BELGIQUE

Grève dans les prisons: Koen Geens a reçu une délégation de l’ACV/CSC

Grève dans les prisons: Koen Geens a reçu une délégation de l’ACV/CSC

Frank Conings (ACV), Gino Hoppe (ACOD), Michel Jacobs (CGSP) et Claudine Coupienne (CSC) lors d’une conférence de presse concernant la grève de 24 heures dans les prisons. BELGAONTHESPOT

Une délégation de l’ACV/CSC a été reçue jeudi midi par le ministre de la Justice Koen Geens (Cd&V), alors que les syndicats chrétien (CSC/ACV) et socialiste (CGSP/ACOD) mènent une grève de 24 heures dans les prisons pour dénoncer l’absence de progrès sur une série de problématiques.

Une centaine de militants de la CSC se sont rassemblés à 10h30 face au SPF Justice pour exprimer leur mécontentement. Une délégation a finalement été reçue vers midi pour un bref entretien avec le ministre de la Justice, Koen Geens.

M. Geens a défendu le bilan de sa mandature. «Je me suis battu bec et ongles pour vous», a-t-il affirmé, revenant sur quelques avancées, comme l’engagement ces dernières années de 500 gardiens pénitentiaires, des investissements effectués dans les prisons ou encore la défense du statut du personnel pénitentiaire. «Je ne peux pas faire de miracle, nous sommes déjà allés très loin», a-t-il ajouté.

L’entretien s’est déroulé conformément aux attentes de la délégation syndicale, selon Frank Conings, de l’ACV. «M. Geens a exposé ses résultats. Il a effectivement engrangé quelques avancées et c’est bien, mais pour un certain nombre de problèmes fondamentaux il n’y a toujours pas de solution», a-t-il commenté. «Ces dossiers reviendront au prochain gouvernement fédéral».

Alors que la CSC proteste à Bruxelles, des militants de la CGSP ont installé des piquets de grève dans les prisons de Bruges, Hasselt, Turnhout et Audenarde.

Le syndicat libéral SLFP/VSOA n’a pas suivi le mouvement, estimant que le timing, avec un gouvernement en affaires courantes et la formation d’un nouveau gouvernement fédéral, n’est «pas opportun».

«Un zéro pointé»

Le ministre de la Justice Koen Geens «n’a pas tenu ses engagements durant la législature», ont déploré lors d’un point presse jeudi la CGSP/ACOD et la CSC/ACV. Pour les syndicats, c’est un «zéro pointé». Ils appellent le futur gouvernement à «ne pas répéter les erreurs du passé».

«Le ministre n’a pas voulu évaluer le protocole 351 (conclu en avril 2010 pour éviter les actions de grève en prison, NDLR.)», a rappelé Marc Jacobs, secrétaire fédéral CGSP Prisons. Ce dernier a encore cité l’exemple d’un protocole intervenu à l’issue d’une grève en 2016, qui visait à atteindre un cadre de 7 075 équivalents temps plein, l’engagement de psychologues, la réduction de la surpopulation à moins de 10 000 détenus, ainsi que l’amélioration des infrastructures.

En février 2018, après une nouvelle grève, un autre protocole voit le jour, qui garantit un seuil de 6 825 équivalents temps plein. Malgré tout, note Marc Jacobs, «le 23 novembre 2019, nous n’étions encore qu’à 6 601,6 équivalents temps plein». «Nous ne pouvons que constater qu’à nouveau, contrairement à ce qu’il dit, le ministre ne tient pas ses engagements.»

Quant à l’imposition d’un service minimum, «ce n’est pas comme cela qu’on va régler les problèmes», assure le représentant syndical. «On s’attaque juste au droit de grève.» L’évaluation pour les cinq dernières années est donc «complètement négative». «On a dégradé les conditions à l’extrême.»

«Cela fait 15 ans que nous menons des actions pour la même chose: des droits!», a poursuivi Gino Hoppe représentant ACOD. «La surpopulation a commencé dans les années 2000 et on a pris des mesures provisoires, en plaçant quelques lits par-ci, par-là. Mais ces lits provisoires sont toujours là et la capacité réelle des prisons est encore moindre que l’espace prévu. Même avec la prison à Haeren, il manquera des places.»

C’est pourquoi, pour la CGSP et la CSC, la grève entamée mercredi est pertinente, malgré un gouvernement en affaires courantes. «À la fin de l’année, on comptera plus de 11 000 détenus (pour une capacité de 9 215 places NDLR.). Il y a des agressions tous les jours. Les départs sont plus importants que les entrées», a énuméré Gino Hoppe. «En prison, on laisse les gens moisir. Ni plus, ni moins. Cela doit cesser.»

«On ne peut plus travailler avec si peu de personnel», confirme Claudine Coupienne, secrétaire permanente CSC-Services publics. «Il faut avertir le prochain gouvernement.»