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La COP25 évite le naufrage de justesse mais prend l’eau concernant les marchés carbone

La COP25 évite le naufrage de justesse mais prend l’eau concernant les marchés carbone

Pas grand monde n’a voulu suivre l’accord sur les mécanismes de crédit carbone qui, s’ils sont très techniques, doivent empêcher les règles trop floues de certains marchés financiers de peser sur l’ensemble de l’accord de Paris. AFP

C’est une nouvelle fois un accord peu ambitieux qui conclut la COP25 à Madrid. Les 200 états présents échouent en effet à s’accorder sur les mécanismes de marché de crédit carbone. Sans stress, les dirigeants reportent tout ça à Glasgow 2026. Les acteurs de la Coalition Climat belge se désolent.

MISE A JOUR 15/12/2019 - 14h30

Un accord peu ambitieux a finalement été adopté dimanche, en séance publique, à la COP25 à Madrid. Les près de 200 États représentés ont cependant échoué à avancer quant aux règles de mise en œuvre de l’article 6 de l’accord de Paris sur les mécanismes de marché de crédit carbone. Ces négociations sont donc reportées à la COP26, l’an prochain à Glasgow.

Aussi techniques qu’elles soient, ces modalités de mise en œuvre sont essentielles car des marchés reposant sur des règles trop floues ou trop laxistes pourraient saper l’ensemble de l’accord de Paris, dont l’objectif est de contenir la hausse du mercure bien en deçà de 2 degrés et si possible à 1,5 degré.

Négociations intenses

Malgré deux nuits consécutives de négociations intenses, il s’est avéré impossible de dégager une position acceptable par tout le monde, comme ce fut déjà le cas l’an passé à Katowice. La COP25, qui avait débuté le 2 décembre et devait se terminer vendredi, a d’ailleurs battu des records de durée. Elle évite finalement le naufrage de justesse.

Schématiquement, les mécanismes de marché permettent notamment à un pays A d’acheter des crédits carbone découlant d’un projet de réduction d’émissions de CO2 dans un pays B et de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs climatiques.

La science est claire, mais la science est ignorée. Quoi qu’il arrive, nous n’abandonnerons pas. Nous ne faisons que commencer

La COP25 évite le naufrage de justesse mais prend l’eau concernant les marchés carbone
Greta Thunberg est venue à Madrid et a déjà twitté sa déception. Photo News
Les États les plus soucieux de l’intégrité de l’accord de Paris et l’Union européenne entendaient mettre en place une architecture solide qui permette d’éviter les doubles comptages (qui verraient à la fois le pays A et le pays B comptabiliser les crédits carbone liés au même projet, ce que défend presque seul contre tous le Brésil) et contribue in fine à augmenter les efforts, tout en réduisant leurs coûts, de réduction des émissions de CO2.

Langage «tortueux» et résultat «médiocre»

Après une année marquée par des catastrophes climatiques tous azimuts, les appels vibrants de millions de jeunes descendus dans la rue derrière la jeune Suédoise Greta Thunberg, et des rapports scientifiques toujours plus glaçants, les quelque 200 signataires de l’Accord de Paris étaient en effet sous une pression sans précédent pour cette COP25 présidée par le Chili mais délocalisée à Madrid en raison de la crise qui frappe le pays d’Amérique du sud.

Mais au terme de cette conférence qui a débordé de plus de 40 heures son programme initial, tout le monde n’a pas vu dans les textes adoptés dimanche le reflet de cette demande d’actions radicales et immédiates.

Ces discussions reflètent le décalage entre les dirigeants d’un côté et l’urgence montrée par la science et les demandes des citoyens dans les rues

Le texte final appelle effectivement à des «actions urgentes» pour réduire l’écart entre les engagements et les objectifs de l’accord de Paris de limiter le réchauffement à +2°C, voire +1,5°C. Mais le langage est «tortueux» et le résultat «médiocre», a estimé Catherine Abreu, du Climate Action Network.

«Le moins mauvais résultat possible»

«Les principaux acteurs dont on espérait des avancées n’ont pas répondu aux attentes», a déclaré Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris, notant toutefois que l’alliance des États insulaires, européens, africains et latino-américains, avait permis d’«arracher le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs.»

Le premier texte sur les ambitions présenté samedi par la présidence chilienne avait provoqué une levée de bouclier de ces États, forçant à un nouveau round de consultations.

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«Aujourd’hui les citoyens du monde nous demandent d’aller plus vite et mieux», a déclaré la ministre chilienne de l’Environnement et Présidente de la COP25 Carolina Schmidt. AFP

«Aujourd’hui les citoyens du monde nous demandent d’aller plus vite et mieux, que ce soit en matière de finance, d’adaptation, de réduction des émissions», a déclaré la ministre chilienne de l’Environnement Carolina Schmidt.

«Ces discussions reflètent le décalage entre les dirigeants d’un côté et l’urgence montrée par la science et les demandes des citoyens dans les rues», résume Helen Mountford, du think tank World Resources Institute, estimant que l’esprit de l’Accord de Paris n’était plus qu’un «lointain souvenir».

Jusqu’à 4 ou 5°?

Au rythme actuel des émissions de CO2, le mercure pourrait gagner jusqu’à 4 ou 5°C d’ici la fin du siècle. Et même si les quelque 200 signataires de l’Accord de Paris respectent leurs engagements, le réchauffement pourrait dépasser les 3°C.

Alors pour tenter de réduire cet écart, tous les États doivent soumettre d’ici la COP26 à Glasgow l’année prochaine une version révisée de leurs plans de réductions d’émissions. Mais les deux semaines de discussions ont mis en pleine lumière une division flagrante au sein de la communauté internationale en matière d’ambition.

Sans surprise, quasiment aucun des grands pays émetteurs n’a fait d’annonce significative pour rehausser ses ambitions, ni donné de signe clair d’une telle intention pour 2020. Évidemment pas les États-Unis qui quitteront l’accord de Paris en novembre prochain, mais pas non plus la Chine ou l’Inde.

Ces deux grandes économies insistent, avant d’évoquer leurs propres engagements révisés, sur la responsabilité des pays développés de faire plus et de respecter leur promesse d’aides financières aux pays en développement.

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Des indigènes ont manifesté à Madrid contre l’industrie fossile brésilienne. Le Brésil fait en effet partie des pays les plus réticents à un accord. Reporters / DPA

Également dans le collimateur des défenseurs de l’environnement, l’Arabie Saoudite, ainsi que le Brésil et l’Australie tous deux accusés de vouloir introduire des dispositions décriées dans les règles sur les marchés carbone, dont l’adoption a été à nouveau reportée.

L’Europe endosse son rôle

Parmi les grands émetteurs, nombre d’observateurs ont au contraire souligné le rôle positif de l’UE qui a endossé cette semaine à Bruxelles l’objectif de neutralité climatique d’ici 2020, malgré les réserves de la Pologne.

Endosser un rôle de leader donnerait à l’UE la capacité de travailler avec d’autres gros émetteurs comme la Chine et l’Inde pour qu’ils augmentent leurs ambitions

L’UE doit maintenant s’atteler à la tâche de présenter en 2020 un rehaussement de ses engagements pour 2030.

Prendre ce «rôle de leader» lui «donnerait la capacité de travailler avec d’autres gros émetteurs comme la Chine et l’Inde pour qu’ils augmentent leurs ambitions également», a commenté Alden Mayer, de l’Union for Concerned Scientist.

Les Britanniques qui ont officiellement été désignés pour organiser la COP26 ont eux promis de tout faire pour que Glasgow soit un succès.

«Nous avons bien entendu que vous vouliez que nous construisions à partir des efforts de nos amis chiliens pour faire écho à l’urgence de la science et aux voix de ceux qui nous demandent d’aller plus loin, plus vite», a déclaré leur représentant Archie Young.

Greta Thunberg a d’ores et déjà prévenu que cette année de préparation se ferait sous la pression de la rue.

«La science est claire, mais la science est ignorée. Quoi qu’il arrive, nous n’abandonnerons pas. Nous ne faisons que commencer», a-t-elle lancé sur Twitter.

Coalition Climat: «le décalage entre les négociateurs et la rue n’a jamais été aussi grand»

«Le décalage n’aura jamais été aussi grand entre la lenteur et le manque d’ambition dans l’enceinte des négociations à la Cop25 de Madrid d’une part, et la pression de la rue pour plus de justice climatique, combinée avec l’appel des scientifiques, d’autre part», déplore dimanche la Coalition Climat.

Les demandes des pays en développement n’ont pas été entendues, se désolent les organisations de la coalition. «Les événements climatiques extrêmes ont des conséquences désastreuses pour des millions de personnes. Les pays du Sud ne peuvent supporter seuls le fardeau de l’urgence climatique, dont ils sont très peu responsables. La question du financement est cruciale.»

Le report des négociations sur les marchés internationaux du carbone à la prochaine conférence de l’ONU sur le climat, en décembre 2020 à Glasgow, constitue «la décision la plus sensée au regard de la comptabilité carbone créative et surprenante proposée par un certain nombre de pays», réagit la coalition.

La COP25 évite le naufrage de justesse mais prend l’eau concernant les marchés carbone
Des activistes d’Extinction Rebellion ont protesté ce samedi 14 décembre à Madrid, en marge de la COP25. AFP

Elle souligne que les options avancées à Madrid menaçaient de permettre aux «parties d’être en ligne avec l’Accord de Paris sur papier, sans pour autant réduire les émissions dans les faits et sans assurer suffisamment de garanties pour les droits humains». Ces marchés ne sont par ailleurs «pas nécessaires pour déjà mettre en œuvre les engagements de l’Accord de Paris et réduire sans délai les émissions dans chaque pays», rappellent les organisations.

La décennie qui s’ouvre en 2020 sera cruciale, souligne-t-on. «La Belgique doit rejoindre le clan des États les plus ambitieux et plaider pour relever l’objectif européen à l’horizon 2030», conclut la Coalition.

Alain Maron: «formulation un peu molle» mais qui va dans la «bonne direction»

Le ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron (Écolo) reconnaît que l’atterrissage de la Cop25 à Madrid a été «difficile». Il se réjouit néanmoins de l’adoption de la décision qui prévoit de rehausser le niveau d’ambition des États face à l’urgence climatique en vue de la Cop26 qui aura lieu l’an prochain à Glasgow, a-t-il indiqué via Twitter.

Maron, dernier ministre belge présent dans la capitale espagnole samedi, se réjouit également du renvoi des négociations sur les marchés de carbone à la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat. «Cela répond à l’appel des pays ambitieux, dont la Belgique, pour l’adoption de règles communes qui empêchent de ‘trouer’ ou pervertir l’accord de Paris (...) Pas d’accord plutôt qu’un mauvais accord était la position de l’UE», rappelle-t-il.

Son homologue wallon Philippe Henry admet lui qu’on a «craint le pire» à Madrid. Il retient également la demande de rehausse du niveau d’ambition. «Nous y travaillerons tout 2020. Glasgow doit être l’étape 2 de Paris et non le recul! Nous y arriverons. C’est long, c’est lent mais c’est obligatoire», a-t-il indiqué, aussi via Twitter.