TOURNAI

Le Tournai d’avant: «Trois Pommes d’Orange» et 60 berceaux (suite)

Les années passent, l’immeuble des «Trois Pommes d’Orange» est toujours loué par les Hospices Civils. Voici que Tournai se propose de moderniser sa cité, son centre encombré par une circulation qui, pour être pédestre ou hippomobile, croît inexorablement.

L’effort se porte sur le désenclavement de ce qui deviendra la place du Parc, exit l’ancien hôtel de ville (1818-1820), bienvenue à la salle des concerts (1824).

Ce qui change la topographie du site est, vers 1820, la création de la rue du Parc.

Cortège social

Au cœur du XIXe, Tournai se relève. Occupées surtout dans le textile, beaucoup de femmes. Avec un problème majeur en cas de naissance, la garde du bébé.

Voilà qui émeut les sociétés bourgeoises. Début 1868, l’initiative soit des Orphéonistes, ensemble musical du forum ou des Artilleurs Volontaires de la rue Saint-Martin, rassemble très vite les archers de la Nervienne et du Parc, les Pilotes, le Cercle des XX et les Chasseurs-éclaireurs de la Garde Civique qui signent un acte d’association en avril 1870..

Le défi est immense, la crèche, privée, a besoin d’un local correct, d’un personnel compétent, de mobilier adapté, de matériels spécifiques. Les obstacles subliment les bonnes volontés et le cortège qui sort le 22 mars 1868, avec de jolis chars et une jolie meute rapporte 5 500 francs.

Le comité mis en place est présidé par Charles Fontaine entouré d’industriels, commerçants..

La quête d’argent reçoit l’aval de la population; la tombola des Orphéonistes en 1869 apporte 3 500 francs et celle des sociétés unies avec 250 000 billets à 10 centimes, 25 000 francs. De par la ville sont organisés collectes, théâtre, jeux, la crèche séduit de plus en plus,: le Bureau de bienfaisance l’a rejoint.

Des locaux sont loués au 17 de la rue Haigne. La Crèche Tournaisienne s’ouvre le 17 octobre 1870 avec… deux bébés. Malgré la concurrence et les commérages des «gardeuses d’enfants», les 24 berceaux sont bientôt occupés, Les enfants sont admis dès l’âge de neuf jours (les mères peuvent venir les allaiter) jusqu’à deux ans, de 6 h à 20 h pour dix centimes/jour; ils sont nourris, lavés, soignés et pourvus d’un bassin, berceau et vêtement spécial. Une directrice et trois berceuses constituent le personnel.

Coût annuel: 650 francs de loyer, 1 840 de personnel, 350 francs de chauffage et divers soit 3 862 francs..

La Crèche tournaisienne a trouvé son rythme quotidien mais en 1880, le bail s’achève.

Aux Trois Pommes

Changement d’adresse en 1880, elle se loge au 26, Vieux Marché aux Poteries, propriété de la ville via son Bureau de bienfaisance. Les changements sont rapidement importants avec la transformation dans l’organisation qui devient plus réglementée, plus soucieuse aussi de l’hygiène tant des locaux que du linge, de la nourriture..

En 1890, soixante enfants y sont hébergés en trois sections d’âge. Conséquence inévitable, les coûts grimpent malgré de nouveaux apports tel le legs de 17 433,10 francs d’Henri Paris. En 1822, afin de redresser une situation difficile, sont dressés devant notaire les statuts d’une ASBL dite «Comité des crèches tournaisiennes», présidée par Albert Dutoit, qui les gérera et administrera.

Tout se ligue peu à peu pour compromettre l’œuvre. Se greffe en sus des querelles de personnes, des manquements à l’hygiène générale des choses et des personnes amènent l’ONE à suspendre ses subsides en 1934. Au 15 janvier 1937, quinze enfants seulement sont inscrits..

Annoncée en 1836, la fermeture de la crèche tournaisienne est effective le 27 janvier 1937. (à suivre)