CHINE

ANALYSE | Le coronavirus, «l’énorme test» de Xi Jinping et la Chine

Face au coronavirus, la Chine n’a plus le droit à l’erreur. Pour Xi Jinping et le parti communiste, l’heure est venu de rassurer le monde entier.

D’après de nombreux observateurs, l’épidémie qui touche principalement la Chine depuis plusieurs semaines, et qui inquiète le monde entier, fait office d’énorme test pour le pouvoir chinois. Outre sa capacité à gérer la propagation du virus, Pékin doit désormais prouver qu’il ne commettra plus ses erreurs passées et qu’il est également capable de régler ce problème sanitaire sans que son image et son économie n’en soient (trop) affectées.

 

1Éviter les erreurs passées

 

Début des années 2000. Le SRAS, un syndrome respiratoire aigu sévère, fait 774 morts à travers le monde. À l’époque, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) accuse la Chine, foyer de l’épidémie, d’avoir tardé à donner l’alerte et tenté de camoufler l’ampleur de la situation. Le pays essuie un véritable camouflet.

Vingt ans plus tard, Pékin semble avoir changé d’attitude. Comment? En confinant plusieurs millions d’habitants dans la région de Wuhan, le berceau de l’épidémie, en fermant l’accès de la Cité interdite de Pékin et en annulant de nombreuses festivités prévues à l’occasion du Nouvel An chinois.

«Les autorités chinoises expriment la volonté de collaborer de façon plus transparente et plus rapide que pour l’épidémie de SRAS, estime d’ailleurs Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé global à l’Université de Genève. C’est une attitude extrêmement différente par rapport à 2003 même si des questions persistent sur le nombre exact de cas et la possibilité d’une sous-estimation.»

Pékin le sait mieux que quiconque: les erreurs commises en 2003 ne doivent plus se reproduire.

 

2Épargner l’image du pays à l’international

 

C’est qu’en deux décennies, le statut de la Chine a changé. Autrefois considéré comme «l’atelier du monde», le pays a pris du galon, affiche sa réussite et affirme clairement sa puissance. Pas question dès lors pour Pékin, déjà fragilisé par sept mois de manifestations à Hong Kong, de perdre encore plus de sa superbe.

Voilà pourquoi, «une grave épidémie serait calamiteuse» pour l’image du pays, prévient Larry Ong, du cabinet SinoInsider, basé aux États-Unis.

Et «si le virus n’est pas maîtrisé rapidement, il a le potentiel de créer une situation identique à celle du SRAS» pour Pékin, rappellent encore dans une note les économistes du cabinet Trivium China.

Habitué à toujours tout maîtriser, le gouvernement chinois (qui a notamment demandé à des journalistes de retrier leur masque de protection lors d’une conférence de presse diffusée en direct à la télévision, ce mercredi) est donc face à un défi de taille pour son image.

«Mais si l’épidémie est maîtrisée dans un délai raisonnable, Xi Jinping aura gagné en crédibilité», souligne par ailleurs Dali Yang, professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago, au micro de l’AFP.

 

3Éviter tout ralentissement économique majeur

 

Enfin, s’il est important pour Pékin que son image ne soit pas trop fragilisée par sa gestion de l’épidémie, il est tout aussi crucial à ses yeux que son économie n’en souffre pas de trop.

Or, avec le virus, «c’est le cœur même de la croissance économique» qui risque d’être touché, prévient Mary-Françoise Renard, professeur et responsable de l’Institut de Recherche sur l’Économie de la Chine (Idrec) à Clermont-Ferrand.

 

 

«Parce que les gens risquent de moins consommer. Ils ne voudront pas autant se déplacer pour aller au restaurant ou dans les lieux publics» et le tourisme pourrait être particulièrement touché, selon elle.

En 2002-2003, lors de la pandémie de SRAS, le ralentissement économique n’avait été «que» temporaire. Le hic, c’est que «la situation économique actuelle est plus difficile» qu’elle ne l’était au début des années 2000. Pour preuve, la croissance chinoise a signé l’an dernier son score le plus faible en près de 30 ans (+6,1%).

En conséquence, une épidémie trop longue ou tout simplement mal contenue, pourrait vite coûter très cher à Pékin.