FOOTBALL

Racisme dans les stades de football | Joachim Mununga: «Des chants racistes, c’est du viol»

Racisme dans les stades de football | Joachim Mununga: «Des chants racistes, c’est du viol»

Durant sa carrière, l’ancien joueur Joachim Mununga a été victime à plusieurs reprises de comportements racistes. «J’ai encore beaucoup de rancune et de la haine en moi. J’ai même encore du mal à en parler. Des chants racistes: c’est du viol». Photo News

«Ces paroles sont blessantes pour toute la vie»: à l’occasion de la présentation de son manuel sur les chants racistes et discriminatoires, la Pro League a invité quelques (anciens) joueurs à livrer leur témoignage. Celui de Joachim Mununga n’est pas passé inaperçu.

«Le moment est venu de laisser le racisme, l’homophobie et la discrimination hors de nos stades». C’est ce qu’a déclaré Pierre François, directeur général de la Pro League, ce mercredi durant la présentation du manuel sur les chants racistes et discriminatoires qui a pour but d’aider les clubs dans la lutte contre les comportements offensants.

«Nous pouvons parler longtemps de mesures préventives, de sensibilisation, de formation et d’atelier», a indiqué François. «Mais nous sommes arrivés à un moment charnière: le public en a marre du racisme et de la discrimination. De nombreux dirigeants de clubs trouvent que la Pro League fait encore trop peu pour s’attaquer à ce problème dans nos stades. Nous devons faire quelque chose de plus pour être à la hauteur de l’ambition d’éliminer pour de bon le racisme, la discrimination et l’homophobie. Le moment est venu.»

Selon Pierre François, l’ambition n’est pas facile à réaliser. «Car tout le monde ne remarque pas toujours que cela blesse l’autre. Même si vous ne faites que chanter, cela peut avoir des conséquences. Et qu’en est-il de l’autodérision et de l’humour? Devons-nous aussi les sanctionner?», s’interroge le directeur général de la Pro League. «La majorité de ces personnes ne sont pas tout à fait conscientes de ce qu’elles crient ou chantent. Elles veulent le plus souvent déstabiliser l’adversaire. Mais vous devez leur apprendre qu’il existe d’autres manières d’y parvenir. C’est pourquoi nous organisons des ateliers afin que le retour dans les tribunes après une interdiction de stade se passe bien.»

«Même s’il s’agit d’une matière difficile, les clubs de football parlent aujourd’hui de manière semblable. Ce n’est pas si évident dans le contexte du football. La Pro League n’a pas peur de sanctionner ses clubs. Tous les clubs doivent être conscients de leur rôle social. Tous les responsables de club attendent l’aide de la Pro League. C’est ce que nous leur offrons avec ce manuel, car la clarté au sujet des meilleures pratiques constitue la meilleure solution.»

 

Joachim Mununga: «Ils m’obligeaient presque à retenir mes larmes»

À l’occasion de la présentation de son manuel sur les chants racistes et discriminatoires, mercredi, la Pro League a invité quelques (anciens) joueurs à livrer leur témoignage. Joachim Mununga, ancien joueur entre autres du FC Malines, aujourd’hui membre du staff d’Oud-Heverlee Louvain, était l’un d’eux. «J’ai encore du ressentiment et même de la haine», a-t-il confié durant son témoignage lors du séminaire organisé pour l’occasion.

Dans un manuel de soixante pages, la Pro League essaie de soutenir les clubs dans la lutte contre le racisme, l’homophobie et la discrimination dans le football. Afin de montrer les conséquences que peuvent avoir ces propos sur les individus, la Pro League a invité quelques victimes durant la présentation.

Durant sa carrière, l’ancien joueur Joachim Mununga a été victime à plusieurs reprises de comportements racistes. «J’ai encore beaucoup de rancune et de la haine en moi. J’ai même encore du mal à en parler. Des chants racistes: c’est du viol. Quand j’entends Pierre François (CEO de la Pro League, NDLR) dire que c’est un problème complexe, je me fâche à nouveau», a ajouté «Jo», 31 ans. «Il est urgent d’agir. À certains moments, je me sentais abandonné. Je n’ai jamais été soutenu par mes clubs ou mes équipiers. Ils m’obligeaient presque à retenir mes larmes.»

Durant sa carrière, Mununga n’a jamais exposé le problème. «Tu ne veux pas te retrouver sous les projecteurs, mais disparaître. Avec mon témoignage, j’aurais à nouveau été traité différemment. Ce n’est pas ce que je voulais», a expliqué l’entraîneur assistant d’OHL, les larmes aux yeux. «Tu espères que ton coach et tes équipiers vont arrêter le match après des chants racistes. Ou que les supporters se retournent contre ceux qui crient de telles choses douloureuses. Mais ce n’est jamais arrivé.»

Mununga voit un changement de mentalité, quoique limité. «J’espérais que cela irait encore plus vite, mais des mesures sont prises. C’est bon d’en parler. C’est la première étape. Il faut rééduquer les gens. Les supporters ne se rendent pas compte de la portée de leurs paroles. Malheureusement, le racisme est devenu une banalité. C’est pourquoi la sensibilisation et la formation sont importantes pour chaque personne qui vient au stade. Il faut plus d’attention, parce que ces paroles sont blessantes pour toute la vie», a confié l’ancien joueur de Malines, Mouscron et du Beerschot.

Mununga est aujourd’hui assistant à Oud-Heverlee Louvain. «En 2019, j’ai le sentiment qu’OHL a été courageux dans ce dossier. Quand je suis arrivé au club, j’ai senti qu’il y avait un problème avec la diversité. Mais je ne suis pas défaitiste et remercie Louvain pour l’opportunité.»

 

Pro League

Classement
# MJ V D N B P
1 FC Bruges 21 16 1 4 48/9 52
2 La Gantoise 22 12 4 6 43/24 42
3 Antwerp 22 12 4 6 41/26 42
4 Charleroi 21 11 3 7 36/18 40
5 Standard 22 11 6 5 40/25 38
6 KRC Genk 22 10 8 4 35/30 34
7 FC Malines 22 10 8 4 33/34 34
8 Zulte-Waregem 22 9 9 4 31/31 31
9 Anderlecht 21 6 6 9 24/22 27
10 Mouscron 22 6 7 9 30/31 27
11 St-Trond 22 7 10 5 24/38 26
12 Courtrai 22 6 12 4 28/36 22
13 Eupen 22 5 12 5 18/35 20
14 Waasland-B. 22 5 12 5 19/42 20
14 Ostende 21 5 13 3 22/41 18
16 Cercle Bruges 22 3 17 2 19/47 11