TOURNAI

Le Tournai d’avant: cet autre univers, qui n’a plus rien d’humain

Ils sont bel de bien des prisonniers. Leur logement? De longues baraques en bois – les blocs – alignées, numérotées. Quand même, oublier le quotidien.

L’équipe de Meura est dirigée vers Gelsenkirchen, un centre métallurgique de la Rhür.

Du camp de Zweckel, départ pour l' «Hydrierwerck Soven AG», qui par la distillation du charbon, fabrique de l’essence synthétique. Tests, répartition selon nos capacités et mise au travail sous les hurlements des ouvriers allemands «Loos, schnell, arbeit». Lors des alertes, sont prévus des abris en pains de sucre.

Après un mois, André s’évade. À Aachen il est arrêté. Espion? Premiers sévices, les coups pleuvent, menaces de mort. II pleure de rage dans la cellule..Un repas/jour, toujours debout, petits boulots. Puis, prisons d’Essent et Dordmund (où la mort est donnée à la hache).

Retrouver l’usine? Non, l’administration allemande veille: sa fiche, qui le suit le désigne comme «suspect, dangereux, à surveiller». En route pour le pire..

À Wewelsburg, le célèbre «Arbei macht frei». est plutôt «l''anéantissement par le travail» voulu des SS. Tonte générale, douches à jets glacés, désinfection à la créoline qui brûle. Il neige.

Réveil à quatre heures

«Départ le 21 janvier 1943, Quand stoppe le convoi, SS et Doberman menaçants nous chassent vers Orienenburg et le camp de Sachsenhausen où nous connaîtrons au quotidien le régiment autrichien de la SS Totenkopfverbande.»

Soixante baraques, mitrailleuses, phares, miradors clôtures, place d’appel, lieu aussi de punitions mortelles.

Habits rayés, immatriculation, le 60119 à savoir par cœur, triangle rouge marque du B belge. Versé au Kommando Speer, André est terrassier, poseur d’égout, pousse les berlines d’un immense chantier.

Sa santé ne résiste pas. Au Revier, infirmier et médecin sont français. JIl en sort avec 42 kg pour 1,83 m. Au bloc 44, il est un des squelettes ambulants promis à la mort. Un mois, il survit.

Versé à l’atelier de récupération des cuirs, chaussures, ceintures des morts. Nous sommes près des crématoires et la détresse est si grande que, face aux fumées, ils osent dire «encore un heureux, parti à l’air libre».

Un coup de crosse lui arrache quatre dents et lui casse le nez; transfert au bloc 44 dit des «Musulmans» où il est le seul étranger.

De l’enfer au paradis avec l’arrivée au Werkstaat 1, révision de moteurs, le troc (essence contre nourriture) est monnaie courante. Un jour, son convoyeur est un adjudant SS mouscronnois qui va lui chercher trois casse-croûte à son mess. Délices.

Un matin appel du «sechzing hunderd neuen zehn». Angoisse! Est-ce condamnation à mort. Non, en train vers Berlin, Magdebourg et retour à l’Hydrierwer de Gelsenkirchen.

«Le plus dur est passé, on déblaie, une grue réparée me vaut quatre jours de congé pour rencontrer mon père dans la ferme.»

Fin mars, la fin de l’Allemagne est proche, le camp est évacué.. Ils sont deux à se faire la belle, reviennent au camp qui a été incendié: pas de traces.

Le retour est assez chahuté car en dehors de toutes les consignes alliées. Qu’importe, 5 h 30 sonnent au Sacré-Cœur quand André arrive chez lui, le 29 avril 1945.

Il se refait une nouvelle vie, vous l’avez rencontré quand, facteur, il apportait votre courrier ou bien l’avez-vous applaudi sur le ponton du Cabaret Wallon. Il est parti le 15 février 2004.