TOURNAI

Le Tournai d’avant: aux Rois, proverbe, galette et foi

Il n’en est resté que la galette, les billets que l’on tire; la fête des «Rois» c’était aussi, surtout, pour les anciens, l’espoir du renouveau. Succédant au proverbe qui veut «qu’à la sainte Luce, le jour fait le saut d’une puce» – le 23 décembre avant la révision du calendrier –, il y avait celui-ci «Aux Rois, on s’en aperçoit». Le sens de l’observation de nos aînés était infaillible.

L’Évangile selon saint Matthieu signale que «des mages d’Orient ont suivi une étoile nouvelle et sont entrés dans la maison pour venir adorer le nouveau-né». Il n’en dit pas même le nombre, douze pour les églises de Syrie et d’Arménie, le nombre des tribus d’Israël; le pape Léon, au Ve siècle, en retient trois en fonction des trois cadeaux offerts et des trois corps de la chasse dite des «Rois mages» de Cologne; son auteur est l’orfèvre Nicolas de Verdun qui réalisa en 1205, la chasse Notre-Dame dont s’enorgueillit la cathédrale de Tournai.

Au fil du temps, le graphisme des Mages – ils ne sont pas rois mais sans doute des astronomes d’une église orientale – devient symbole d’humanité connue en ces temps lointains: Melchior, jeune, de type asiatique représentera l’Inde, Gaspard, le vieillard, la Perse, Balthazar, à la peau noire, l’Arabie.

Les cadeaux sont symboles des personnalités de Jésus: l’or pour le Roi, l’encens pour le dieu, la myrrhe pour l’homme (myrrhe, gomme aromatique utilisée lors des embaumements).

Dans le monde chrétien, surtout celui des enfants, ces personnages venus de pays inconnus, montés sur des dromadaires, vêtus de luxueux et rutilants vêtements et suivant une étoile nouvelle avaient cet attrait fascinant d’un rêve merveilleux; L’Épiphanie, signifiant «apparition» dépasse parfois Noël.

Qui sera roi?

Si la galette des rois apparaît à la Renaissance dans les corporations rhénanes, si au XVIIe la coutume veut que les boulangers l’offrent à leurs chalands, un écrit de Gilles Li Muisis, historien et abbé de Saint-Martin de Tournai affirme en 1281 que «selon une ancienne coutume, les familles aisées se réunissent à L’Épiphanie et élisent un roi».

Le choix est toujours laissé au hasard. La galette est divisée en autant de parts qu’il y a de convives plus une qui est «la part à Dieu»; elle contient jusqu’au XVIIe un haricot ou une fève remplacée alors par une effigie en porcelaine, jadis d’inspiration religieuse. Celui qui la reçoit sera, pour un an, le Roi doté surtout du pouvoir de provoquer les libations. Qui ne connaît le célèbre «Le Roi boit»?.

Pour corser la fête, Donat Casterman, libraire tournaisien depuis 1780, crée entre 1805 et 1810 les «billets des rois». Seize vignettes représenteront, à cheval, l’entourage du seigneur; échanson, médecin, laquais, portier, musicien et autres auront à entonner le refrain qui sied à leur fonction. À chaque quatrain, on boit une rasade, la fête des Rois se doit d’être joyeuse et l’est encore aujourd’hui.