TOURNAI

Le Tournai d’avant: carnaval supprimé à Tournai? Il en a vu bien d’autres

La tradition est multiséculaire qui veut que la liesse populaire se donne libre cours en cette période qui annonce le retour du printemps. Héritier des lointaines dionysiaques grecques et des lupercales romaines, le «carnavalo» – enlever la viande – se situe entre la fête des Rois et le mardi gras.

Tournai ne fut pas en reste dans un temps médiéval favorable aux réjouissances populaires, la «fête de l’évêque des fous» est exemple de ces joyeux débordements, les gausseries, moqueries et autres libations ayant parfois dû être encadrés par des arrêtés municipaux.

Familier, libre de son plaisir

Dans cette saga déroulant les images d’une grande fête populaire, les différents documents mettent en exergue les carnavals du début du XXe siècle.

Le contexte social et économique est favorable; dans la plupart des sept cent quatre-deux (782 et oui) bistrots que compte Tournai sont nées d’innombrables sociétés; le but des membres? Se réunir pour s’adonner à leurs plaisirs, le fer, les boules, les fléchettes, le sport, la musique tant instrumentale que vocale, le théâtre..

Chaque membre économise pour «le» grand jour de l’année, le banquet, la fin du championnat mais aussi. le carnaval.

Un carnaval laissé alors à l’initiative de tout un chacun tout en sachant que le cœur de la fête se trouve sur la Grand-Place où vingt et un établissements sont prêts à accueillir les masques. L’après-midi est réservé aux enfants qui se déguisent d’oripeaux glanés dans les greniers et se munissent de tout ce qui peut faire du bruit tambours et casseroles.

En fin d’après-midi surviennent les sociétés; les participants ont revêtu les plus beaux habits sortis de leur imagination; il s’y mêle des groupes familiaux ou d’amis, des compagnies d’ouvrières du textile, les Roctiers d’Allain en tenue de travail.

Ils sont des centaines à envahir les bistrots du forum, à zigzaguer parmi les tables, à se moquer plus ou moins gentiment des consommateurs et surtout, à chanter. Il ne reste plus que quelques refrains de ces chansons glorifiant Bacchus, se gaussant du politique en général et de l’un ou l’autre édile en particulier.

Quand tombent la nuit et le froid, on s’en va danser au théâtre, aux Waux-hall de la rue Perdue, chez les volontaires pompiers de la rue Saint-Martin à moins que l’on rejoigne son local.

Trop beau pour durer? on créa les Carnaval d’été (vers 1910), un cortège cadré remplaça la liberté populaire et s’étiola cette si belle réjouissance.

Bof!

En 1949, Walter Ravez publie son «Folklore de Tournai et du Tournaisis» et y écrit «que l’on ne parlera bientôt plus du carnaval que comme d’une chose morte, bien que cette manifestation évoque bien des souvenirs dans la mémoire des plus âgés».

Faut-il s’étonner de ce pessimisme? Non, car la liesse populaire n’éclate au grand jour que si les circonstances du quotidien lui sont favorables, Or, la guerre est passée par là, La ville panse ses plaies et l’économie n’est guère brillante..

Le Carnaval va renaître cependant grâce à de courageuses initiatives; il est différent avec ses «confréries» mais il demeure, pour tout bon Tournaisien, une fête à ne pas manquer.