TOURNAI

Le Tournai d’avant: d’art et d’eau, le puits Saint-Quentin

La Ville pavoise en ce dimanche 21 mai 1905 car elle célèbre en même temps le 75e anniversaire de l’indépendance nationale et, ce qui touche et enrichit le quotidien de tous les habitants, le prince Albert de Belgique et la princesse inaugurent la distribution publique de l’eau.

L’eau, indispensable à la vie, ce qu’exhibe le musée d’archéologie de la rue des Carmes avec un tronc de chêne évidé qui servit de puits dans la région courtraisienne.

À Tournai, où le sous-sol est de roche, l’approvisionnement de l’eau se fait aussi au moyen de puits, creusés dans les domaines privés et publics.

Il en demeure souvenirs dans la dénomination des rues. Ainsi celle du Puits-Wagnon se parait d’un puits qui, en 1470» est joliment restauré par le febvre Gossart Ponc du Roy, qui fait de son comble et chapeau de fer un grant et somptueux ouvrage pesant 894 livres orné de rosettes et de fleurs de lys».

Rue des Puits-l’Eau, le puits semble moins important. «Gilles Le Grand, pintre, est chargé en 1568 de repeindre et dorer la couronne du puits de la rue Bauduin l’Auwe, pour un peix de 28 livres».

Le plus beau, c’est celui du forum

Des pierres d’Ath

Il y a bien un puits sur la Grand-Place mais il ne répond plus aux désirs des Prévots et jurés dont le journal annonce «qu’en ce XXVI (26) jour de novembre XC (1500) soisante-droit, les maïeur et commis aux finances (..) se sont trovés d’accord avecq Jehan de le Sille, marchant demourant à Mafle près d’Ath pour la livraison des pierres d’Ecausines ou d’Ath et érection du puich estant sur le Grand Marchié de la dite ville et cité».

Le contrat est précis, nombre et dimensions des pierres, tels les pieds d’estrade portant têtes de lions et armoiries du Roy.

Clause particulière aux privilèges des métiers: les seigneurs de la ville seront tenus d’indemniser les ouvriers locaux si sont employés «d’aulcuns ouvriers estrangers».

Les comptes d’ouvrage de 1565 suivent la progression des travaux à commencer par la démolition du vieux bois du puits, puis le maçon Jean Martin et enfin le couronnement de l’édifice.

Jean Bodet, roctier en concoît le plan repris sur papier par le peintre Gilles le Grand. Ce plan consistait en six colonnes rondes, supportant un dôme de maçonnerie, couronnement fait par François Ghiselin, roctier, pour un coût de 700 livres.

Chaque colonne était surmontée d’une statue d’une vertu, une septième surmontant le faîte. Elles furent l’œuvre de Jean Tournois, tailleur d’images et scellées au plomb par Pierre Gaurin (NDLR: se lit ici la séparation des métiers selon leur spécialité).

Des statues polychromées? Non, Il est intéressant de lire «que l’étude des comptes nous porte à croire qu’on n’employait la peinture su pierre que l’orsque celle-ci se ternissait ou se dégradait sous l’effet du temps». En effet, les statues du puits furent peintes en 1600 pour la venue des archiducs Albert et Isabelle. Puis encore en 1629 alors que ces statues viennent d’être renouvelées par Abraham Taverne, tailleur d’images.

Ces multiples restaurations furent-elles jugées trop coûteuses malgré les services rendus?

Le puits Saint-Quentin disparut en 1821.