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BIEN-ÊTRE

Élodie Wéry: désencombrer sa maison pour changer de vie

Élodie Wéry: désencombrer sa maison pour changer de vie

Élodie Wéry a fait du désencombrement un métier: home organiser, elle vient à la rescousse des maisons désorganisées et en profite pour faire le ménage dans vos vies. Racine

Avec Marie Kondo, les bordéliques se sont fait taper sur les doigts. La Belge, Élodie Wéry, elle, propose une méthode plus douce pour désencombrer son quotidien et arrêter de perdre son temps pour retrouver l’essentiel. Une vraie thérapie.

Une méthode. Dix étapes. Et une tonne d’enthousiasme! Élodie Wéry est home organiser et fait le ménage dans vos maisons encombrées pour vous aider à retrouver du temps, de l’espace, de l’énergie, de la sérénité…

Marie Kondo a fait sensation il y a quelque temps avec sa méthode de rangement. Vous, vous arrivez avec la vôtre… En quoi votre méthode se différencie-t-elle de celle de la papesse du rangement?

Le côté adapté à notre mode de vie: Marie Kondo a quand même toute une culture japonaise derrière elle même si elle vit la plupart du temps aux États-Unis.

Moi, j’ai mis au point cette méthode à partir de tout ce que j’ai expérimenté chez moi et chez mes clients. C’est une approche très européanisée.

Et puis Marie Kondo n’avait pas encore d’enfant lorsqu’elle a sorti son livre et donc elle occulte complètement cet aspect des choses dans son bouquin alors que c’est quand même la question principale de tous les parents!

Enfin, elle part du principe qu’il faut d’un coup faire un gros nettoyage en quelques jours et éliminer un certain nombre de choses et ça, c’est très brutal. Moi, j’ai constaté que c’est quelque chose qui peut être ressenti de manière très violente auprès des clients. Donc, j’ai toujours pris le parti de faire les choses de façon plus cool. En prenant le temps de faire les choses convenablement, de faire le deuil nécessaire par rapport aux objets que l’on élimine. C’est beaucoup plus soft et plus long mais beaucoup plus efficace sur le long terme parce que quand on doit changer les habitudes qui entraînent l’encombrement et bien on ne réencombre pas aussi vite.

 

C’est un peu comme un régime: quand on veut perdre 30 kilos, on peut arrêter de manger et ne s’alimenter qu’avec des milk-shakes. Oui, on perdra ses 30 kilos mais on les reprendra très vite. Ça, c’est la méthode de Marie Kondo. Moi, je suis beaucoup plus pour la détox!

 

Vous parlez de désencombrer et non pas de ranger. C’est quoi la différence entre les deux?

Le rangement consiste à déplacer un objet et à le mettre dans un contenant adapté. Souvent cela permet de cacher son désordre et d’éliminer ce qu’on appelle les «bruits visuels», donc tout ce qui traîne, on les met dans des armoires. Le problème c’est que cela ne fait que postposer la vraie question qui est de désencombrer.

Désencombrer c’est arriver à vivre avec moins d’objets. Donc à vivre dans des espaces plus minimalistes, plus petits et c’est vraiment là que le bât blesse chez la plupart des gens. Ranger, ils savent faire ça tout seul mais décider de désencombrer, de faire du tri, de décider ce que l’on choisit de garder et ce que l’on est prêt à se débarrasser… C’est là qu’un accompagnement est nécessaire.

Désencombrer c’est un peu comme un marathon: ça ne s’improvise pas et ça prend du temps. Comment gère-t-on ça?

Comme je l’explique dans mon livre, il faut avoir une vision de ce que l’on veut atteindre. Et ensuite élaborer un plan d’action: par quoi je commence, comment je procède et par quoi je termine. Et ensuite, planifier des petites séances de deux heures que l’on essaie d’insérer dans son quotidien à raison d’une fois par semaine ou deux fois par semaine, si on y arrive. Cela permet d’avancer étape par étape, armoire par armoire, pièce par pièce…

Le problème c’est que dans la plupart des maisons, on ne peut pas fonctionner pièce par pièce ou armoire par armoire parce que tout est dispersé dans la maison et que si l’on commence par exemple par le dressing, on se rend compte qu’en fait, des vêtements, il y en a partout. Et donc on passe d’un meuble à un autre et l’on fait du yo-yo mental. Ce sont les cas de figure les plus compliqués et c’est sur ceux-là que l’on intervient en tant que home organiser pour apporter une certaine discipline.

Quelles sont les raisons qui peuvent pousser au désencombrement?

Ce que j’ai constaté chez nos clients c’est qu’à un moment donné il y a eu un déclic. ça peut être un problème de santé, par exemple. Ce sont parfois des petites choses: vous vous cassez le pied et vous restez immobilisé trois mois à la maison à contempler votre bordel…

Ça peut être des choses plus graves comme des burn-out, des dépressions, des séparations. ça peut être des recompositions de ménage avec des couples qui se retrouvent avec quatre enfants une semaine et puis plus personne la semaine qui suit: ce sont des maisons accordéons qui demandent toute une réorganisation. ça peut être des travaux qui n’en finissent pas, la perte d’un proche… Il y a toujours un événement qui forme dans la tête des gens un déclic qui quelques mois avant ne se plaignaient pas de leur désordre mais qui là, subitement, n’arrivent plus à le gérer.

Vous parliez des enfants. Vous en avez quatre et pourtant, vous vivez dans une maison minimaliste. Comment fait-on pour faire en sorte que le rangement ne soit pas une corvée pour eux?

Les enfants prennent naturellement du plaisir à ranger. Ce qui peut leur faire perdre ce plaisir c’est la quantité de choses à ranger. Donc, il faut essayer de limiter la quantité de jeux qu’ils ont à leur disposition en mettant au point, par exemple, des systèmes de tournantes avec des ludothèques pour éviter d’acheter et varier les plaisirs sans s’encombrer.

Et, de temps en temps, souvent un peu avant la Saint-Nicolas, on organise un tri avec eux en leur expliquant que si on veut avoir de nouveau jeu, il faut faire du tri et donner ce qui est encore en bon état à des enfants qui n’ont pas la chance d’avoir autant de cadeaux.

Pour qu’ils rangent, il faut des rangements simples. Des bacs sans couvercle, pas trop lourds et on simplifie les catégories. Par exemple, pendant longtemps à la maison il y a eu un bac «trucs de filles» dans lequel on rangeait tous les jeux des filles sans faire de différences entre les poneys, les poupées… Faire des sous-catégories complique les choses. Il ne faut pas avoir un raisonnement d’adulte et apprendre à lâcher prise avec tout ça.

Désencombrer permet aussi une prise de conscience sur notre façon de consommer…

Le fait que les gens fassent ce travail, amène une prise de conscience naturelle. Quand on se met à trier les placards de la cuisine et qu’on se rend compte que trois-quart de la nourriture est périmée, on prend conscience du gâchis. Pareil avec le dressing: quand on retrouve des vêtements sur lesquels il y a encore des étiquettes, on se rend compte que l’on fait des achats inutiles…

En tant que home organiser on a pour objectif de planter des graines dans la tête des gens: si vous arrivez à changer votre mode de consommation, vous arriverez non seulement à désencombrer votre maison et à rendre la vie plus facile mais en plus vous poserez la pierre à l’édifice global du monde d’aujourd’hui où on a besoin de changer complètement notre mode de vie. On se rend compte que cela entraîne de grands changements axés sur l’environnement. On trouve des alternatives: on n’a pas besoin de posséder des objets, on peut les louer, les emprunter, les échanger…

Élodie Wéry, «Home organising: ma méthode en 10 étapes», Racine, 159 p.