JUDICIAIRES

Peines de 5 à 16 ans dans le plus grand procès de pédopornographie en Belgique: Child Focus indigné

Peines de 5 à 16 ans dans le plus grand procès de pédopornographie en Belgique: Child Focus indigné

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Procès pédopornographie à Termonde: cinq hommes, dont 3 Belges, ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 16 ans fermes, dans le plus grand procès de pédopornographie jamais organisé en Belgique.

Cinq hommes ont été condamnés ce mardi par le tribunal correctionnel de Termonde à des peines de 5 à 16 ans fermes dans le plus grand procès de pédopornographie jamais organisé en Belgique. Les cinq hommes n’étaient pas présents à l’énoncé du jugement en raison de l’épidémie de coronavirus. Child Focus et certains enfants abusés s’étaient constitués parties civiles.

Les cinq prévenus – trois Belges, un Néerlandais et un Britannique – devaient répondre de possession, production et diffusion de pornographie infantile, d’incitation à la maltraitance d’enfants, d’abus d’enfants et de trafic d’êtres humains.

Surpris en train de photographier des enfants sur la plage de Blankenberge

Les enquêteurs se sont intéressés à ces cinq hommes après que l’un d’eux ait été surpris en train de photographier des enfants sur la plage de Blankenberge. Les policiers ont alors découvert que ces hommes étaient en contact régulier et qu’ils avaient constitué une base de données comprenant plus de 9 millions d’images pédopornographiques.

La base de données était structurée en fonction du type de délit, de l’âge et de l’origine des victimes, principalement des petits garçons. Une grande partie de ces images étaient par ailleurs inconnues des enquêteurs, laissant imaginer qu’elles étaient l’œuvre des suspects eux-mêmes dont certains n’auraient pas hésité à se servir de leurs propres enfants. Les enquêteurs ont alors démarré l’identification des victimes lors de l’Opération Gargamel. L’enquête concernant les suspects était connue, elle, sous le nom de code d’Opération Azraël.

Le cerveau du réseau

Niels M., considéré comme le cerveau du réseau, a été condamné à 16 ans de prison et à une mise à disposition du tribunal de l’application des peines de sept ans. Le prévenu recherchait frénétiquement des images pédopornographiques et entrait en contact avec des mineurs d’âge en vue d’entretenir des relations sexuelles avec eux. L’homme aurait également abusé de son propre fils et de son beau-fils même s’il a toujours nié cette dernière prévention. Son avocat a d’ailleurs annoncé son intention de faire appel.

En ce qui concerne Dimitry D., qui gérait le site internet, un collège d’experts a été désigné afin de déterminer si l’homme devait être interné comme l’a plaidé son avocat.

Michaël T., l’auteur des clichés pris à Blankenberge, a été condamné à une peine additionnelle de trois ans qui vient s’ajouter à une autre condamnation infligée pour des faits similaires. «Non seulement, il diffusait des images affreuses d’enfants abusés mais il abusait lui-même d’enfants», selon le jugement rendu mardi. L’homme a ainsi abusé du fils de Niels M.

Samuel K., un ressortissant britannique, qui travaillait comme jeune homme au pair, a, lui, été condamné à une peine de six ans de prison ferme. L’homme purgera vraisemblablement sa peine en Belgique étant donné que notre pays offre une meilleure prise en charge thérapeutique. «Il travaillait à l’étranger comme jeune homme au pair et recherchait consciemment des familles avec des petits garçons», a souligné le tribunal.

Enfin, Lars D., un Néerlandais, a écopé d’une peine de cinq ans de prison. Il se filmait en train d’abuser d’enfants afin de pouvoir ensuite revivre les scènes. L’ensemble des prévenus ont été privés de leurs droits.

J’espère que leur mère va lire attentivement ce jugement

Certaines victimes ont reçu des dommages et intérêts à hauteur de 5.000 euros à l’image du fils et du beau-fils de Niels M. «J’espère que leur mère va lire attentivement ce jugement», a commenté Me Kjell Verleysen qui représentait les deux enfants. L’épouse de Niels M. a en effet toujours soutenu son mari et cru ses dénégations.

Child Focus, qui représentait les enfants qui n’ont pas pu être identifiés, a reçu un euro symbolique. L’Opération Gargamel se poursuit, quant à elle, dans l’espoir de pouvoir identifier d’autres victimes.

Les peines infligées sont «une gifle pour toutes les victimes»

Child Focus a réagi de manière indignée après le jugement. L’organisation qui s’était constituée partie civile dans l’affaire afin de représenter les enfants qui n’avaient pas encore pu être identifiés a qualifié les peines infligées de «gifle en pleine figure pour toutes les victimes».

Pour Child Focus, ces peines sont un mauvais signal envoyé aux auteurs potentiels (de tels faits, NDLR.)

«Quinze téraoctets d’images d’abus sexuels, cela correspond à tous les textes de quinze grandes bibliothèques universitaires», souligne Child Focus. «Le jugement est une gifle pour les victimes. Celles-ci sont marquées à vie et, contrairement aux coupables, elles ne s’en tirent pas à si bon compte. Pas après 5, 6, 7 ou 16 ans car elles portent les blessures pour le restant de leur vie.»

«Une partie des peines ont déjà été purgées en détention préventive et seule une moitié devra effectivement être prestée», poursuit Child Focus. «Les prévenus pourront donc être très rapidement libérés.»

«Malgré la grande complexité de l’affaire et les immenses défis de la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, les enquêteurs avaient réussi à mettre au jour ce réseau très dense, mais ce jugement réduit presque ce travail acharné à néant», ajoute Child Focus. «En outre, il est frappant de constater que les condamnés ont peu ou pas du tout de sentiment de culpabilité, car selon certains, ils sont pédophiles et n’y peuvent rien, ou encore, il n’y avait pas de thérapie adéquate disponible. Et cela nous inquiète, bien sûr, car dans un tel cas, le risque de récidive est extrêmement élevé et met également en danger d’autres enfants qui deviennent dès lors des victimes potentielles.»

Child Focus ajoute que les auteurs potentiels qui ont des sentiments, des fantasmes ou des pulsions pédophiles et qui ne sont pas connus des tribunaux doivent être mieux soutenus. «Nous continuons donc à plaider pour une notoriété maximale et davantage de ressources pour la ligne ‘Stop It Now’ en Flandre, mais aussi pour une ligne d’assistance francophone pour les personnes ayant des sentiments pédophiles et qui peut orienter les délinquants et les délinquants potentiels vers un éventail d’aides plus étendu.»