DÉCÈS

Manu Dibango , le son de l’Afrique

Manu Dibango ,  le son de l’Afrique

Décédé des suites du Covid-19 hier à Paris à l’âge de 86 ans, Emmanuel N’Djoké Dibango était l’une des grandes figures de la musique africaine. Photo News

Décédé des suites du Covid-19 hier à Paris à l’âge de 86 ans, Emmanuel N’Djoké Dibango était l’une des grandes figures de la musique africaine.

En 1972, la Coupe d’Afrique des Nations a lieu au Cameroun, pays natal de Manu Dibango. Pour l’occasion, il est demandé au saxophoniste de composer un hymne. C’est la face B de ce 45 tours qui deviendra le plus gros succès mondial de la musique africaine: Soul Makossa traversera l’Atlantique pour se retrouver classé dans les hit-parades américains, et Michael Jackson reprendra même en partie le titre sur l’album Thriller sans l’autorisation de Dibango.

Du Cameroun aux yéyés

En 1949, Manu est envoyé en France par son père pour y faire des études. À l’écoute de Louis Armstrong et Sidney Bechet, il découvre le jazz, puis le saxophone qu’il pratique dans quelques clubs du Nord. En 1956, il débarque à Bruxelles où il joue dans de nombreux endroits: «À mon époque, il fallait faire des cabarets, des bals, des cirques. Jouer avec un accordéoniste comme André Verchuren assurait quelques dates», racontait-il.

Il vit la période troublée des négociations pour l’indépendance du Congo, tournant crucial dans son parcours puisqu’il développe alors de plus en plus ses origines africaines dans sa musique. Les tournées au Congo et son retour au Cameroun sont de courtes durées et Manu revient à Paris où il profite de la vague yéyé pour accompagner Dick Rivers et surtout Nino Ferrer. Sort ensuite Soul Makossa, un succès international qui propulse le saxophoniste dans des tournées qui le mèneront à l’Olympia et même au mythique Apollo de Harlem à New York.

Si sa carrière discographique connaît des hauts et des bas, Manu Dibango se sent attiré par tout ce qui fait la musique de son époque: avec toujours l’influence de la musique africaine, ses disques se teinteront de rap, de hip-hop, d’electro et, bien sûr, de jazz, de gospel et de RnB.

«Tu as été un grand frère»

En 2004, Manu Dibango est nommé «Artiste de L’Unesco pour la Paix» et on le retrouve de plus en plus sur scène entouré d’artistes de tous styles souvent pour la défense d’œuvres humanitaires: Ray Lema, Jane Birkin, Omar Sosa ou Youssou N’Dour qui a twitté sa «tristesse»: «Tu as été un grand frère, une fierté pour le Cameroun, et pour l’Afrique toute entière.»

Jamais à court d’inspiration, «Mister Makossa» s’est encore produit en juillet dernier au Festival Jazz à Vienne, avec un tout nouveau projet intitulé «Safari symphonique» avec l’Orchestre National de Lyon.

Manu Dibango a aussi écrit sa biographie, Trois kilos de café, denrée qu’il avait emmenée dans ses bagages pour payer sa famille d’accueil en France. Avec Manu Dibango, l’Afrique perd un de ses plus grands artistes.