Les mutualités réalisent des études pour informer leurs affiliés et faire évoluer les pratiques

   Les mutualités réalisent des études pour informer leurs affiliés et  faire évoluer les pratiques

Les données de remboursement des affiliés permettent aux mutuelles d’étudier notamment l’évolution des dépenses en soins de santé stock.adobe.com

Surconsommation d’antibiotiques, frais d’hospitalisation, santé sexuelle des ados,... Cha que année, la plupart des mutualités réalisent des études au départ des données de leurs affiliés. Quel public ciblent-elles et avec quel impact?

En 2019, les trois principales mutualités du pays – la chrétienne, Solidaris et les mutualités libres qui totalisent près de 9,8 millions d’affiliés – ont publié les résultats d’une bonne vingtaine d’études, la plupart basées sur l’analyse des données de leurs adhérents.

Il y a d’une part les enquêtes qui se focalisent sur une pratique précise comme la surconsommation d’antibiotiques ou le coût élevé des prothèses dentaires et, d’autre part, les études au long cours tel que le baromètre hospitalier de la mutualité chrétienne ou le baromètre confiance et bien-être de Solidaris.

Interroger certaines pratiques

Ces études répondent à différents objectifs: informer et sensibiliser les affiliés pour prévenir certaines maladies, pointer certaines inégalités, surveiller l’évolution des dépenses en soins de santé, interroger certaines pratiques pour le moins interpellantes comme la surprescription d’opioïdes ou encore évaluer des mesures récentes comme le trajet de soins bucco-dentaires.

Les services d’études des mutualités ont chacun leur sensibilité. « Aux mutualités libres, nous misons sur la prévention et on encourage les affiliés à prendre leur santé en mains», explique Steven Vervaet.

A la mutualité chrétienne, on milite pour des soins de santé plus accessibles et une meilleure répartition des dépenses de santé. Dans le collimateur: celles liées aux médicaments et les suppléments facturés en chambre particulière.

La mutualité chrétienne dénonce régulièrement certaines pratiques: en Flandre, les ORL n’ont guère apprécié que la MC épingle leur propension exagérée à poser des drains dans les oreilles des bambins de moins d’un an…

Défendre les plus précarisés

Quant à la mutuelle socialiste, elle s’emploie à questionner l’accessibilité financière et dénoncer les inégalités. «Pour des raisons historiques, Solidaris compte le plus grand nombre de bénéficiaires de l’intervention majorée», précise Jean-Marc Laasman, responsable du service d’études chez Solidaris.

Chaque année, son service réalise 4 ou 5 études sur des thématiques dictées par l’actualité, les dossiers sur la table de l’assurance maladie ou bien par des questions de stratégie interne.

Si chaque mutualité a ses propres centres d’intérêt, il arrive qu’elles collaborent lors d’enquêtes de grande ampleur, orchestrées par l’Agence intermutualiste (AIM) comme celle menée sur le coût des hôpitaux. «L’information est d’autant plus fiable lorsqu’elle concerne un maximum d’affiliés », conclut Marc Laasman.

Des recommandations et quelques avancées

Les enquêtes des mutualités ne se contentent pas de poser un constat puisqu’elles sont assorties, la plupart du temps, de recommandations adressées aux patients, aux professionnels de la santé mais aussi aux responsables politiques.

Et si ces études font régulièrement la une des médias, c’est aussi dans l’espoir d’être prises en considération par les hautes instances du SPF Santé publique. «On a plus de chance d’être entendu par la ministre de la santé en passant par les médias qu’en déposant un dossier à son cabinet», grince un des intervenants.

Concrètement, ces études ont débouché sur quelques avancées. En 2011, les suppléments de chambre et d’honoraires ont été supprimés pour les patients hospitalisés en chambre commune ou à deux lits.

Depuis avril 2015, dans les maisons de repos et les maisons de repos et de soins, les médicaments administrés sous forme «orale-solide» ne sont plus délivrés et facturés qu’à l’unité pour éviter le gaspillage.

D’autres améliorations pourraient être apportées prochainement: l’une concerne le trajet de soins bucco-dentaires qui n’a pas atteint la population ciblée – les personnes précarisées qui se rendent rarement chez le dentiste. Que du contraire puisqu’elles paieront plus cher la visite si elles n’ont pas reçu de soins l’année précédente. On discute également de l’octroi automatique du statut BIM (bénéficiaire de l’intervention majorée) à certains groupes de population fragilisés qui ne profitent pas actuellement de cette précieuse aide aux soins de santé.

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