BELGODYSSÉE 2019 | DAPHNÉ FANON (CANDIDATE 7/7)

Les anciennes techniques agricoles: source d’inspiration pour le futur?

Dans la petite commune de Fernelmont, au cœur de la province de Namur, la coopérative de la Tige Cointine a vu le jour grâce à Xavier Anciaux. Maraîcher équestre depuis maintenant 6 ans, il s’est lancé dans le maraîchage en traction animale et en autocueillette. Mais pas n’importe quel maraîchage: Les jardins d’OO s’inspirent des nouvelles technologies pour une agriculture plus efficace et, surtout, plus verte.

 

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage sur le thème des initiatives positives pour lutter contre le réchauffement climatique. Cette dernière semaine: Daphné Fanon.

 

Au commencement, Xavier Anciaux était seul à faire démarrer le projet. Puis, petit à petit, quelques-uns de ses clients – qu’il surnomme les «mangeurs» – lui sont venus en aide pour racheter des parcelles de terres. Ainsi, actuellement, la coopérative regroupe 115 familles qui ont investi la somme de 65 000 euros. Ensemble, ils ont racheté 85 ares de terres nécessaires à l’élargissement du projet. Propriétaires des terres adjacentes, la Commune et le CPAS de Fernelmont participent également au projet en louant les lopins dont ils disposent. Au total, pas moins de 3 ha seront mis à la disposition de Xavier et ses coopérateurs dès l’année prochaine.

Un projet coopératif et éducatif

Non seulement coopératif, le projet se veut éducatif. Le premier objectif est de sensibiliser la population à la culture du «bon» et d’augmenter le niveau de biodiversité. Pour ce faire, Xavier va faire appel à un groupe de citoyens afin de leur apprendre à reconnaître les oiseaux, les insectes, les champignons et les arbres. Des ateliers cuisine sont également organisés. Xavier livre en outre ses légumes toutes les semaines à l’école du village et, une ou deux fois par an, les enfants viennent observer le travail des chevaux.

 

L’agriculture, elle, est conçue pour produire de l’énergie, et pas pour gaspiller de l’énergie.

 

Dans les années 30, l’arrivée de l’industrialisation et de la motorisation des machines agricoles a mis un terme aux recherches concernant les anciennes techniques de traction. L’abandon du cheval comme système premier de récolte a constitué un élément déclencheur dans la hausse de la production de carbone.

La différence d’énergie consommée entre les deux époques est flagrante. Selon Tijs Boelen, agriculteur flamand, on produisait en Belgique dans les années 30 1 calorie de carburant de pétrole pour 2,3 calories d’énergie nourricière. Actuellement, on utilise environ 10 calories énergétiques de carburant de pétrole pour ne produire qu’une seule calorie nourricière. Autrement dit, depuis l’arrivée des machines motorisées, on gaspille beaucoup plus d’énergie pour moins de rentabilité.

 

On pense que le cheval, c’est un retour en arrière. Pour nous, c’est un bond en avant.

 

Pour y remédier, Xavier propose plusieurs solutions. Dans un premier temps, il faudrait conjuguer les anciennes techniques agricoles de l’époque aux nouvelles technologies. Reprendre les recherches arrêtées dans les années 40 pour développer des nouvelles technologies arrière pour le cheval permettrait en effet d’être plus efficace. Bien que les outils de Xavier soient en grande partie récupérés des années 30, il s’intéresse énormément au développement de nouveaux outils et prévoit d’en acheter.

Dans un deuxième temps, il faudrait adapter la taille des champs à notre réel besoin de consommation. En clair, réduire la taille des parcelles pour se servir davantage des chevaux qui ne polluent pas, contrairement aux machines agricoles motorisées. Travailler de cette façon, que ce soit avec le cheval ou avec des petites machines permettrait de diminuer fortement la production de carbone.

Un projet qui en inspire d’autres

Tijs s’est lui-même inspiré des techniques de traction chevaline de Xavier pour sa propre ferme. Comme Xavier, il possède des terres dans lesquelles il cultive des légumes bio. Il pense que la solution pour une meilleure rentabilité serait de diminuer la surface de ses terres plutôt que de toujours agrandir. Utiliser les chevaux de trait non seulement comme traction, mais aussi comme point fort de la communication, lui permettrait de vivre dignement, tout en proposant aux citoyens des aliments plus sains. L’objectif? Générer des marchés locaux avec le cercle géographique le plus proche de sa ferme.

Le projet de Xavier a également inspiré plusieurs de ses clients. Que ce soit des banquières, qui sont devenues vendeuses dans des magasins bio, ou des fonctionnaires, qui ont lancé leur petite entreprise sur le zéro déchet, Xavier peut aisément citer une dizaine de personnes qui ont décidé de changer de vie après être venues aux jardins d’OO. Une passion qui, sans avoir la prétention de vouloir changer le monde, permet tout de même aux citoyens de se lancer dans des projets en faveur de la cause climatique.

 

Technologie rime avec écologie

Christophe Henri est la preuve vivante qu’il est possible de combiner agriculture et nouvelles technologies. Ami de Xavier Anciaux, il jongle entre son métier d’informaticien et sa passion de maraîcher. Quand il n’est pas derrière son ordinateur, le jeune homme s’occupe de son champ, aidé par des outils informatiques. Christophe fait ce qu’on appelle de la «micro-agriculture». Sur une quinzaine d’ares, il cultive de la manière la plus intensive possible pour que le résultat soit optimal. Ce type d’agriculture nécessite un énorme travail de réflexion en amont, beaucoup d’anticipation, et de la planification. Résultat? Cela fait maintenant 4 ans qu’il est en phase commerciale.

 

 

Qui est l’auteure de ce reportage?

Les anciennes techniques agricoles: source d’inspiration pour le futur?
Emmanuel Crooÿ
Je m’appelle Daphné Fanon, j’ai 22 ans et suis originaire de Durbuy. Étudiante en deuxième Master à l’IHECS de Bruxelles, je suis passionnée par le journalisme. Plutôt spécialisée dans l’audiovisuel, je rêve d’allier voyages et journalisme, afin de produire des documentaires dans le monde entier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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