MÉDIAS

VIDÉO | Coopérative: «Notre avenir» s’ouvre aux coopérateurs

La coopérative «Notre avenir» a ouvert hier sa souscription aux lecteurs et aux investisseurs. Moment capital pour la presse belge.

C’est une première en Belgique. Bien sûr, il existe déjà des médias fonctionnant sur le mode coopératif (Medor, Wilfried,... ) mais aucun dans la presse quotidienne, et à une échelle si importante. Les exemples viennent de France, de Suisse, d’Angleterre ou du Canada. Les coopératives ont le vent en poupe dans tous les secteurs de l’économie.

Ouverte aux lecteurs

Baptisée Notre avenir, la coopérative qui entend devenir actionnaire du journal ou du site internet que vous lisez, existe depuis maintenant presque un mois. Ses statuts ont été déposés chez le notaire le 25 octobre dernier. Son site internet sera fonctionnel dès aujourd’hui. Il permet aux lecteurs et aux investisseurs, privés ou institutionnels, d’apporter leur soutien au média en prenant des parts de coopérateur.

VIDÉO | Coopérative: «Notre avenir» s’ouvre aux coopérateurs
Les Éditions de l’Avenir publient le journal L’Avenir. © ÉdA – Jacques Duchateau

Le capital de Notre avenir coopérative a, dans un premier temps, été ouvert aux employés des Éditions de l’Avenir, tous services confondus. Le lourd conflit social, lié à un plan de restructuration qui, dans un climat de résistance, a vu le départ forcé de 50 travailleurs de l’entreprise a, pour beaucoup, été un déclic. Il fallait prendre sa destinée en main, participer aux décisions stratégiques de l’entreprise, ne pas la laisser aux seules mains d’un actionnaire, Nethys, qui la délaissait comme une concubine trompée.

Défendre l’indépendance

Il fallait défendre l’indépendance rédactionnelle, mise à mal. Et ne pas laisser l’ADN de L’Avenir, journal centenaire qui couvre l’actualité du territoire wallon au travers de toutes ses éditions locales, parfois plus anciennes encore, se diluer dans un nouvel actionnariat qui ne partagerait pas ses valeurs communes. Il fallait préserver l’indispensable ancrage local.

Au fil des mois, depuis la Commission d’enquête liée au scandale des Comités de secteur Publifin, l’issue devenait inéluctable. L’Avenir allait «sortir» de Nethys. On connaît la suite: les tentatives de vente occultes des filiales du groupe (VOO, WIN, Elicio), les rémunérations démentielles que se sont versées certains administrateurs, Stéphane Moreau en tête, amenant le nouveau gouvernement wallon à siffler la fin de la récré.

Les managers «de crise» nommés chez Nethys et dans la maison mère Enodia, ont bien capté le message inscrit noir sur blanc dans la Déclaration de politique régionale. C’est acquis: L’Avenir sera vendu (c’est même la filiale prioritaire) et une place doit être faite, parmi les prochains actionnaires, à la coopérative représentant les travailleurs.

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Les Éditions de l’Avenir: les bâtiments du siège de Bouge (Namur). © ÉdA – Jacques Duchateau

Mais pas seulement. L’idée est, depuis le début, d’associer les lecteurs de L’Avenir, nombreux à avoir marqué leur sympathie et leur soutien lors du conflit social, concrétisant ainsi l’attachement que peut avoir un quotidien local avec les gens de son terroir.

L’idée est aussi d’y associer le secteur entrepreneurial, les entreprises mais aussi tout le monde associatif dont la vie se reflète dans les pages de ce quotidien. Parce que, comme l’expliquaient, hier en conférence de presse, les initiateurs du projet «l’influence que la coopérative aura vis-à-vis des actionnaires autres dépendra du montant récolté.»

Toutes les infos dans notre vidéo ci-dessus.

Lecteur, mais aussi acteur de son média

«Notre avenir» est une coopérative de travailleurs à vocation sociale, mais ouverte à tout qui désire y investir. La presse – ne le cachons pas –, est un secteur de l’économie en turbulence. Plus que chercher un rendement financier, c’est son indépendance et la qualité de l’information au plus près des préoccupations des gens qu’il convient de défendre aujourd’hui. Lecteur, investisseur privé ou institutionnel, chaque coopérateur y trouvera sa place au travers de six collèges, dont l’un se veut un organe de réflexion sur l’avenir des médias. Chaque collège aura son représentant au conseil d’administration de la coopérative dont le but, en devenant actionnaire de la société commerciale Éditions de l’Avenir, est d’être représentée de façon significative au conseil d’administration dirigeant le journal. Chaque part vaut 50€ et, principe des coopératives, chaque investisseur, quel que soit son nombre de parts, disposera d’une même voix. Chacun pourra ainsi être à la fois lecteur et acteur dans l’un des plus importants médias francophones de Belgique.

Toutes les infos pour devenir coopérateur: www.notreavenir.coop

Christine Decock est lectrice de L’Avenir depuis de nombreuses années. Elle était présente ce matin à la conférence de presse de présentation de la coopérative parce qu’elle veut montrer son soutien envers le journal, ses journalistes, membres du personnel et ses lecteurs. Son témoignage dans notre vidéo ci-dessous:

VIDÉO | Coopérative: «Notre avenir» s’ouvre aux coopérateurs
Le journal L’Avenir peut compter sur de nombreux lecteurs et abonnés qui ont régulièrement marqué leur soutien aux salariés des Éditions de l’Avenir. © ÉdA – Jacques Duchateau

VIDÉO | Coopérative: «Notre avenir» s’ouvre aux coopérateurs
Le journal L’Avenir peut compter sur de nombreux abonnés et lecteurs réguliers. © ÉdA – Jacques Duchateau

«Un projet de cette ampleur, c’est inédit»

Interview: Emmanuel Huet

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Martine Simonis est secrétaire générale de l’AJP (Association des Journalistes Professionnels). © ÉdA – Jacques Duchateau
Martine Simonis (secrétaire générale de l’AJP, l’association des journalistes professionnels), en quoi la coopérative «Notre avenir» est-elle une première?

Dans l’histoire des journaux belges, on ne trouve que le Vooruit, l’ancêtre du Morgen, qui a fonctionné ainsi. Plus récemment, on a eu deux initiatives de niche avec Médor en 2015 et Wilfried en 2017. Mais un projet de cette ampleur comme celui de Notre avenir, c’est inédit.

Qu’est-ce qui en fait sa spécificité?

Le but n’est pas de reprendre un journal en difficulté comme on le voit au Québec ou en France. Ici, l’idée est de transformer l’adversité en une opportunité. On sort ainsi par le haut de plusieurs années de conflit et on aligne l’actionnariat sur les valeurs du journal. On travaille ainsi un modèle participatif et collectif.

D’autres médias pourraient s’inspirer de ce qui se fait à L’Avenir?

Cela a du sens de le concevoir comme un modèle d’avenir. Pas mal de recherches et d’articles scientifiques ont démontré que l’actionnariat d’un groupe de presse n’est pas sans incidence sur le produit final.

En quoi les lecteurs peuvent-ils y trouver un intérêt?

Le modèle participatif permet de se rapprocher des lecteurs et de régler la question de l’indépendance rédactionnelle. Il faut donner à la coopérative les leviers pour protéger l’emploi et l’indépendance de la rédaction.

Pendant ces années sous une direction calamiteuse, le journal a gardé le cap grâce à ses équipes. Elles ont continué à fournir un produit de qualité et cela a recréé des solidarités.

Le projet avait été évoqué la première fois en novembre 2018 lors des auditions au parlement wallon. Le voir se concrétiser, c’était inespéré?

À ce moment, tout le monde disait que L’Avenir était en difficultés et qu’il fallait faire quelque chose. Il y avait donc cette voie avec un portage limité par la Région.

Retrouvez également les infos de la coopérative «Notre avenir» sur facebook.

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Participer à la coopérative «Notre avenir», c’est l’occasion d’entrer pleinement dans les Éditions de l’Avenir. © ÉdA – Jacques Duchateau

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Les bâtiments du siège de Bouge (Namur) des Éditions de l’Avenir. © ÉdA – Jacques Duchateau