JUDICIAIRE

Des armoires dans les apparts pour planquer la drogue au Peterbos: «Je n’avais rien à dire, sinon je recevais sur ma figure»

Des armoires dans les apparts pour planquer la drogue au Peterbos: «Je n’avais rien à dire, sinon je recevais sur ma figure»

La drogue a maintenu un climat de haute tension au Peterbos. Reporters / DIRV

Le procès du trafic de drogue du Peterbos a commencé à Bruxelles. Les premiers prévenus ont été entendus. Le modus operandi des dealers fait furieusement penser à la série américaine «The Wire». Il est aussi question d’un certain «Castor»...

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a entamé, lundi, l’interrogatoire des prévenus dans le dossier relatif au vaste trafic de drogue qui avait peu à peu transformé la cité de logements Peterbos à Anderlecht en zone de non-droit. Des agents de la STIB et une équipe de télévision y avaient été agressés au printemps 2018. Certains prévenus ont reconnu avoir vendu de la drogue, tout en contestant avoir fait partie d’une association de malfaiteurs. Une vingtaine d’individus au total sont prévenus devant le tribunal, certains pour avoir été membres et d’autres dirigeants d’une association de malfaiteurs.

«J’apportais des sacs qui sentaient le cannabis»

Il ressort de l’enquête que d’importantes quantités de cannabis et d’argent étaient stockées dans des armoires à l’intérieur de certains appartements de la cité Peterbos. Tandis que certains vendaient la drogue, d’autres étaient chargés de réapprovisionner les premiers au départ de ces appartements «nourrices». De quoi songer à la série culte américaine «The Wire». Une quantité de cannabis d’une valeur de plus de 40.000 euros avait notamment été découverte dans l’une des armoires.

Un prévenu a avoué qu’il déposait des sacs dans ces appartements mais a affirmé ne plus se souvenir de quel logement il s’agissait. Or, la clé d’une des armoires où la marchandise était stockée a été retrouvée chez lui.

«J’apportais des sacs qui sentaient le cannabis», a déclaré un autre prévenu, ne contestant pas avoir ainsi approvisionné des vendeurs, dont il n’a pas voulu donner les noms.

L’homme avec qui elle vivait

Une habitante de la cité, également prévenue dans ce dossier, a déclaré qu’une armoire contenant drogue et argent était installée dans son appartement. Selon elle, c’est l’homme avec qui elle vivait qui l’utilisait. Elle a affirmé qu’elle avait deviné qu’il s’agissait d’un trafic de drogue mais qu’elle ne voulait rien en savoir.

Elle a désigné deux des prévenus, dont un surnommé «castor», qui venaient chez elle trois fois par jour pour avoir accès à cette armoire, placée dans la chambre de son compagnon. «Je n’avais rien à dire, sinon je recevais sur ma figure pour ne pas dire autre chose. Il m’avait dit qu’il me donnerait 350 euros», a-t-elle déclaré. Elle a précisé avoir été menacée à plusieurs reprises par des complices de son ami, dans la cité du Peterbos.

Le procès se poursuivra ce 3 décembre avec le réquisitoire du procureur.

Le rappel des faits

Ce complexe de logements était connu en 2018 comme un repère de trafiquants de drogue. De plus, en avril 2018, des agents de la STIB y avaient été agressés par une dizaine de jeunes. C’est ensuite une équipe de la chaîne télévisée flamande VRT qui avait été la cible de violence dans le quartier.

À ce moment-là, plusieurs dossiers étaient déjà ouverts au parquet de Bruxelles pour divers délits au Peterbos, notamment pour une tentative de meurtre sur des policiers qui avaient essuyé des jets de projectiles lors d’une intervention sur place.

En octobre 2018 puis début 2019, des opérations de police y avaient été menées à la suite de plusieurs mois d’observations policières, dans le but de démanteler le réseau de trafic de drogue. De nombreuses personnes avaient été arrêtées. Plus de 100.000 euros, 600 grammes de cocaïne, deux kilos de cannabis et du matériel de confection de pacsons de stupéfiants avaient été saisis.