PROVINCE DE NAMUR

Officiellement au travail, officieusement à l’arrêt, les drôles de jours des dépanneurs

Officiellement au travail, officieusement à l’arrêt, les drôles de jours des dépanneurs

De moins en moins d’accidents et de véhicules en rade. «Dans l’absolu, tant mieux, mais ça ne fait pas nos affaires», expliquent les dépanneurs. EdA - Florent Marot

Les sociétés de dépannage connaissent une fameuse baisse d’activités. Le trafic routier s’est significativement réduit.

Dans notre journal, les pages dédiées aux faits divers en témoignent. Depuis que les mesures de confinement incitent les citoyens à rester chez eux et à ne se servir de leur véhicule uniquement s’ils ont une bonne excuse, outre quelques fangios, nos routes sont dépeuplées.

«Le temps de s’ennuyer»

Les accidents et autres situations requérant le déplacement et l’intervention d’un dépanneur sont en forte baisse. Ce qui ne réjouit pas les acteurs de ce secteur. «Notre métier dépend du hasard, explique Quentin Pirlot, à Ciney. Nous sommes habitués à l’attente. Mais là, nous avons tous l’impression de patienter pour pas grand-chose. La première semaine, j’ai nettoyé mes locaux. Je m’occupe de mes enfants. Heureusement, j’habite à un kilomètre du dépôt, je peux donc être de garde, chez moi. »

À Villers-sur-Lesse, Sébastien Compère tient sa SPRL avec sa femme qui officie en tant que secrétaire. Il prend son mal en patience. «C’est vrai que la période est plus calme. Mais les poids lourds, les camions de mazout et autres continuent de rouler. À tout moment, je peux être appelé. La vie continue, on verra plus tard, si la situation devient problématique au niveau des revenus. Je m’en prémunis, j’essaie de ne pas avoir trop de prêts en cours au même moment. »

À Floreffe, Franck Annoye ronge son frein: «Ces jours-ci, quotidiennement, je suis appelé pour un ou deux dépannages. Contre dix, en temps normal. »

Impossible pour la cause de se rabattre sur le volet «atelier» de sa société. «Je ne suis plus livré qu’épisodiquement. Je n’ai plus de pièces. J’ai donc dû mettre mes trois ouvriers au chômage. Comme je suis censé continuer à travailler, je n’aurai pas de prime. Mais les frais courent toujours, de même que les emprunts. »

L’été attendra

Les beaux jours de retour, n’est-il pas temps de changer de pneus? «Non, continue le dépanneur floreffois. Les policiers sont passés et ont été clairs. Je ne peux changer que les pneus usés ou crevés. Pas question de mettre les pneus été, ce n’est pas un besoin vital. Pourtant, si la situation perdure, cela m’aiderait à survivre. » Même pour une réparation, ce n’est pas évident. Comme en témoigne Quentin Pirlot. «La semaine dernière, je suis parti dépanner un infirmier, en panne devant chez lui. C’est la galère pour trouver un garage ouvert. Les grandes enseignes ont fermé. Il faut se débrouiller pour trouver un garage toutes marques qui accepte de vous prendre. Les délais sont allongés.»

Du côté du dépanneur Compère, on attire l’attention sur la responsabilisation de chacun. «Si on a deux autres voitures dans le garage, inutile de nous appeler pour faire démarrer la troisième. Faisons preuve de bon sens.»

Cela dit, les dépanneurs s’attendent à un boum des interventions après le confinement. « Les mesures étant bien suivies, beaucoup de conducteurs nous appelleront pour des redémarrages ou changer des batteries. »

 

«Pas de dépannage en tenue d’astronaute»

Pas facile de se protéger face au virus quand on est dépanneur et qu’on doit redoubler d’acrobaties autour des véhicules en panne. «Comment voulez-vous?, s’exclame Sébastien Compère. À part me désinfecter souvent les mains, je ne vais pas sortir en astronaute. Je dois me coucher en dessous des camions pour vérifier les fusibles ou le cadran. Quant aux voitures, je dois bien m’installer à la place du conducteur. »

Autant que faire se peut, Sébastien a tout de même mis quelques règles en pratique. «Plus question de transporter les automobilistes dans mon camion, le temps du remorquage. Au mieux, en prenant beaucoup de précaution, je les invite à rester dans leurs voitures. Si ce n’est pas possible, nous appelons un taxi. »

Même logique chez Quentin Pirlot. « Je ne prête plus de véhicule de remplacement. Je porte des gants en latex tout le temps.»

Officiellement au travail, officieusement à l’arrêt, les drôles de jours des dépanneurs
Quentin Pirlot est bien équipé mais, ces jours-ci, son armada reste au garage. Dépannage Pirlot

Les dépanneurs estiment aussi être parmi les travailleurs à risque de contracter le virus. Quentin rebondit: «J’ai beau désinfecter le volant, les poignées, ce n’est pas agréable de se dire qu’on peut attraper le virus. Oui, on se lave les mains, mais nous n’avons pas les automatismes auxquels est habitué le personnel infirmier, par exemple. » Sébastien de conclure: «Mais, pas le choix, si tous les dépanneurs commencent à tomber malades, nous ne sommes déjà pas beaucoup, que va-t-il se passer? »

 

 

«Comme l’ours blanc, en voie de disparition»

«Notre métier est en voie de disparition, témoigne un autre dépanneur qui préfère garder l’anonymat. Nous travaillons sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce n’est pas pour avoir un salaire bas de gamme.»

Pourtant, d’aucuns souhaitent uniformiser le tarif des dépannages sur autoroute. «Depuis le 13 décembre dernier, mais après deux ans et demi de tests peu concluants, le système SIABIS + a été mis en place par la Wallonie. » Désormais, tout appel à assistance, de la part d’un conducteur de véhicule de moins de 3,5 tonnes sur autoroute, doit être passé au numéro 101.

«Seuls les dépanneurs agréés peuvent ainsi intervenir. Concrètement, c’était un projet des assurances pour éviter de payer trop cher les dépannages. Du coup, le prix de ces dépannages a été réduit de moitié. Ce n’est pas viable. Je dois entretenir tous les véhicules utilisés. Cela a un coût. »