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Élise, 9 ans, et son journal du confinement

Élise, 9 ans, et son journal du confinement

«J’écris chaque fois ce que l’on fait pendant la journée. Quand le confinement sera terminé, je pourrai écrire à la fin ce que j’en ai pensé.» ÉdA/M.-A. C.

Cela fait huit jours qu’Élise, qui habite Ottignies (Brabant wallon), tient son journal du confinement. Elle a décidé d’y expliquer ce qu’elle vit et d’en faire un bel objet...

« Maman m’a proposé de faire un journal. Au début, je me disais que je n’en avais pas besoin mais, ensuite, j’ai changé d’avis.»

Pourquoi?«Des gens m’ont dit, à plusieurs reprises, que ce n’était pas tous les jours que ce genre de choses arrive. Bon, maintenant, c’est tous les jours… Au début, je trouvais que c’était chouette d’être confinée. Mais maintenant, je ne trouve plus ça chouette car il y a des défauts: je ne peux plus voir les copines et c’est un peu triste.»

Comment as-tu démarré ce journal du confinement? «J’avais reçu ce carnet de maman. Avec elle, on écoute des histoires appelées les Odyssées, sur Internet. J’ai donc commencé mon journal comme ça. Je raconte ce que l’on mange au petit-déjeuner et j’indique que j’ai écouté l’histoire. J’ai aussi fait un carnet à côté pour décrire et dessiner les personnages des histoires des Odyssées, ce sont des personnes qui ont vraiment existé! Il y a l’homme au masque de fer, Mary Read et Anne Bonny (des pirates des Caraïbes)… J’ai commencé mon carnet le 22 mars. Je n’ai pas démarré tout au début du confinement. J’écris chaque fois ce que l’on fait pendant la journée. Quand le confinement sera terminé, je pourrai écrire à la fin ce que j’en ai pensé.»

Conseillerais-tu à d’autres enfants de tenir un journal du confinement?«J’ai déjà demandé à mon frère Emilien, qui a 7 ans, s’il se souvenait du premier jour. Il ne se souvenait pas du tout. Je pense que quand je serai adulte, je pourrai le relire parce que c’est quand même une grande expérience!»

Quand as-tu vraiment compris ce qu’est le confinement ?«Au début, c’était marrant. Puis j’ai compris deux ou trois jours après le départ. On est constamment à la maison, on est tout le temps avec son frère et sa sœur. Donc, ça commence à être un petit peu chaud, tout le temps. Émilien a 7 ans et Léonie a 5 ans. Quand ils m’énervent, je vais dans ma chambre, car j’ai une chambre pour moi toute seule, et j’écris dans le journal ce qui s’est passé.»

Ce journal, tu souhaites qu’il soit coloré…«Si c’était gris, ce serait un peu moins joli. Je préfère changer de couleur à chaque phrase.»

Acceptes-tu que tes parents lisent ton journal ou pas?«Ils peuvent le lire parce que je n’ai pas encore écrit de choses intimes dedans.»

Pour le moment, le temps te semble-t-il plus long? «Pas trop, parce qu’il fait beau, on peut faire des promenades. Mais ça va quand même un peu plus lentement qu’avant, c’est logique, je trouve. Je n’aime pas trop le confinement même s’il y a de bonnes choses. Par exemple, pas de loin de chez nous, il y a un parking vide, on peut aller faire du vélo là-bas. C’est vrai qu’être en famille, c’est bien mais parfois, on a besoin de prendre ses distances quand même.»

Fais-tu des activités que tu n’avais jamais faites auparavant?«Oui, je fais plus de bricolages. Hier, on a installé une feuille tableau dans ma chambre. Je voulais avoir ça depuis longtemps mais on n’avait pas le temps. Donc, je trouve ça chouette. Et puis, j’écris des lettres à mes copines. Des lettres par enveloppe (à la poste) et par mail. D’habitude, je ne leur envoie pas de lettres puisqu’on se voit à l’école. Je ne les ai pas encore entendues au téléphone. Mais le 5 avril, je suis invitée à un anniversaire. Comme on ne peut pas se voir, ce sera par zoom, par caméra, on se verra en direct. Je crois que ma meilleure amie sera là. Je suis contente parce que je vais pouvoir voir quelques copines.»

Suis-tu l’actualité? «Hier, maman regardait les informations et, comme j’étais là, j’ai un peu écouté. Je trouve que les gens prennent les bonnes mesures.»

 

 

Et les parents d’Élise, comment vivent-ils ce confinement?

 

«Il y a davantage de tâches à faire dans la maison, explique Bastien. Pour moi, c’est important que l’on puisse être dans une maison propre et rangée, sinon on va vite se bouffer le nez. Par ailleurs, tout ce qu’on perçoit sur le coronavirus et cette épidémie, on le fait percoler, - un peu comme une cafetière -, on le passe par notre filtre et on le partage avec les enfants. On a vraiment la conscience qu’on fait partie de cette minorité de gens qui peuvent vraiment profiter de ce confinement et on le dit aux enfants. Je travaille de la maison, je suis actif dans la distribution de produits belges. En cette période de l’année, le travail est toujours un peu ralenti car les grosses ventes se font en fin d’année.»

Béatrice est psychologue en milieu scolaire. «Je reste en contact, de la maison, avec les familles que j’ai l’habitude de suivre.»

Ils observent que leurs enfants ont inventé des jeux, comme de grandes constructions avec des planchettes en bois. «On sent aussi que c’est important de garder un rythme différent entre la semaine et le week-end. De garder des horaires. Mais on a changé certaines choses. Pendant le confinement, le soir, il n’y a plus d’histoire que nous lisons aux enfants. D’habitude, il n’y a pas d’écrans pendant la semaine. Pendant le confinement, on est plus souples. Ils ont tous les jours un temps d’écran: ordinateur, télévision... Les enfants en sont très contents. On était un peu frileux par rapport aux technologies et on découvre de chouettes sites! Les enfants regardent tous les jours les Niouzz, ils ne le faisaient jamais avant et ils aiment beaucoup. Et puis, il y a les applaudissements à 20h. C’est un moment de relâchement et de relations avec nos voisins. De jour en jour, on est plus nombreux sur le pas de nos portes. Cela nous donne envie de mieux les connaître et d’organiser après le confinement une fête de quartier.»