Victorien, 16 ans, de Namur, meilleur jeune berger européen

Samedi à Paris, Victorien Mathieux, de Suarlée, a pris le meilleur sur des concurrents anglais, écossais, gallois, irlandais et autrichiens.

La Belgique n’est, a priori, pas une terre de moutons, comme le sont l’Irlande ou l’Écosse. Pourtant, c’est un jeune Belge, Namurois de surcroît, Victorien Mathieux, qui a remporté le titre de meilleur jeune berger européen, samedi, dans le cadre du Salon international de l’agriculture de Paris. Mieux: à 16 ans, cet étudiant de Suarlée était le plus jeune à concourir, et c’est la première fois qu’un Belge occupe la plus haute marche du podium de ces Ovinpiades.

Question subsidiaire

Ce n’était pourtant pas gagné. «Samedi, confie-t-il, en me levant, je me suis dit: pourquoi pas? Mais sans y penser. Je savais que je serais en compétition avec des bergers issus de pays où le mouton est une tradition. Je ne savais pas à quoi m’attendre.» S’il pensait avoir loupé l’épreuve consacrée au parage (taille des onglons), il s’est retrouvé premier ex aequo avec un Anglais. «Pour nous départager, on nous a demandé le nombre de moutons dans le monde en 2017. Mon estimation était la plus proche des 1,3 milliard…»

Les autres épreuves n’avaient cependant rien d’une question subsidiaire. Outre le parage, elles portaient sur la contention et la manipulation des ovins, le tri de brebis porteuses de boucles électroniques, l’évaluation de l’état d’engraissement et de santé, la reconnaissance de races parmi 42 différentes… Pas évident, même si Victorien, comme les autres concurrents belges, ont bénéficié d’une préparation idéale (lire ci-dessous). «Il faut gérer la pression, avec le public qui regarde. C’est le plus difficile», confie encore celui qui s’est hissé à la première place sur les 13 finalistes. La France organisait son propre concours national, qui a rassemblé 39 candidats. Dans un classement officieux, établi en expurgeant les deux épreuves françaises non retenues par les Ovinpiades européennes, Victorien se classe de justesse sous le premier Français.

Premier mouton à 10 ans

Un succès qui est la suite logique d’une passion pour le jeune homme. «Mes deux parents sont issus du monde agricole, sans toutefois reprendre de ferme. Mais j’ai toujours été passionné par les bêtes qui y vivent, en particulier avec mon parrain qui a une ferme à Warisoulx. J’ai eu mon premier mouton à 10 ans environ: je suis tombé amoureux de l’animal, confie-t-il sans pouvoir l’expliquer autrement que par un coup de cœur. Mais le mouton a aussi l’avantage d’être plus facile à manipuler qu’un bovin. Il est aussi plus accessible financièrement.»

Son hobby orientera son parcours scolaire. «Je suis en humanités à l’Epasc de Ciney, une école à orientation agricole, mais je suis un des rares à être en sciences appliquées, non en agronomie.» Car le projet de Victorien, contrairement à ce que son succès pourrait laisser croire, n’est pas de se lancer dans l’élevage, du moins complètement. «Je me vois bien devenir vétérinaire, un métier où l’on touche à tous les animaux. Je pourrais me spécialiser en ovins. Et à côté, faire des moutons, agrandir mon cheptel, pour l’instant de 10 bêtes.» On l’a compris, avoir remporté le concours ne procurera pas directement un plus pour Victorien, qui est avant tout passionné. «J’en retire une expérience, des connaissances supplémentaires, à poser les bons gestes. Et une fierté, immense. Par exemple quand des spécialistes sont venus me féliciter… »

Les Ovinpiades, pour redynamiser le secteur

Les Ovinpiades des jeunes bergers, qui en étaient à leur 15e édition, sont réservées aux jeunes de 16 à 24 ans inscrits dans un établissement d’enseignement agricole.

En Wallonie, la participation à cette compétition ludique remonte à quatre ans, à l’initiative du Collège des producteurs, interface entre agriculteurs, responsables politiques, monde de la recherche et de l’encadrement. Pour cette édition, six écoles agricoles wallonnes étaient représentées. Dès novembre dernier, 70 étudiants ont participé à une journée de formation au centre de recherche ovine de Faulx-Les Tombes. Ils se sont retrouvés au salon belge Agribex pour la finale belge des Ovinpiades dont l’organisation a été prise en charge par l’ASBL Elevéo. Quatre étudiants – deux francophones, deux néerlandophones – ont été sélectionnés pour la finale européenne, dont Victorien Mathieux et Julien Roisin de l’IPES d’Ath.

Le but des Ovinpiades est de redynamiser le secteur ovin en France, mais aussi en Europe, en donnant un coup de projecteur sur cette filière, en expansion, mais qui connaît un déficit de vocations.

C’est le cas en Belgique, et notamment en Wallonie. «L’élevage ovin reprend vigueur depuis 10 ans, observe Victorien. On ne produit pas assez de moutons par rapport à la demande.»«On ne produit chez nous que 13% des moutons consommés, complète Cyril Regibeau, conseiller technico-économique d’Elevéo. Avec la tendance aux circuits courts, il y a du potentiel. L’intérêt pour la filière touche surtout les jeunes, en raison de la facilité de s’installer qui ne nécessite pas de gros investissements et un retour sur investissement rapide.»

Actuellement, la Wallonie compte 450 éleveurs de plus de 30 brebis, essentiellement en activité complémentaire.