TOURNAI

Le Tournai d’avant: 1612, Place et puits dessinés par un Italien

N’est-il pas étonnant que les Consaux aient décidé d’ériger, à très grands frais, un puits monumental sur le Grand Marché alors que la ville est exsangue?

Exsangue est bien le mot car les troubles religieux – Tournai est dite «la Genève du Nord» – l’ont lourdement frappée; elle a subi en octobre 1581 le très dur siège du duc-d’Albe vainqueur de l’opiniâtre défense de Christine de Lalaing et de ses quelques défenseurs; pis encore, six mille au moins de ses artisans et commerçants ayant embrassé la religion réformée se sont exilés vers les Pays-Bas et l’Allemagne. L’apaisement arrive avec la nomination par le roi d’Espagne Philippe 11, d’Isabelle sa fille comme souveraine des anciens Pays-Bas méridionaux. La reconnaissance de la souveraine a lieu le 26 juillet 1598, dans la grande salle du palais tendue de l’immense tapisserie de «Gédéon» tissée à Tournai.

N’est-ce pas d’ailleurs un geste de conciliation que posent les époux, les archiducs Albert et Isabelle que de visiteur leur ville déjà le 8 février 1600. L’hiver était rigoureux, les traîneaux promenèrent les souverains de par la ville et, très naturellement, sur le Grand Marché.

Deux villes, deux visions

Si communes aujourd’hui, les illustrations sont rares qui nous faciliteraient la compréhension de l’évolution de la ville. Deux dessins, tracés quasi en même temps, nous sont parvenus.

L’un est un plan officiel, daté de 1610 ou 1611 et se veut être une modernisation d’ensemble du Forum, à l’exemple de la neuve Halle aux draps.. La Grand-Place s’y étale en totalité; toutes les façades de ses édifices, privés, publics ou religieux ont été rabattues au sol. On y voit apparaître de hauts pignons terminés en gradins, ce sont des maisons de pierre qui seront dites «de Renaissance flamande», leur horizontalité est bien marquée au fils des niveaux et l’auteur a gardé les volumes de chacun de ces immeubles voués sans doute au commerce.

Le second document nous semble plus précieux, et «mutatis mutandis» est une transcription d’une réalité. Ce dessin est réalisé, en 1612 ou 1613 soit les années durant lesquelles Remigio Cantallina, peintre et graveur florentin (1582 ou 1583), parcourt les anciens Pays-Bas Méridionaux et accumulant des croquis de sites, paysages, remparts, monuments, conserves à ce jour aux Musées Royaux de Belgique.

Dans cette collection, une vue, depuis la rue des Maux, de la Grand-Place. L’artiste s’est penché surtout sur le rang des orfèvres, côté cathédrale, et y détaille avec complaisance ces maisons à haut pignon, aux rampants droits, maisons de bois encore -, les étals de marchands dans une horizontalité extrêmement marquée par poutres et larmiers.

Le beffroi n’est qu’en partie visible, comme la Halle aux draps dont on voit les enroulements; Détail, l’hôtel du Grand Cerf arbore fièrement son enseigne, celle-ci, rescapée de 1940, a été conservée..

Ces deux documents sont extrêmement précieux et un examen attentif ouvrira le champ à d’autres découvertes..

Mais l’artiste dessine le puits Saint-Quentin dans sont ordonnance Renaissance mais surtout avec ses sept vertus. Sans certitude, ce devrait être les trois vertus théologales, Foi, Espérance, Charité ainsi que quatre vertus cardinales, la Justice, la Prudence, la Force et la Tempérance.

C’était en 1612.