BELGODYSSÉE 2019 | EVA SEKER (CANDIDATE 4/7)

Élevage urbain: et si vos voisins étaient des moutons?

Il y a un an et demi, David D’Hondt s’est lancé le pari de devenir éleveur urbain. Son cheptel de plus de 20 bêtes est aujourd’hui installé dans la vallée du Vogelzang et au Zavelenberg, à Bruxelles.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage sur le thème des initiatives positives pour lutter contre le réchauffement climatique. Cette semaine: Eva SEKER.

David D’Hondt est professeur de religion dans une école molenbeekoise. Depuis qu’il est adolescent il rêve d’exercer une profession agricole. Il y a quelques années, il entreprend alors les formations en agriculture organisées par le Mouvement d’action paysanne. Au fil des rencontres, il décide de se concentrer sur l’élevage ovin et choisit d’élever des moutons de la race Zwartbles. «Je cherchais un mouton rustique, un mouton qui puisse vivre à l’extérieur toute l’année. Il fallait qu’il soit aussi intéressant pour la viande et la laine mais qu’il puisse également s’adapter à la ville. Et le Zwartbles c’est une race docile.»

Un élevage vert au cœur de la ville

Le projet d’élevage urbain se veut respectueux de l’environnement: les moutons sont nourris à l’herbe et au foin et la paille utilisée comme litière dans leurs abris est réutilisée pour être transformée en compost. Aucun produit chimique n’est administré aux animaux, «sauf en cas d’extrême nécessité», explique l’éleveur. Selon lui, l’intérêt de faire paître ses moutons en ville est multiple. «Les moutons apportent à la prairie un changement au niveau de la diversité des plantes dans la prairie», continue David.

En effet, grâce aux moutons, l’herbe devient plus grasse et peut ainsi accueillir de nouvelles espèces d’insectes. Mais, le berger voudrait aussi conscientiser les citoyens sur leur consommation de viande. «Les citadins peuvent venir voir le projet et se rendre compte de ce que c’est élever un animal et de ce que ça demande en termes de travail, de nutriments, etc., et se rappeler cela quand ils achètent de la viande et quand ils surconsomment de la viande de mauvaise qualité.»

Recréer du lien social

Mais la présence de ces animaux en zone urbaine est aussi intéressante pour une autre raison: le mouton aide à recréer du lien social. Il est vecteur d’intrigue et de conversation entre le berger et les habitants des quartiers voisins. Serge Kempeneers, écologiste et ancien responsable des espaces verts chez Bruxelles environnement, explique: «Le mouton est assez intéressant parce qu’il va permettre de réguler la prairie sans abîmer le végétal. Et on peut jouer aussi sur l’image du mouton par rapport aux enfants puisqu’un des objectifs c’est tout de même de rendre la nature agréable à voir, jolie, douce… Finalement les espaces verts, ce sont des endroits où l’on va essayer de ralentir le temps. Et l’animal permet cela».

David D’Hondt avait déjà compris les bienfaits que peuvent apporter ses animaux. C’est pourquoi, il a décidé d’organiser, avec l’aide de Pauline Dornat, fondatrice de 1030 BlackWool, des ateliers autour de la laine produite par son troupeau. Leur objectif? Valoriser le produit tout en recréant du lien social grâce, notamment, à la transmission de savoir-faire et des traditions. «La laine est totalement porteuse d’histoire. Elle a voyagé dans le monde entier, quelle que soit la région la laine a toujours été là. Et c’est encore le cas aujourd’hui», raconte Pauline. Elle ajoute: «Chacun vient avec son histoire et nous la transmet. À nous ensuite d’en faire ce que l’on veut et de faire voyager le projet».

Dans le futur, le jeune éleveur espère voir son troupeau s’agrandir de manière à pouvoir proposer, à terme, une vraie alternative locale et écologique à l’industrie de la viande à Bruxelles. En attendant, David espère toucher les petits et les grands avec son projet, notamment en collaborant avec d’autres communes et associations.

Une entreprise impossible sans un soutien extérieur

Pour pouvoir exister, les Moutons bruxellois ont reçu l’appui de Boeren Bruxsel Paysan. Le projet coordonné, entre autres, par Bruxelles Environnement, promeut une agriculture écologique et durable à Bruxelles. D’après Catherine Fierens, la coordinatrice du projet, nombreux sont les bénéfices à retirer de la présence des moutons en ville. «En premier lieu, le contact entre l’humain et l’animal qui permet de rapprocher de la nature», explique-t-elle. Selon elle toujours, l’élevage de moutons en zone urbaine permet également de conscientiser le consommateur quant à la réalité de la production de viande. Enfin, les moutons permettent l’éco-pâturage, c’est-à-dire l’entretien des prairies par l’animal.

Qui est l’auteure de ce reportage?

Élevage urbain: et si vos voisins étaient des moutons?
Eva Seker -

Eva Seker

Fraîchement diplômée de l’IHECS en journalisme magazine et photojournalisme, je m’intéresse aux sujets de société et aux relations humaines.

Aujourd’hui, j’ai également commencé un second master en sciences politiques à l’ULB. Fascinée par la radio et les podcasts, je rêve de pouvoir recueillir le plus d’histoires possible avec mon micro.

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première. Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

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