CORONAVIRUS

Coronavirus: les troubles du goût et de l’odorat confirmés par une étude de l’UMons

Coronavirus: les troubles du goût et de l’odorat confirmés par une étude de l’UMons

La perte de l’odorat est liée à l’infection au Covid-19, démontre une étude. Marion F – Pixabay

86% des patients infectés au Covid-19 ont des symptômes d’anosmie ou de dysgueusie. Les chercheurs recommandent d’isoler les personnes présentant ces symptômes.

 

 

 

 

La semaine dernière, l’Université de Mons lançait une étude visant à objectiver les observations faites par beaucoup d’ORL et infectiologues européens, qui constataient que les patients infectés par le coronavirus Covid-19 présentaient des troubles de l’odorat et du goût.

 

 

Ces symptômes d’anosmie (perte partielle ou totale de l’odorat) et de dysgueusie (perte partielle ou totale du goût) ont été retrouvés chez un grand nombre de patients infectés en Allemagne, France, Italie, Espagne, Angleterre et aux USA.

Face à la multiplication des déclarations médicales, un groupe de spécialistes ORL a développé un questionnaire permettant d’investiguer ces troubles de l’odorat et du goût chez des patients infectés par le Covid-19.

Cette étude est coordonnée par deux chercheurs de l’Université de Mons, les ORL Sven Saussez et Jérôme Lechien. 33 médecins ORL et chercheurs dans 12 hôpitaux européens ont soumis un questionnaire à 417 patients (263 femmes et 154 hommes) qui présentaient une forme non sévère d’infection à Covid-19. Parmi ces hôpitaux, 6 se trouvent en Wallonie: Érasme et Saint-Pierre à Bruxelles, le CHU de Liège, Epicura (Hornu, Baudour et Ath), Ambroise Paré à Mons et un hôpital namurois.

Plus de femmes atteintes que d’hommes

L’étude révèle que:

– 86% des patients infectés présentent des troubles de l’odorat (la plupart ne sentent plus rien) et 88% des troubles du goût. Ces troubles de l’odorat surviennent surtout pendant l’apparition des symptômes généraux et ORL (dans 65% des cas), soit après (23% des cas), soit avant (dans 12% des cas).

 

Les symptômes fréquents du Covid-19

les symptômes généraux les plus fréquents de la maladie sont la toux, les douleurs musculaires, la perte d’appétit et la fièvre. Les symptômes ORL les plus fréquents sont les douleurs faciales et l’obstruction nasale.

 

– Dans 20% des cas, l’anosmie n’est pas associée à des symptômes ORL.

– Les femmes sont nettement plus atteintes par cette anosmie (92% contre 82% chez les hommes) et cette différence liée au sexe est significative sur le plan statistique.

– 44% des patients ont déjà récupéré leur odorat dans un délai de 15 jours. Les autres pourraient le récupérer dans les 12 mois suivant l’apparition des symptômes, sachant que la récupération nerveuse est processus lent. La récupération du goût est aléatoire. Des études sont en cours de réalisation pour déterminer avec plus de précision la durée de la récupération et les mécanismes expliquant ces symptômes.

Isoler les anosmiques une semaine

Les auteurs de l’étude formulent 3 recommandations:

1. Une anosmie et/ou dysgueusie survenue après le 1er mars 2020 chez des patients ne présentant aucun antécédent ORL doit être considérée comme un symptôme spécifique de l’infection à Covid-19 et devrait être officiellement ajoutée à la liste des autres symptômes reprise par l’OMS.

2. Se basant sur le principe de précaution, les patients atteints d’une anosmie/dysgueusie isolée (sans autres symptômes de la maladie) devraient être considérés comme potentiellement infectés par le Covid-19 et donc isolés pour une période minimale de 7 jours (à discuter avec le médecin traitant).

3. Les traitements habituellement donnés pour traiter l’anosmie à savoir les corticoïdes oraux ou nasaux (spray) sont contre-indiqués dans le cadre de ces anosmies en relation avec l’infection à Covid-19. «Nous optons pour l’acide alpha-lipoïque, un complément alimentaire antioxydant qui aide les cellules à récupérer», indique Sven Saussez.

 

L’étude se poursuit

Les auteurs de l’étude vont poursuivre cette étude afin de confirmer leurs résultats sur un plus grand nombre de patients et pour tenter d’expliquer les mécanismes de cette anosmie.

Par ailleurs, une enquête destinée au grand public a révélé qu’un grand nombre de patients présentent une anosmie isolée sans aucun autre symptôme. L’étude publiée fait suspecter qu’ils pourraient présenter une forme très légère de l’infection à Covid-19. Une nouvelle étude est lancée chez ces patients afin de démontrer qu’ils sont bien (ou pas) porteurs du virus.

Tester les anosmiques

«Nous avons reçu des centaines de mails durant la première phase de l’enquête de personnes présentant ce symptôme d’anosmie, mais qui n’ont jamais été testés. On suspecte qu’ils soient positifs. Désormais, les personnes intégrant l’étude sur base de ce symptôme pourront être dépistées, car nous avons trouvé un labo privé qui pourra nous faire nos tests», indique Sven Saussez.

Dès lors, les auteurs de l’étude demandent à la population concernée de répondre massivement à l’enquête par le questionnaire en ligne accessible via ce lien.

Ce questionnaire s’adresse aux patients diagnostiqués Covid-19 par un test PCR et qui n’ont pas déjà répondu à l’enquête via un médecin de leur hôpital, aux patients isolés à la maison sur base des symptômes et à tous les patients anosmiques avec ce symptôme depuis le 1er mars.

Ces derniers sont invités à remplir le questionnaire et à communiquer via l’adresse covid19.rechercheclinique@umons.ac.be leur nom, prénom, numéro de téléphone et commune s’ils désirent participer à une étude qui aura pour but de savoir s’ils sont bien infectés par le COVID-19.