L’ÉDITO PAR MICHAËL DEGRÉ

EDITO | Le jour d’après

EDITO | Le jour d’après

20th Century Fox

Je ne sais pas si vous vous souvenez du Jour d’après, ce film de 2004, dans lequel un climatologue que personne n’avait envie d’entendre voyait Dame Nature lui donner raison quand elle plongeait notre humanité dans un congélateur géant, semant mort et désolation.

Bon, bien sûr, le Covid-19, c’est un virus, pas un flocon de neige. Mais la symbolique, certes à gros sabots, est la même, avec une question identique en corollaire: que va-t-on faire du «jour d’après»?

C’est que le confinement, ça fait réfléchir. Paniquer un peu, aussi, lorsque s’éteint la lampe de chevet et que surgissent les idées noires. Craindre des lendemains pas forcément meilleurs. Pour nous, et pour nos enfants. Quel en serait le sens? Devons-nous leur offrir cet héritage boiteux? Assister impuissants au désastre que nous leur laissons, déjà? Le vivre nous-mêmes, et avec quelles perspectives? En existe-t-il encore seulement?

Et si, après les sécheresses, les tempêtes, les mégafeux et maintenant les virus, on ne revenait plus jamais «à la normale»? – expression désormais consacrée. Et c’est quoi, en fait, «la normale»? Retourner à notre schéma ultralibéral? S’offrir des vols à 39€ pour Ibiza ou Corfou sur un coup de tête parce qu’on le peut? Surconsommer des produits arrivés jusqu’à nous à coût fort en bilan carbone? S’acheter le SUV le moins polluant du moment (lol)?

Recréer, en somme, les conditions qui nous ont, peut-être (sans doute), conduits à la situation dans laquelle nous nous trouvons: confinés, à nous féliciter que ce magnifique exil intérieur nous ramène vers de vraies valeurs, nous offre enfin de beaux et trop rares moments de partage familiaux. Mais surtout, soyons honnêtes, à piétiner de sortir pour à nouveau dévorer ce monde de l’intérieur.

Oui, mais quel monde, au juste? Celui d’hier, autodestructeur, vers lequel nos réflexes grégaires – et nos dirigeants politiques, fussent-ils les «révélations» de la crise en cours – voudront nous renvoyer illico avec, en musique de fond, l’habituel refrain d’une économie mondiale – et des banques, encore – à sauver? Ou celui, encore inconnu, et donc plus excitant, qu’il nous est loisible de réinventer ensemble maintenant que se profile, bientôt, le «jour d’après»? À moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse déjà du jour de trop.