TOURNAI

Le Tournai d’avant: Trois Pommes d’Orange et 36 bannières

L’enseigne «Les Trois Pommes d’Orange» est bien connue, sise entre rues du Parc et de la Wallonie. Ce n’est là que fait récent, l’histoire est bien différente.

Le site de cet immeuble et de ses alentours est l’un parmi les plus bouleversés de Tournai. Citons deux périodes-clés: du Moyen Âge à 1818-1820 et de 1820 au désastre de 1940.

Dans la halle?

La maison des «Trois pommes» était incluse jadis dans «Halle des doyens».

Celle-ci existe bien au moins depuis 1350 au temps de la puissance des gildes – ou bannières – face au beffroi, c’est la «Halle des Doyens des métiers», dite aussi «Halle neuve». Ces dignitaires jouent alors un rôle primordial car ils géraient toute la politique économique et sociale, formant même un des consistoires gouvernant la ville…

Le feu en ayant eu raison, une nouvelle construction s’élève en 1597. Un dessin de Sanderus (1586-1664), dont la fidélité n’est pas certifiée nous montre la façade ornée des effigies de la Vierge et les saints Piat et Éleuthère.

La salle d’assemblée, posée sur deux arcs surbaissés donne accès à la place du parc, au bas de la rue saint Martin. Le rôle de la Halle et de ses dignitaires diminua constamment au fil des siècles, un décret de la République française du 16 février 1791 supprima les métiers.

Plutôt à côté de la Halle

Ce qui précède est ce que l’on trouve chez Soil ou Bozière. Mais une distorsion de dates posait un problème que résolut l’archiviste Adolphe Hocquet dans un écrit circonstancié bien que méconnu..

Rappelons qu’à l’époque, le cadastre est inexistant et que, dans les rues aux noms changeants, les maisons ne sont pas numérotées mais localisées par leur voisinage.

C’est ce qu’il appert de cet acte notarié du 23 décembre 1558 par lequel «sire Gilles Hulland, vicomte de Roulers vend à Jacques de Laoultre, marchand épicier, une maison sise rue Saint-Martin, devant le beffroi, tenant d’un côté à l’abbaye Saint-Martin et à la Halle et auditoire des Doyens». Apparaît l’enseigne des «Trois Pommes d’Orange» fruit très rare et cher. Le fait n’est pas très rare, au coin des rues des Chapeliers et de la Cordonnerie est visible «À la Pomme d’orange 1734». Deux siècles plus tard, autre vente, mêmes lieux, identique enseigne.

Pour les Hospices civils

De la «Chambre du commerce» dont Louis XIV autorise la création en mars 1674 avec, pour les dirigeants l’obligation de prêter un serment débutant par ces mots «Vous, directeurs (.) jurez et affirmez sur votre part du Paradis et damnation de vos âmes, de porter foi et loyauté au Roi.»., nous ne suivrons pas tous les heurs et malheurs.

Les commerçants y avaient recours pour l’organisation et la surveillance du commerce – en place des doyens – leur local se logea ici et là jusqu’au 9 septembre 1761, date à laquelle fut acquis pour 5170 florins par Gilles Deforest, procureur, au nom de la Chambre de commerce, l’immeuble à usage de commerce est renseigné «Aux trois pommes d’orange».

La Chambre procéda à une restauration-reconstruction parfois radicale, jetant bas l’ancienne façade, l’ornant d’un balcon où figurait Charles de Lorraine, soit un ensemble fastueux faisant honneur à l’auteur inconnu qui le réalisa.

La Chambre du Commerce suivie du Tribunal de Commerce s’y établit. Peu de temps. Selon la loi du 4 Ventôse an V (22 février 1797), «Tous les domaines nationaux usurpés par des particuliers seront affectés aux besoins des Hospices Civils». Jugement en ce sens le 22 mars 1802, le bien est affecté «au besoins des Hospices Civils et loué.

À suivre..