TOURNAI

Le Tournai d’avant: la Dame du parc a 100 ans

À ce jour, dans cet espace qui garde encore la sérénité qui fut sienne durant les siècles d’existence de l’abbaye Saint-Martin, il n’y a plus rien qui rappelle les fouilles archéologiques qui apportèrent en 1917 et plus encore en fin 1919, certaines réponses et bien des questions sur nos ancêtres, les Francs.

Durant l’occupation allemande de la Première Guerre mondiale, l’hôtel de ville, réquisitionné, sert de kommandantur. La tranquillité ambiante fait place en 1917 à l’inquiétude quotidienne car les bombes que déversent les avions, surtout anglais, ne sont pas un leurre.

La solution est vite trouvée: dans cet espace quelque peu protégé par les bâtisses voisines, soit la promenade des moines dans le cloître,, les soldats creusent des tranchées-abris.

Ce faisant, en ce mois de décembre, les bêches rencontrent des tombes anciennes avec autour du corps, du matériel divers comme il est de coutume chez les Francs – en fait les Mérovingiens. L’ensemble, un crâne, des armes et des outils, objets en cuivre, garnitures personnelles, est remis à l’administration communale.

Intriguée, intéressée au premier chef, la communauté scientifique tournaisienne, avec M. Soil de Moriamé en cheville ouvrière, reprend les fouilles en octobre 1919.

La fouille s’étend face au mur du cloître que Jean de Flameng élève en 1500 et est exécutée par les ouvriers communaux des plantations selon un rythme interrompu souvent par leurs obligations. Les tombes allemandes seront reconnues, ne gardant que la partie inférieure des corps, l’autre avant été enlevée par la tranchée-abri.

Dans cet espace de trois ares environ, treize tombes sont explorées. Il s’agit là d’une découverte tout à fait exceptionnelle car les corps, mis en terre sans cercueils, sans caveau dans une orientation Nord-Sud, tête vers le sud. Ce qui augmente considérablement l’intérêt, c’est qu’il s’agit de l’inhumation de guerriers d’une caste supérieure comme en attestent les armes, dont les épées, accessibles seulement aux dignitaires.. Une moisson rare dans un contexte vieux de quinze siècles.

Une dame

Dans cette nécropole que les chercheurs voyaient réservée aux élites masculines, une tombe de femme apparaît. Pas de caveau ni de cercueil, le corps est déposé à même le sol, jambes étendues, avec la même orientation, dans une fosse un peu plus profonde que les autres, à un mètre dix..

S’y rencontrent vestiges de lanière, rondelle et plaques de cuivre avec anneaux mobiles, trois agrafes, de cuivre comme deux tablettes et deux boutons-rivets, une fibule et quelques babioles.

Ces tombes, et notamment celle de la dame surnommée dès lors la «Dame du parc» posent encore question. Que fait ce cimetière à cet endroit? loin à l’époque de la cité romaine et située à une centaine de mètres d’un axe de pénétration (rue Saint-Martin actuelle). Aucune trace de combat ni sur les corps, ni sur les armes; les inhumations respectent un ordre voulu.

Doit-on penser à un grand domaine que ses maîtres et ici maîtresse faisaient garder militairement? À la présence d’un temple mais alors pourquoi des guerriers?

Les énigmes seront-elles résolues? On peut, on doit en douter car le contenu des tombes a disparu on ne sait ni où, ni quand? Le musée d’Histoire et d’Archeologie garde de superbes exemplaires de cet art franc et est à visiter.