Les fossoyeurs de Comines, Ellezelles, Frasnes et Lessines unissent leur savoir-faire

Ce vendredi matin, dans le cimetière de Frasnes-lez-Buissenal que de grandes bâches protégeaient des regards curieux, une dizaine de fossoyeurs issus de quatre communes de Wallonie picarde (Comines-Warneton, Ellezelles, Frasnes-lez-Anvaing et Lessines) ont travaillé ensemble à la désaffectation de 17 sépultures.

Cette mutualisation des fossoyeurs communaux est une grande première en Wallonie.

Xavier Deflorenne, le Monsieur Cimetières de Wallonie, est de retour à la «maison». Il a habité le bourg durant vingt-cinq ans et se sent toujours «frasnois». Le fait que cette première campagne de mutualisation des fossoyeurs se déroule dans son village d’origine revêt donc un caractère éminemment symbolique: «C’est sûr qu’il y a un petit côté affectif, parce que c’est mon ciel, mon berceau, dont je sens encore l’odeur de la mélasse… mais en permettant la création d’un tel outil, je veux surtout aider un maximum de Communes de la Région wallonne, pour faire en sorte qu’elles prennent exemple sur ce qui se passe ici, qu’elles comprennent qu’elles doivent s’entraider.»

La Ville de Lessines a mis en place une convention que toutes les autres communes pourront utiliser: «J’aurai gagné le jour où je pourrais dire: “ Allez-y sans seuls sans moi! ”»

Les coulisses du cimetière

Beaucoup de cimetières wallons sont arrivés à sturation. Alors que les Communes parlent de plus en plus de partager leurs outils. ici, il est plutôt question de mettre ensemble les moyens humains, les experts, «plus exactement dans ce cas précis de mutualiser des fossoyeurs, uniquement afin d’assurer cette tâche délicate que représentent les exhumations des restes mortels», explique le coordinateur de la cellule de gestion du Patrimoine funéraire de la Région wallonne Xavier Deflorenne.

Avec la fusion, les entités communales ont vu leur nombre de cimetières à gérer exploser (dix-huit rien que pour Frasnes-lez-Anvaing!) alors que le nombre de fossoyeurs est généralement très limité. Cette expérience pilote réunit des fossoyeurs de Frasnes (trois), Comines-Warneton (2), Ellezelles (2) et Lessines (3), accompagnés par d’autres membres du personnel, comme Tonton, l’expérimenté grutier frasnois. En tout dix-sept personnes et un observateur de Flobecq. L’équipe volante ainsi formée, à la force de travail et l’efficacité amplifiées, passera d’une commune à l’autre. Le 9 février à Ellezelles, le 5 mars à Lessines…

Une main-d’œuvre qualifiée

Au total, au moins une centaine de tombes, «arrivées à échéance et dont les familles ne se sont pas manifestées» seront désaffectées sur les quatre communes. Notamment parce qu’elles peuvent poser des problèmes de sécurité. Les ossements sont récupérés et transférés vers un ossuaire (il y en a un par cimetière), «un mémorial fermé». Les monuments sont soit déplacés en zone conservatoire, soit éliminés, par exemple dans le cas d’une tombe en béton complètement ruinée, puisqu’ils nuisent à l’ensemble de la nécropole.

Xavier Deflorenne, qui donne une formation spécialisée aux fossoyeurs depuis plus de dix ans, insiste sur la nécessité de reconnaître cette profession difficile: «Ce ne sont pas des manœuvres, mais des ouvriers qualifiés qui mènent des opérations relevant normalement de la médecine légale. Parce qu’ils travaillent avec des restes humains. On ne le dira jamais assez mais la dangerosité est la même que celle de déchets toxiques de classe 2. En plus, on est face à des fossoyeurs qui n’ont plus l’habitude de procéder à des exhumations, ou qui l’ont fait en ayant acquis de mauvaises habitudes, de mauvais gestes.» Ceux-là doivent maintenanat apprendre à travailler ensermble: « L’idée est de revaloriser cette profession par tout une série d’encadrements, d’accompagnements, d’outils. La mutualisation est l’un d’entre eux. c’est beaucoup plus dangereux de travailler de façon isolée que de travailler dans un ensemble de dix personnes qui se protègent les uns les autres

Deux policiers frasnois ont surveillé les opérations, par mesure de sécurité: «Des gens essaient de voir ce qu’on fait pour le partager ensuite sur cette plaie que constituent les réseaux sociaux. Ça fait partie des coulisses du cimetière, et cela n’a pas à être rendu public.»