CINÉMA

Les César ne calment pas le jeu

Les César ne calment pas le jeu

L’Académie des César a choisi de ne pas sanctionner Roman Polanski en dépit de ses nombreux démêlés judiciaires EdA

«J’accuse», le dernier film de Roman Polanski, est en tête des nominations (12) en vue de la 45e cérémonie de remise des César, qui aura lieu le 28 février prochain. Les Dardenne sont dans la course, eux aussi.

Opiniâtreté ou inconscience? Quoi qu’il en soit, l’Académie des César a choisi de ne pas sanctionner Roman Polanski, en dépit de ses nombreux démêlés judiciaires, et de massivement voter pour la présence de son dernier film à la 45e cérémonie de remise des Ccésars, qui aura lieu le 28 février prochain à la salle Pleyel, à Paris. Et de prêter le flanc à la critique, quoi qu’il arrive désormais.

 

 

 

J’accuse arrive en effet en tête des nominations, puisqu’il est en lice dans 12 catégories, dont celles dévolues au meilleur film et au… meilleur réalisateur. Et c’est une petite surprise tant Les Misérables, le film sur les banlieues de Ladj Ly, Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, voire La belle époque, de Nicolas Bedos, étaient annoncés, avec insistance, comme les trois grands favoris de la cérémonie à venir. Sans préjuger de ce qui surviendra fin février, ceux-là doivent respectivement se contenter de 11, 10 et 11 nominations.

 

L’Académie des César n’est pas une instance qui doit avoir des positions morales. Sauf erreur de ma part, 1,5 million de Français sont allés voir son film

 

Si l’on s’interrogeait sur le crédit dont jouit encore le cinéaste franco-polonais, accusé de viol et de harcèlement par 12 femmes depuis 1969 et poursuivi en justice par plusieurs d’entre elles, on a désormais une réponse cinglante: plus que jamais, les votants, soit le milieu du cinéma français, font le distinguo entre l’homme et l’artiste, que cela plaise ou non.

 

«L’Académie des César n’est pas une instance qui doit avoir des positions morales», a affirmé le président de l’Académie Alain Terzian lors de l’annonce de ce matin». «Sauf erreur de ma part, 1,5 million de Français sont allés voir son film. Interrogez-les», a ajouté celui dont la position est fragilisée depuis quelques mois et les accusations proférées à son encontre par la Société des réalisateurs français (SRF), qui pointait, mi-janvier, «un grave problème de fonctionnement au sein de l’organisation de l’Académie».

 

Sera-t-il présent? Peu probable

 

Rien de surprenant, finalement, quand on sait que Roman Polanski a déjà été récompensé de huit statuettes depuis 1980, réussi le doublé meilleur film-meilleur réalisateur à trois reprises (en 1980 avec Tess, en 2003 avec Le Pianiste, et en 2011 pour The Ghost Writer) et qu’il avait été invité, en 2017, à présider la 42e cérémonie des césars, avant de finalement renoncer, rattrapé par les polémiques et la vague #metoo qui venait de déferler suite aux premières révélations liées à l’affaire Weinstein.

 

Reste maintenant à savoir si Roman Polanski, 86 ans, sera présent à la salle Pleyel le 28 février, alors qu’il est toujours, rappelons-le, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Théoriquement, la chose reste possible, puisque la France n’extrade pas ses «nationaux» – Polanski possède la double nationalité française et polonaise – et fait partie des trois pays où le cinéaste peut circuler librement, avec la Suisse, où il vit, et la Pologne. Mais elle semble toutefois peu probable tant il est désormais économe de ses apparitions publiques et sait, mieux que quiconque, la crispation qui existe autour de son nom.

 

Et sinon, les Dardenne sont (encore) nommés

Fatalement, le «sujet Polanski» a un peu éclipsé le reste des nominations annoncées ce mercredi matin par l’Académie des César. Outre J’accuse (12 nominations), La belle époque (11), Les Misérables (11) et La jeune fille en feu (10), Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur la pédophilie au sein de l’Église, a été nommé 9 fois et comptera également parmi les favoris.

Clin d’œil piquant du destin: Adèle Haenel, déjà couronnée en 2015 pour Les combattants, est, quant à elle, en lice pour un second césar de la meilleure actrice alors que ses révélations sur les attouchements dont elle aurait fait l’objet de la part du réalisateur français Christophe Ruggia (depuis mis en examen) avaient poussé, début novembre, Valentine Monnier, douzième victime présumée de Roman Polanski, à «sortir du bois», elle aussi. L’actrice n’avait d’ailleurs pas hésité, dans la foulée, à lui apporter son soutien public.

Première pour Laurent Micheli

Côté belge, ces nominations ont par contre été décevantes puisqu’aucun artiste n’est en lice dans l’une des catégories principales. Deux films, et non un seul, concourront par contre pour le césar du meilleur film étranger: Le jeune Ahmed, des frères Dardenne, et Lola vers la mer, de Laurent Micheli. Ces deux films sont, par ailleurs, également nommés pour le… magritte du meilleur film, qui sera décerné samedi soir à Bruxelles.

Pour les Dardenne, il s’agira d’une… sixième chance de décrocher la timbale aux César après des nominations dans cette même catégorie en 1997, 2009, 2012, 2015 et 2017. Ce sera par contre une première tentative pour le jeune cinéaste bruxellois et sa coproduction belgo-française évoquant le destin d’une jeune fille transgenre et la relation avec son père, interprété par Benoît Magimel. La rampe risque toutefois d’être difficile à passer avec, pour concurrence, le Joker de Todd Phillips et le Parasite de Bong Joon-ho.

Chavanne et «Ce magnifique gâteau» aussi

Une autre Belge, Pascaline Chavanne, sera en lice pour le césar des meilleurs costumes pour… J’accuse. C’est la sixième fois qu’elle est nommée dans cette catégorie, après 2003, 2006, 2011, 2013 et 2015, mais la première fois pour un film de Roman Polanski. Elle l'avait emporté en 2014 pour sa contribution à "Renoir".

Notons, enfin, pour compléter ce panorama noir-jaune-rouge, la nomination dans la catégorie dévolue au César du meilleur court-métrage d’animation de Ce magnifique gâteau, un court-métrage belgo-néerlandais sur la colonisation réalisé par la Gantoise Emma De Swaef et Marc James Roels, et déjà auréolé de nombreux prix à l’international.

 

 

 

Toutes les nominations

 

César du meilleur film

 

La belle époque Grâce à Dieu Hors normes J’accuse Les Misérables Portrait de la jeune fille en feu Roubaix, une lumière

 

César de la meilleure réalisation

 

Nicolas Bedos (La belle époque) François Ozon (Grâce à Dieu) Éric Tolédano & Olivier Nakache (Hors normes) Roman Polanski (J’accuse) Ladj Ly (Les Misérables) Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu) Arnaud Desplechin (Roubaix, une lumière)

 

César du meilleur acteur

 

Daniel Auteuil (La belle époque) Damien Bonnard (Les Misérables) Vincent Cassel (Hors normes) Jean Dujardin (J’accuse) Reda Kateb (Hors normes) Melvil Poupaud (Grâce à Dieu) Roschdy Zem (Roubaix, une lumière)

 

César de la meilleure actrice

 

Anaïs Demoustier (Alice et le maire) Eva Green (Proxima) Adèle Haenel (Portrait de la jeune fille en feu) Chiara Mastroianni (Chambre 212) Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu) Doria Tillier (La belle époque) Karin Viard (Chanson douce)

 

César de la meilleure actrice dans un second rôle

 

Fanny Ardant (La belle époque) Josiane Balasko (Grâce à Dieu) Laure Calamy (Seules les bêtes) Sara Forestier (Roubaix, une lumière) Hélène Vincent (Hors normes)

 

César du meilleur acteur dans un second rôle

 

Swann Arlaud (Grâce à Dieu) Grégory Gadebois (J’accuse) Benjamin Lavernhe (Mon inconnue) Denis Ménochet (Grâce à Dieu) Louis Garrel (J’accuse)

 

César du meilleur espoir féminin

 

Luana Bajrami (Portrait de la jeune fille en feu) Céleste Brunnquell (Les éblouis) Lyna Khoudri (Papicha) Nina Meurisse (Camille) Mama Sané (Atlantique)

 

César du meilleur espoir masculin

 

Anthony Bajon (Au nom de la terre) Benjamin Lesieur (Hors Normes) Alexis Manenti (Les Misérables) Liam Pierron (La vie scolaire) Djebril Zonga (Les Misérables)

 

César du meilleur premier film

 

Atlantique Au nom de la terre Le chant du loup Les Misérables Papicha

 

César du meilleur scénario original

 

Nicolas Bedos (La belle époque) François Ozon (Grâce à Dieu) Éric Tolédano & Olivier Nakache (Hors Normes) Giordano Gederlini & Alexis Manenti (Les Misérables) Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu)

 

César du meilleur film étranger

 

Douleur et gloire Le jeune Ahmed Joker Lola vers la mer Once upon a time… in Hollywood Parasite Le traître

 

César des meilleurs costumes

 

Emmanuelle Youchnovski (La belle époque) Therry Delettre (Edmond) Pascaline Chavanne (J’accuse) Alexandre Charles (Jeanne) Dorothée Guiraud (Portrait de la jeune fille en feu)

 

César des meilleurs décors

 

Stéphane Rozenbaum (La belle époque) Benoît Barouh (Le chant du loup) Franck Schwarz (Edmond) Jean Rabasse (J’accuse) Thomas Grézaud (Portrait de la jeune fille en feu)

 

César de la meilleure photo

 

Nicolas Bolduc (La belle époque) Pawel Edelman (J’accuse) Julien Poupard (Les Misérables) Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu) Irina Lubtchansky (Roubaix, une lumière)

 

César de la meilleure adaptation

 

Costa-Gavras (Adults in the room) Roman Polanski & Robert Harris (J’accuse) Jérémy Clapin & Guillaume Laurent (J’ai perdu mon corps) Arnaud Desplechin & Léa Mysius (Roubaix, une lumière) Dominik Moll & Gilles Marchand (Seules les bêtes)

 

César du meilleur montage

 

Anny Danché & Florent Vassault (La belle époque) Laure Gardette (Grâce à Dieu) Dorian Rigal-Ansous (Hors Normes) Hervé De Luze (J’accuse) Flora Volpelière (Les Misérables)

 

César du meilleur son

 

Émi Daru, Séverin Favriau & Jean-Paul Hurier (La belle époque) Nicolas Cantin, Thomas Desjonquères, Raphaël Mouterde, Olivier Goinard & Randy Thom (Le chant du loup) Lucien Balibar, Aymeric Devoldère, Cyril Holtz & Niels Barletta (J’accuse) Arnaud Lavaleix, Jérôme Gonthier, Marco Casanova (Les Misérables) Julien Sicart, Valérie De Loof & Daniel Sobrino (Portrait de la jeune fille en feu)

 

César du meilleur court-métrage

 

Beautiful Loser Le chant d’Ahmed Chien Bleu Nefta Football Club Pile Poil

 

César du meilleur documentaire

 

68, mon père et les clous La cordillère des songes Lourdes M Wonder Boy Olivier Rousteing, né sous X

 

César de la meilleure musique originale

 

Atima Al Qadiri (Atlantique) Alexandre Desplat (J’accuse) Dan Lévy (J’ai perud mon corps) Marco Casanova & Kim Chapiron (Les Misérables) Grégoire Hetzel (Roubaix, une lumière)

 

César du meilleur court-métrage d’animation

 

Ce magnifique gâteau! Je sors acheter des cigarettes Make it soul La nuit des sacs plastiques

 

César du meilleur long-métrage d’animation

 

La fameuse invasion des ours en Sicile Les hirondelles de Kaboul J’ai perdu mon corps