BELGIQUE

«Le carnaval d’Alost est une honte», dénonce le commissaire européen Schinas

«Le carnaval d’Alost est une honte», dénonce le commissaire européen Schinas

Le commissaire européen Margaritis Schinas. Reporters/DPA

Le commissaire européen Margaritis Schinas, en charge de la Promotion du mode de vie européen et de la lutte contre l’antisémitisme, a condamné avec force lundi les chars et déguisements caricaturant les juifs, dimanche au carnaval d’Alost.

«Cela me semble clair: le carnaval d’Alost est une honte», a tranché le commissaire grec dans un tweet, lundi après-midi.

«Cela doit cesser. Il n’y pas de place pour cela en Europe», ajoute-t-il en référence aux comportements des groupes carnavalesques qui ont surfé sur la polémique de l’an dernier et dépeint des juifs aux nez crochus, parfois en fourmis.

Le commissaire renvoie à la réaction qu’il avait déjà eue l’an dernier sur le carnaval d’Alost lorsqu’il était porte-parole en chef de la Commission Juncker. Peu après le cortège qui avait été marqué cette année-là par un char présentant des caricatures de juifs orthodoxes défendant des coffres-forts, M. Schinas avait jugé «impensable que de telles images paradent dans les rues européennes, 74 ans après la Shoah». C’est ce char qui avait créé la polémique même au-delà des frontières nationales et mené au retrait du carnaval d’Alost de la liste du patrimoine mondial immatériel de l’Unesco.

«Notre Union a été construite sur les cendres de l’Holocauste. Se le remémorer et combattre l’antisémitisme est notre devoir envers la communauté juive et est indispensable pour protéger nos valeurs européennes communes», avait ajouté M. Schinas en citant Jean-Claude Juncker.

Lundi midi, les porte-paroles de la Commission rappelaient que sur le plan purement légal, il revenait à l’État concerné d’agir.

Interrogé par Belga, le Conseil de l’Europe a lui aussi condamné toute forme d’antisémitisme. L’institution paneuropéenne, qui abrite à Strasbourg la Cour européenne des droits de l’homme, s’est dite consciente que «le gouvernement fédéral belge (était) très préoccupé par ces incidents et (réfléchissait) aux mesures juridiques nécessaires».

Choqué, le Consistoire central israélite appelle toutefois à la reprise du dialogue

Le Consistoire central israélite de Belgique, organe représentatif du judaïsme, a souhaité lundi «reprendre dans les meilleurs délais le dialogue avec les Alostois», au lendemain de nouvelles caricatures apparues au carnaval de cette ville.

«La communauté juive de Belgique a été profondément choquée et blessée par un certain nombre de caricatures […] À nouveau, certaines de ces représentations des membres de la communauté juive sont clairement inadmissibles dans une démocratie comme la nôtre», a condamné le Consistoire dans un communiqué.

L’organe s’engage à suivre activement la recommandation de la Première ministre Sophie Wilmès qui, «après avoir fait part de sa désapprobation, a cependant appelé au dialogue.»

«Déjà après le carnaval 2019, le dialogue avait été entamé avec les carnavalistes d’Alost. Malheureusement, il fut interrompu. Le Consistoire central israélite de Belgique souhaite reprendre dans les meilleurs délais le dialogue avec les Alostois, sous l’égide d’UNIA (le centre interfédéral pour l’égalité des chances, NDLR) et ce, avec le soutien espéré de la Ville d’Alost et du gouvernement de la Région flamande».

Le Consistoire fait également observer que la communauté juive de Belgique est «particulièrement bien structurée». À ses yeux, il est donc «plus que souhaitable que ce dossier reste à ce stade belgo-belge.»