MONS

Perte d’odorat égale Covid-19? Une étude de l’UMons veut tenter de le démontrer

Perte d’odorat égale Covid-19? Une étude de l’UMons veut tenter de le démontrer

L’Université de Mons va étudier le lien entre coronavirus et perte de goût ou d’odorat. Ugo PETROPOULOS

L’Université de Mons a lancé une étude sur la perte des sens du goût et de l’odorat. L’objectif est d’améliorer le diagnostic Covid-19. L’étude concerne notamment les patients positifs au Covid-19 qui ne sont pas en soins intensifs.

 

 

 

 

Vous ne sentez plus rien et vous avez des pertes de goût, sans pour autant être atteint d’une maladie respiratoire telles que la rhinite allergique ou une rhinosinusite? Il se pourrait bien que vous ayez attrapé le coronavirus Covid-19.

Au cours de ces derniers jours, plusieurs scientifiques et médecins italiens, français, allemands et anglais ont remarqué un pourcentage anormalement élevé d’anosmie (perte de l’odorat) et de dysgueusie (perte du goût) chez les patients infectés par le Covid-19. Ces patients décrivent une apparition brutale de troubles de l’odorat et du goût, sans aucun autre signe ORL.

«Ce symptôme a été observé dans différents hôpitaux, auprès de patients et de manière suffisamment sérieuse pour que le bouche-à-oreille médical se mette en place et que des références américaines et britanniques publient des recommandations ces derniers jours», note Sven Saussez, spécialiste ORL issu de l’université de Mons.

Faisceau d’indices, mais pas encore d’étude

Dans une lettre publiée ce lundi, le Prof. Claire Hopkins, (présidente du British Rhinological Society) estimait que ce symptôme pourrait toucher 30% des sujets infectés.

En Belgique, des témoignages abondent dans ce sens depuis les hôpitaux prenant en charge des patients atteints de coronavirus. «On a un partenariat avec EpiCURA et Ambroise Paré pour avoir accès aux patients, mais des médecins ont également répondu au questionnaire. Et on a beaucoup de gens en Belgique qui ont ces symptômes, et parfois uniquement ceux-là.»

Néanmoins, aucune étude scientifique n’atteste un lien de cause à effet entre le Covid-19 et les troubles d’anosmie et de dysgueusie. Pour pouvoir correctement informer la population avec une étude allant au-delà des «on-dit», l’université de Mons vient de lancer une étude prospective afin de collecter un maximum de données scientifiques relatives aux troubles de perte de goût dans le cadre du diagnostic Covid-19.

Sven Saussez et Jérôme Lechien, un autre spécialiste ORL également issus de l’UMons, ont développé un questionnaire et mis sur pied un «call center» destinés aux patients positifs au Covid-19 et qui ne sont pas en soins intensifs.

Isolement préconisé

Les premiers questionnaires ont été réalisés lundi. A ce jour, 250 répondants ont déjà participé. «Le but est de publier l’article dès le début de la semaine prochaine, afin d’avoir un effet immédiat dans le dépistage.»

La collecte de ces informations pourrait avoir un impact majeur sur le dépistage de l’infection au Covid-19 car les patients présentant ces seuls symptômes pourraient ainsi être dépistés et isolés correctement de la population générale.

Le Prof. Claire Hopkins préconise d’isoler 7 jours les patients présentant ce symptôme, à l’instar de la société américaine des ORL. Des recommandations que soutient également le docteur Saussez.

«Je pense que c’est le moment de faire passer un message dans la population. Anosmie, égale probablement infection au Covid-19, et isolement pendant 7 jours. Et isolement, c’est: plus de sortie, plus de courses et faire très attention dans les rapports avec les gens de son entourage.»

 

Comment participer à l’étude?

Les patients positifs au Covid-19 sont invités à prendre contact avec l’UMons, par e-mail (covid19.rechercheclinique@umons.ac.be) ou par téléphone (065 37 37 38).

L’enquête est également disponible en ligne sursurveymonkey.

L’UMons a souligné que les données collectées seront respectueuses des dispositions RGPD en vigueur et de la législation en matière de protection de la vie privée. L’enquête a été validée par le comité d’éthique de l’UMons

 

 

Le personnel touché

La mise en place de l’étude permet aussi de soulever des craintes quant à la contamination sous-évaluée du personnel soignant par le Covid-19, qui n’est pas testé systématiquement.

«On se rend compte qu’on a des gens du personnel infirmier qui présentent uniquement ce symptôme (d’anosmie ou de dysgueusie). On a eu le cas avec des infirmières d’EpiCURA.»

Qui ont été écartées, mais pas testées: «les consignes disent de tester des gens qui vont être hospitalisés. Mais nous allons prélever et congeler des échantillons sur les personnes anosmiques de sorte à pouvoir les analyser quand on aura assez de réactif, et de pouvoir prouver que ces personnes qui n’avaient que l’anosmie et qu’on laissait dans la nature étaient bien positives.»

De quoi aussi apporter de l’eau au moulin de ceux qui considèrent que la gestion de la crise sanitaire s’apparente à du grand n’importe quoi?

 

 

Le signe d’une mutation?

Ces symptômes de perte de goût et/ou d’odorat sont assez nouveaux: «j’ai relu tous les articles chinois et on n’en parle pas du tout», note Sven Saussez. C’est décrit chez des patients italiens, français, espagnols, belge, anglais…

Qu’est-ce qui explique cela? «Soit ils n’ont pas fait attention à ce symptôme, mais ce serait étonnant puisqu’ils ont décrit en détail le moindre symptôme dans des très bonnes publications. La deuxième possibilité, c’est qu’il y a une mutation du virus européen par rapport au virus asiatique.»