POLITIQUE

Sophie Wilmès va être nommée formatrice pour un gouvernement de pouvoirs spéciaux durant 3 à 6 mois

Le gouvernement Wilmès 2.0 se précise. La mission royale de Sabine Laruelle et de Patrick Dewael se termine ce lundi et c’est Sophie Wilmès qui va leur succéder en tant que formatrice.

Un accord est intervenu entre dix partis pour donner le soutien d’une majorité au gouvernement fédéral actuel qui pourra recourir aux pouvoirs spéciaux pendant une période maximale de 6 mois, ont annoncé ce dimanche soir les chargés de mission royaux, Sabine Laruelle et Patrick Dewael.

La Première ministre Sophie Wilmès sera désignée ce lundi formatrice de ce gouvernement qui sera de plein exercice mais dans le cadre d’un programme limité à la lutte contre le coronavirus et la prise en charge des effets socio-économiques de la pandémie.

 

3 à 6 mois

 

Sophie Wilmès va être nommée formatrice  pour un gouvernement de pouvoirs spéciaux durant 3 à 6 mois
Belgian Prime Minister Sophie Wilmes pictured during a plenary session of the Chamber at the Federal Parliament in Brussels, Thursday 12 March 2020. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK BELGA
La crise sanitaire qui sévit depuis plusieurs semaines avait déjà amené le gouvernement en affaires courantes à prendre des mesures de confinement exceptionnelles jeudi soir. Trois jours plus tard, elle conduit à un accord fédéral pour débloquer la crise politique.

Pour rappel, la Belgique a un gouvernement fédéral minoritaire depuis que la N-VA a claqué la porte en décembre 2018. Les élections du 26 mai n’ont pas permis de trouver une nouvelle coalition. Tandis que les informateurs et autres chargés de mission se sont succédés chez le roi, Sophie Wilmès, qui a pris le relais de Charles Michel au 16 rue de la loi fin octobre, a continué à conduire son gouvernement en affaires courantes composé de membres du MR, de l’Open Vld et du CD&V.

La piste qui circulait ce week-end menait à un gouvernement d’urgence. Mais le PS a répété ce dimanche midi son refus face à l’éventualité de gouverner avec la N-VA. «Le PS soutiendra depuis le parlement toutes les mesures que prendra le gouvernement (NDLR: fédéral) pour apporter les réponses nécessaires à la crise», a déclaré le président des socialistes, Paul Magnette.

Dans la foulée, Patrick Dewael et Sabine Laruelle ont réuni PS, MR, sp.a, Open Vld, CD&V, N-VA et, dans un deuxième temps, Ecolo, Groen et le cdH. Et il a été convenu de soutenir un gouvernement temporaire allant de trois à six mois.

 

Vote de confiance jeudi

 

Les deux chargés de mission se rendent chez le roi ce lundi à 10h pour rendre leur rapport et Sophie Wilmès va leur succéder comme formatrice de ce gouvernement qui sera désormais de plein exercice mais dans le cadre d’un programme limité à la lutte contre le coronavirus et la prise en charge des effets socio-économiques et budgétaires de la pandémie. Elle demandera jeudi la confiance à la Chambre, qui lui sera acquise à une très large majorité de plus de 100 sièges. Elle pourra ensuite demander les pouvoirs spéciaux pour une durée de trois mois renouvelables une fois.

Sophie Wilmès va être nommée formatrice  pour un gouvernement de pouvoirs spéciaux durant 3 à 6 mois
Laruelle et Dewael se sont exprimés au cours d’une conférence de presse sur le coup de 23h. BELGA
Ce gouvernement sera composé des partis de la coalition actuelle, soit le MR, le CD&V et l’Open Vld. Les autres partis -PS, N-VA, Ecolo, Groen, cdH et DéFI- soutiendront la nouvelle équipe Wilmès de l’extérieur. Les partis autour de la table ont convenu qu’il ne fallait pas «déstabiliser» l’équipe en place alors que la Belgique affronte la pandémie. Les chefs de groupe des formations qui ne sont pas représentées dans l’exécutif seront toutefois impliqués directement dans son fonctionnement en participant aux réunions du comité ministériel restreint dès lors qu’il est question du coronavirus.

«L’urgence est de prendre en charge le coronavirus dans l’ensemble de ses aspects», a souligné Sabine Laruelle. Les circonstances actuelles ne permettaient pas d’entamer une longue négociation en vue de former un gouvernement au mandat plus large. «Les gens n’auraient pas compris que l’on négocie encore pendant des semaines», a fait remarquer Patrick Dewael.

 

RÉACTIONS

L’urgence de la crise sanitaire et socio-économique a enfin permis d’obtenir un large accord politique après 9 mois de blocage. Et certains partis, comme la N-VA, le PS et Ecolo, jusqu’ici inconciliables, ont pu trouver un terrain d’entente, sans toutefois monter dans le même gouvernement

«La Belgique traverse une crise comme elle n’en a jamais connue. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’union», a souligné le co-président d’Ecolo, Jean-Marc Nollet.

«On est dans une situation qui peut s’apparenter à celle d’une guerre. Il faut mobiliser toutes nos ressources», a dit pour sa part le président du MR, Georges-Louis Bouchez tandis que le président du cdH, Maxime Prévot, rappelait la disposition toujours affichée par son parti à répondre à la demande d’une «union sacrée».

Ni le président du PS, Paul Magnette, ni celui de la N-VA, Bart De Wever, n’étaient présents à la conférence de presse qui a suivi la réunion.

 

 

Les pouvoirs spéciaux, comme dans les années 80 et 90

Les six mois à venir pourront être mis à profit pour négocier la mise sur pied d’un gouvernement plein et entier pour le restant de la législature, espèrent les deux chargés de mission.

La technique des pouvoirs spéciaux n’avait plus été utilisée depuis une vingtaine d’années. Elle habilite le gouvernement à modifier des lois par arrêtés royaux, à charge ensuite pour le parlement de les confirmer. Elle a servi dans les années 1980 au gouvernement Martens et dans les années 1990 au gouvernement Dehaene.