BRUXELLES

Jambon «veut diviser» le secteur culturel: grosses tensions au Parlement flamand

Ils sont plusieurs centaines issus du secteur culturel flamand à manifester devant le parlement flamand ce 14 novembre. Dans le viseur: Jambon et ses coupes dans le budget de la culture. Au sein de l’hémicycle non plus, les mesures ne passent pas. Même la majorité se lézarde.

MISE À JOUR | 14/11 - 15h

L’atmosphère était particulièrement tendue jeudi matin au parlement flamand, où le ministre-président Jan Jambon (N-VA), en charge de la Culture, est venu présenter en commission parlementaire les coupes budgétaires que son gouvernement entend imposer au secteur de la culture, et contre lesquelles manifestaient plusieurs centaines de personnes.

Dès le début de la séance, les partis de la majorité (N-VA, CD&V, Open Vld) sont apparus divisés sur l’opportunité de tenir un débat dans la foulée de la présentation du ministre-président, alors que ce débat n’était théoriquement programmé que d’ici quinze jours.

 Jambon «veut diviser» le secteur culturel: grosses tensions au Parlement flamand
Tendu, Jan Jambon. BELGA
Vu la mobilisation du secteur culturel, présent en masse devant le bâtiment (lire cadrée), Groen, le sp.a et le PTB ont pressé la majorité de débattre dès ce jeudi, ou au moins d’autoriser une intervention par groupe politique.

La N-VA s’accrochait à l’agenda convenu tandis que l’Open Vld plaidait la souplesse. Le CD&V semblait hésiter. C’est finalement la solution d’une intervention par groupe politique qui a été retenue.

Tension palpable

Dans les couloirs du parlement, la tension était palpable. Une virulente confrontation verbale a eu lieu entre une délégation des manifestants et le député Vlaams Belang Filip Brusselmans.

Prenant finalement la parole, Jambon a invité le secteur culturel à avancer lui-même une proposition d’économies. «Je veux débattre d’une meilleure répartition» des efforts, a-t-il affirmé.

Mais il a maintenu l’ampleur des coupes budgétaires annoncées, dont il assure qu’elles touchent de la même manière d’autres secteurs subsidiés. «Les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel», a lancé le nationaliste flamand.

 Jambon «veut diviser» le secteur culturel: grosses tensions au Parlement flamand
Tension palpable entre Dominique Willaert (à gauche) et le député Vlaams Belang Filip Brusselmans (à droite). BELGA

Le ministre-président flamand entend réduire de 6% les subsides de fonctionnement dans le secteur culturel (sauf pour les sept institutions artistiques reconnues où l’effort serait limité à 3%) et jusqu’à 60% les subsides par projets, dont l’enveloppe de 8,47 millions d’euros cette année fondrait à 3,39 millions l’an prochain.

Jan Jambon considère que ces coupes n’étoufferont pas la créativité. «Nous serons plus sélectifs, mais ceux qui excellent recevront toujours des possibilités de croître».

Il ajoute que le budget global de la Culture, lui, ne baisse pas: les 482,4 millions d’euros de 2019 passeront à 482,6 millions en 2020. Et si des marges budgétaires se dégagent, elles seront affectées en priorité aux subsides par projets, a-t-il promis.

«Diviser le secteur»

Pour Groen, la main tendue par Jan Jambon au secteur culturel pour qu’il propose lui-même où opérer les coupes budgétaires traduit une volonté du ministre-président de diviser le secteur, a affirmé Staf Pelckmans.

«Ça ne passera pas! Nous serons là, avec les activistes, jusqu’à ce que vous reveniez sur ces économies», a lancé Tom De Meester (PTB), tandis que Katia Segers (sp.a) dénonçait les choix «erronés» du gouvernement.

 Jambon «veut diviser» le secteur culturel: grosses tensions au Parlement flamand
Stephanie D'Hose: «une mauvaise décision». BELGA
Le seul parti d’opposition à soutenir Jambon a été le Vlaams Belang.

Dans la majorité, le CD&V et l’Open Vld n’ont pas caché un certain malaise sur les choix de Jambon. Karin Brouwers (CD&V) a affirmé que son parti était «choqué» par les fortes coupes budgétaires. Stephanie D’Hose (Open Vld) est allée plus loin: «je suis persuadée que vous avez pris une mauvaise décision», a-t-elle dit à Jan Jambon.

Les deux partenaires de la N-VA se sont toutefois montrés satisfaits de l’ouverture au dialogue. D’Hose a même suggéré d’augmenter de 3% à 6% l’effort demandé aux institutions reconnues, de manière à réduire les coupes sur les subsides par projets.

Dehors, ça gueule

Plusieurs centaines de personnes manifestaient jeudi devant le parlement flamand où le ministre-président Jan Jambon (N-VA), en charge de la Culture, venait détailler les lourdes économies qu’il entend imposer au secteur. De nombreux acteurs connus en Flandre se sont joints aux protestations.

Le montant des économies auxquelles le gouvernement N-VA, CD&V, Open Vld entend soumettre le secteur culturel a été dévoilé samedi: 6% de réduction des subsides de fonctionnement (sauf pour les sept institutions artistiques reconnues où l’effort serait limité à 3%) et jusqu’à 60% de moins pour les subsides par projets, dont l’enveloppe de 8,47 millions d’euros cette année fondrait à 3,39 millions l’an prochain.

+ LIRE AUSSI | Les subsides de Bruzz rabotés, ceux de l’AB aussi

Le choc a été rude pour le secteur. Mardi soir, quelque 2.000 sympathisants ont déjà protesté devant le théâtre de la Bourse à Bruxelles (Beursschouwburg, centre multidisciplinaire des arts). L’objectif était alors «de rassembler des gens de tous les échelons de la culture afin de voir comment nous pouvons faire face au plan Jambon», expliquait l’organisateur et acteur de théâtre Michiel Vandevelde. «Nous allons constituer des groupes de travail et débattre. Il y a beaucoup de monde, des directeurs d’institutions comme des étudiants en formation. Des représentants du secteur non marchand sont aussi touchés.»