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Bob Morane spatial pour Henri Vernes

À 101 ans bien tassés, Henri Vernes s’apprête à recevoir le cadeau le plus étonnant de sa longue vie. Une très belle histoire de Bob Morane…

Tous ceux qui ont lu des Bob Morane, et même ceux qui n’ont jamais goûté aux escapades intersidérales de l’Aventurier, seront touchés par cette histoire. Une histoire faite de vrais bons sentiments. À des années-lumière donc de l’univers de l’Ombre Jaune… Elle démarre au Canada.

Le Bob Morane québécois

Le Québécois David Saint-Jacques (50 ans) est à la fois astrophysicien, médecin et ingénieur. Il parle cinq langues, pratique l’alpinisme et quelques autres sports, dispose d’une licence de pilote commercial, etc. Il est aussi aquanaute et astronaute. Au fond, la seule différence entre David Saint-Jacques et Bob Morane, c’est que le Québécois est marié et qu’il a trois enfants, quand le Français est un perpétuel célibataire de 33 ans.

Le 3 décembre 2018, en compagnie d’une Américaine et d’un Russe, le Bob Morane québécois décolle de Baïkonour pour la station spatiale internationale. Durée de la mission: plus de 6 mois (203 jours).

Parfaite mise en abyme

Au début mars 2019, depuis l’espace, David Saint-Jacques tweete la photo que vous voyez ci-dessus accompagnée de quelques mots: «J’ai emmené à bord un de mes héros d’enfance, l’aventurier Bob Morane.)»

Le bouquin flotte en apesanteur… L’astronaute n’a pas emporté un titre au hasard. C’est Le satellite de l’Ombre Jaune. Henri Vernes l’a publié en 1968… deux ans avant la naissance de David Saint-Jacques.

Sur la couverture (signée Pierre Joubert) de ce Pocket-Marabout, on voit Bob Morane à l’arrière-plan sorti du «scaphe» pour tenter de récupérer Sophia Paramount, victime d’une expulsion extra-véhiculaire involontaire.

Ça non plus, ce n’est pas banal: un mois plus tard, ce sera au tour de David Saint-Jacques d’effectuer une sortie dans l’espace, bien prévue celle-là, pour travailler sur les systèmes de communication de la station.

Aussi direct que surréaliste

L’image n’a pas échappé aux fans de Bob Morane et aux amis d’Henri Vernes. Ils la lui font parvenir chez lui. Hé oui, centenaire, Henri Vernes vit toujours dans son appartement saint-gillois, avec un minimum d’assistance. Suivront des échanges de dédicaces. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

À son retour sur terre, de sa propre initiative, David Saint-Jacques trouve le moyen d’entrer en contact avec Jacky Legge, le conservateur du Musée de Folklore et des Imaginaires de Tournai (MuFIm) qui a consacré une salle de son institution à Henri Vernes et Bob Morane.

Rappelons ici que, né à Ath, Henri Vernes – alors Charles-Henri Dewisme – a grandi à Tournai, à l’angle de la rue Duwez et du quai Taille-Pierre. Sur la toile, on peut trouver plusieurs conversations entre Henri Vernes et Jacky Legge.

Les choses se sont faites avec le caractère direct et simple d’outre-Atlantique. Ça a donné à peu près ceci: «Jacky, il y a un certain Saint-Jacques qui a téléphoné pour toi. Il dit qu’il est allé dans l’espace et qu’il veut te refiler un Bob Morane qu’il avait emmené avec lui, pour que tu l’apportes à Henri Vernes.» Assez surréaliste…

Un homme attentionné, tout simplement

Tellement surprenant d’ailleurs que, dit Jacky Legge: «J’ai envisagé que ça puisse être un canular. Mais après quelques recherches, il s’est avéré que c’était bien cet astronaute, d’une extrême amabilité, qui avait pensé que ça ferait plaisir à Henri Vernes -qu’il avait tant lu dans sa jeunesse-, de recevoir cet exemplaire pour le moins unique de son livre.»

Dans quelques jours, Jacky se rendra chez Henri pour lui remettre le Pocket-Marabout si particulier. On peut imaginer qu’Henri Vernes, resté très attaché à sa ville d’origine, fera ce qu’il faut pour que Le satellite de l’Ombre Jaune qui a tourné autour de la Terre, soit un jour visible du grand public, au MuFIM ou au futur Smart Center…