27 mars dernier, la plateforme PsyForMed a été créée pour aider le personnel soignant travaillant dans un cadre hospitalier, mais également en cabinet, en officine, à domicile, en maison de retraite ou de repos dans les pays francophones. «Aide-soignant, ambulancier, brancardier, infirmier, laborantin, médecin, pharmacien… peuvent bénéficier d’une écoute de la part d’un psychothérapeute bénévole», indique Laurent Dutrieux, charge de communication chez Santé Ardenne, soit l’Inter cercles des médecins généralistes de la province de Luxembourg et de l’arrondissement de Dinant, qui appuie l’initiative au niveau local. Un service par ailleurs soutenu par l’ensemble des structures de soins de la province de Luxembourg et la cellule de crise de la province de Luxembourg. PsyForMed s’adresse aussi à tout le personnel logistique œuvrant pour le bon fonctionnement de notre système de soins, comme par exemple, le personnel d’entretien, qui s’expose actuellement lui aussi à des situations émotionnelles difficiles dans le cadre de ses missions. PsyForMed s’inscrit également en appui des structures existantes. Ainsi, au sein de Vivalia, elle prend le relais des services d’assistance psychologique et du SIPP en dehors des heures d’accessibilité de ceux-ci.»

Un rendez-vous gratuit organisé en trois clics

Concrètement, chaque psychothérapeute présent sur la plateforme s’engage à écouter bénévolement les patients qui les contactent durant quatre consultations soit par téléphone soit par visioconférence pendant la période de crise sanitaire. «En s’enregistrant, le professionnel de la santé choisit parmi toutes les consultations proposées dans les prochaines heures et les prochains jours par des psychologues de sa région. Il peut consulter le profil de chaque psychologue disponible pour faire son choix, précise Laurent Dutrieux.

Un accompagnement sur le long terme

PsyForMed vient d’être créé par Fanny Weytens, Docteur en psychologie, implantée en Belgique, pour faire face à l’urgence d’un accompagnement psychologique du personnel soignant. PsyForMed rassemble plus de 1300 psychologues et psychiatres français, belges et luxembourgeois disposés à accompagner bénévolement tous les professionnels du soin confrontés à la crise du COVID19. Fanny Weytens, la psychologue à l’origine du projet, précise: «PsyForMed est une initiative qui est d’abord pensée pour offrir un support de crise, un espace de débriefing ponctuel ou de ventilation pour les soignants mobilisés. Parce que nous savons aussi que les soignants auront très certainement besoin d’un soutien à plus long terme, une fois la crise passée et l’adrénaline redescendue, nous réfléchissons à la mise en place d’un dispositif qui permettrait d’accompagner les soignants dans le besoin sur le plus long terme. Ce que nous craignons le plus: des décompensations postcrise, du stress post-traumatique et une recrudescence massive du nombre de burn-out.»

www.psyformed.com

«Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin des autres»

Cécile Bolly, vous êtes psychothérapeute à Neufchâteau. Vous avez décidé d’aider bénévolement le personnel soignant via la plateforme PsyForMed. Cela répond-il à un besoin sur le terrain?

Certainement! Le personnel soignant, au sens large, est confronté, depuis le début de cette crise sanitaire, une évidente surcharge de travail, à laquelle vient se greffer un vécu émotionnel intense et difficile.

Quel est justement ce vécu émotionnel?

Le personnel soignant peut souvent être confronté à un sentiment d’impuissance face à cette situation à laquelle on ne sait pas toujours donner un sens. Il y a aussi du désespoir. Les soignants peuvent avoir le sentiment d’être lâchés, eux qui n’ont même pas le matériel de base (masques,…). Et puis bien entendu, la peur: pour sa propre santé, mais aussi pour celle de sa famille lorsque l’on rentre à la maison.

Or, ces situations de stress, d’anxiété peuvent mener à des réactions inhabituelles comme un surcroît d’agressivité, des comportements de fuite ou de sidération. Face à ces symptômes, il convient de réagir adéquatement.

C’est là que l’écoute d’un psychothérapeute prend tout son sens?

Effectivement, dans ces situations-là, il est crucial d’être accompagné dans ce

39 psychothérapeutes bénévoles à l’écoute du personnel soignant de la province de Luxembourg
Cécile Bolly, psychothérapeute à Neufchâteau, bénévole sur la plateforme PsyForMed. ÉdA
qu’on vit. Il est important de parler à quelqu’un capable d’écouter. Une écoute qui doit être bienveillante, mais aussi professionnelle. Prendre soin de soi, c’est également le meilleur moyen de prendre soin des autres.

Depuis le début de la crise, que ressort-il de vos échanges avec le personnel soignant?

La question qui revient très souvent, c’est comment donner un sens à ce qui arrive? Beaucoup demandent de l’aide pour surmonter les peurs et l’anxiété qu’ils éprouvent actuellement. Or, il n’existe pas de recette miracle. Via l’écoute des psychothérapeutes, ce sera à chacun de trouver ses propres réponses intérieures pour retrouver une certaine sérénité.

Peut-on envisager des écoutes pour des équipes entières?

On peut effectivement l’envisager via des séances en vidéoconférence.

Dans le contexte actuel, peut-on craindre également des conséquences psychologiques à long terme pour le personnel soignant?

Cela pourrait arriver en effet. Le personnel soignant est actuellement confronté à des situations dans lesquelles l’éthique collective prend le pas sur l’éthique individuelle. Ce qui rend les décisions beaucoup plus difficiles. On peut également envisager, à terme, des situations de stress post-traumatique, des burn-out… Actuellement, le personnel soignant est dans le rush. Et dans le rush, en général on tient le coup! Ce n’est qu’après la crise sanitaire, quand la pression se relâchera que l’on peut craindre certaines situations de mal-être. D’où l’importance, face à cette crise, de suivre le personnel soignant dans la durée.

De cette crise sanitaire, ne peut-il paradoxalement pas résulter du positif?

Cette crise ne peut pas, mais doit servir à nous faire grandir. Durant cette période forcée de confinement, certains semblent prendre conscience que ce qui leur paraissait accessoire, se révèle peut-être au final l’essentiel…