CHRONIQUE

Taverne au pub, la Premier League par la petite lucarne: de la boue au billard

Taverne au pub, la Premier League par la petite lucarne: de la boue au billard

Bruno Taverne. Photo News

Bruno Taverne, M. Foot anglais de VOOSport, nous livre son regard sur la Premier League.

Quatre clubs anglais se sont affrontés dans les finales européennes en fin de saison dernière.

Mais pourquoi eux? A ce niveau là, la différence se manifeste dans chaque détail. Ce sont de longs processus durant lesquels rien ne peut-être laissé au hasard. Même pas l’état du terrain!

Aujourd’hui, plus qu’hier, un titre se gagne ou se perd pour une question de millimètre. Même la hauteur d’un gazon anglais peut faire la différence. Et, dans ce domaine là aussi, ce sont des experts!

Mais cela ne fut pas toujours la cas. En 1992, lorsque le championnat anglais prend le nom de Premier League, on joue encore dans la boue sur certaines pelouses. Les clubs de l’élite souhaitent augmenter leurs revenus et créer une marque. Pour cela il faut des stades, des joueurs de renom et un outil de travail digne de ce nom.

Un exemple parmi tant d’autres est l’arrivée d’Eric Cantona à Leeds et ensuite à Manchester United.

Nous sommes en 1992 et la star française va véritablement ouvrir la voie et marquer le début de l’histoire de cette compétition de milliardaires. Car oui, aujourd’hui, ce championnat fait recette et est diffusé dans le monde entier.

Nous sommes en 92 et le football anglais traverse cependant une mauvaise passe. La sélection est éliminée de l’Euro, en Suède, au stade de la phase de groupe et elle ne se qualifiera pas pour la Coupe du Monde de 1994 aux Etats-Unis.

Pourtant son championnat grandi. Sous l’impulsion d’un championnat d’Europe, que le pays organise en 96, les premiers stades sont rénovés et la qualité légendaire de la pelouse de Wembley devient progressivement la norme.

Taverne au pub, la Premier League par la petite lucarne: de la boue au billard
À Manchester City comme ailleurs en Premier League, les clubs sont aux petits soins avec leur pelouse. Reporters / Imago Sport
Vous ne pouvez pas oublier votre première pelouse anglaise. Elle est belle et son parfum de gazon tendre vous fait chavirer les narines. Vos yeux sont éblouis par ce vert dont on dit qu’il est la couleur du chakra du coeur. Car il s’agit bien là du coeur du jeu. La Premier League vous invite à un spectacle qui se veut grandiose. Les stades, devenus mythiques, réclament un soin particulier et un tapis d’étoiles.

Quand un étoilé vous invite à sa table, la table se veut accueillante et inspirante. On mange aussi avec ses yeux. Rentrer dans un stade pour y observer une pelouse pelée par trop de mauvais soins, vous coupe instantanément l’appétit. Le problème, c’est que cela est vrai également pour les joueurs.

La Premier League a créé des billards le jour où elle est devenue une marque à part entière.

Il y a des directives précises instaurées par l’UEFA en matière de qualité des terrains. C’est un bottin que certains clubs belges devraient lire ou relire attentivement.

Les anglais ont créé une profession d’exception: ce sont les «Greenkeepers».

Les clubs les plus prestigieux au monde réalisent parfois des transferts surprenants. Le PSG, par exemple, a été chercher en Premier League son responsable des terrains. Il a créé un staff de plus de cinquante personnes pour couvrir toutes les académies également. Quand vous vous approchez de ces pelouses, vous vous inclinez.

C’est un art, une passion et une marque de respect aussi. Vous invitez chez vous, faites payer au prix fort chaque visite et en échange vous garantissez un amphithéâtre majestueux. Le contraire serait vulgaire, même si le champagne coule à flot dans les salons VIP.

Mais cela a un coût et il est important. C’est une question de choix et de priorité. Dépenser huit millions d’euros pour un joueur moyen semble être pardonnable et un grand nombre d’excuses peuvent être invoquées pour justifier l’échec.

Ne pas décider de dépenser quelques centaines de milliers d’euros (chaque saison) pour accueillir un jeu de qualité et garantir un outil de travail performant à vos joueurs peut s’avérer désastreux au décompte final.

Imaginez la meilleure nation du football actuel se cherchant un stade avec une bonne pelouse…

Impensable non?

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