BELGODYSSÉE 2019 | AUDE VANDEN BROECK (CANDIDATE 6/7)

Terres agricoles: des citoyens s’unissent pour empêcher la spéculation foncière

Dans un coin verdoyant de la commune de Soignies, quinze ménages ont décidé de cogérer une vieille ferme et 8 ha de terrain afin de vivre autrement et de lutter contre la spéculation sur les terres cultivables.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage sur le thème des initiatives positives pour lutter contre le réchauffement climatique. Cette sixième semaine: Aude Vanden Broeck.

Située à Horrues, à une vingtaine de kilomètres de Mons, une vieille ferme reprend doucement vie. Le collectif agricole de l’habitat groupé des Granges de la Gageolle a obtenu son permis d’urbanisme au printemps dernier. D’ici deux ans, le projet sera géré collectivement par 15 ménages. Leur pari: mener une exploitation agricole entre voisins.

Agriculture écoresponsable et dynamiques locales

Dans ce collectif agricole qui se projette intergénérationnel et écoresponsable, chacun contribue au projet commun. Une manière de rendre la propriété privée et l’entrepreneuriat agricole plus accessibles en réduisant l’impact d’un emprunt hypothécaire lourd.

Maraîchage biologique, fromagerie, apiculture, forêt nourricière… les activités mises en place au sein du collectif aspireront à une autonomie alimentaire progressive des habitants, tout en redynamisant économiquement la zone rurale de Horrues. Une salle de transformation alimentaire aux normes de l’Afsca et une petite épicerie devraient également permettre au collectif d’écouler ses surplus de production et de faire vivre le circuit court au sein du voisinage.

Aujourd’hui, la rareté se paye au prix fort dans le monde agricole.

Les Granges de la Gageolle ont un statut juridique de «fondation». Elles ont acquis le bâtiment de la ferme existante, ainsi que les 8 hectares sur lesquelles cette dernière est implantée. La notion de fondation remet les codes de la propriété privée en question et figure au centre de la démarche des Granges. «L’idée de la fondation, c’est de soustraire les terres agricoles sur lesquelles vont se trouver les futures maisons de la propriété privée et de les remettre au collectif, explique Alix Bricteux, chargée de communication au sein de l’ASBL Terre-en-vue et future habitante de la ferme. Ceci nous permettra une gestion collective avec des règles de gouvernance démocratique que nous avons créées et qui nous conviennent. Cet engagement de la part des ménages garantit que ces terres ne feront plus jamais l’objet de spéculation foncière.»

Terres cultivables, ressources rares

Plus une ressource est rare, plus son prix augmente. Aujourd’hui, la rareté se paye au prix fort dans le monde agricole. Terre-en-vue œuvre à un accès facilité à la terre pour les agriculteurs belges. Selon l’ASBL, «43 fermes disparaissent en moyenne par semaine en Belgique».

Actuellement, les terres arables sont sérieusement convoitées par de grands investisseurs. Objectif? Racheter les surfaces agricoles afin d’y développer des activités de production alimentaire intensives, destinées au marché mondial dont la demande augmente de façon vertigineuse. Le résultat est sans équivoque: flambée des prix du foncier et accès réservé aux grandes exploitations et aux géants industriels. Le prix de la terre pouvant atteindre jusqu’à 100 000€/ha, les petits projets agricoles sont mort-nés avant même de voir un acte notarial et les principaux acteurs de l’industrie agroalimentaire conservent leur monopole.

Mécanisation limitée, maraîchage biologique, dynamisation des circuits courts et de l’économie locale de Horrues, le projet des Granges de la Gageolle incarne un plaidoyer citoyen pour la protection de la souveraineté alimentaire belge ainsi que de l’agriculture paysanne. Une manière de s’organiser positivement ensemble afin de répondre aux nouveaux défis alimentaires, sociaux et écologiques d’aujourd’hui et de demain.

Qu’est-ce qu’un habitat groupé?

L’habitat groupé est un modèle de cohabitation participative de plusieurs ménages axé sur l’optimisation des espaces individuels et collectifs. Il peut se décliner sous différentes formes. Classiquement, chaque ménage dispose de son logement individuel comprenant une cuisine, un séjour, une salle de bains et une ou plusieurs chambres à coucher. Le reste des lieux de vie tels que la buanderie, la salle de jeux des enfants, les bureaux ou encore le jardin sont partagés. Réunis autour de valeurs communes, les habitants développent divers projets ensemble, qu’ils soient sociaux, économiques ou encore écologiques.

Qui est l’auteure de ce reportage?

Terres agricoles: des citoyens s’unissent pour empêcher la spéculation foncière
Aude Vanden Broeck -
Je m’appelle Aude Vanden Broeck et j’ai 25 ans. Récemment diplômée en journalisme à l’IHECS, je vagabonde entre Bruxelles, la Flandre de mes origines et la Wallonie de mon cœur. Je m’intéresse aux histoires humaines touchant à l’environnement, la santé publique et la justice sociale. Mes dadas: la presse écrite, le photojournalisme et l’enquête.

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première. Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

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