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VIDÉOS | Un journaliste canadien parcourt le monde pour étudier la francophonie : «Le français est en net recul»

L’état de la francophonie à travers le monde, c’est la marotte d’Étienne Fortin-Gauthier, journaliste canadien de la télévision TFO. Nous l’avons rencontré lors de ses pérégrinations dans les communes à facilités de la périphérie bruxelloise.

Il y aurait 300 millions de francophones dans le monde. «Mais il y a des défis énormes, nous dit Étienne Fortin-Gauthier, journaliste à TFO (la Télévision Francophone de l’Ontario, de service public). Le français est en net recul dans de nombreux pays, au profit de l’anglais. Excepté en Afrique, il est en danger dans une bonne partie du monde. Au Canada, il est toujours menacé».

Ce constat, il l’a fait au fil de ses voyages. Parti depuis le 1er août, il a traversé une douzaine de pays: Japon, Cambodge, Corée du Sud, Vietnam, Autriche, Hongrie, Kosovo, Roumanie, Serbie, Belgique, France… Des pays qui «tombent sous le sens» mais d’autres pour lesquels on peut se demander pourquoi ils font partie de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie).

Pourquoi la Corée

La situation de la Corée, par exemple, est assez emblématique: «La Corée du Sud a rejoint la francophonie principalement pour faire des affaires avec l’Afrique. Au Japon, le français est une langue sexy, haut de gamme, mais c’est aussi une langue pour vendre. De nombreuses enseignes de magasins sont en français, mais quasi personne ne parle la langue.» Étienne s’étonne de ces curieuses situations: «Au Kosovo, l’adhésion à la francophonie a permis au pays d’être reconnu sur la scène internationale par des dizaines d’autres pays. Mais beaucoup n’ont pas encore reconnu le Kosovo comme un état souverain. Donc ce type d’adhésion ‘’virtuelle’’ ne fait pas avancer l’usage de la langue.»

Ce tour du monde de la francophonie, Étienne Fortin-Gauthier le réalise surtout «pour aller à la rencontre des francophones dans toutes leurs diversités. Je travaille sur le thème depuis des années au Canada mais je voulais savoir ce qu’il se passe dans le reste du monde.»

Dans notre vidéo ci-dessus, retrouvez l’interview d’Étienne Fortin-Gauthier qui explique ce qui le motive dans cette découverte de la francophonie à travers le monde.

Belgique – Canada, même combat

Étienne a découvert aussi une particularité de la Belgique: les communes à facilité de la périphérie bruxelloise. Il y a rencontré de nombreux citoyens mais aussi les bourgmestres de Linkebeek, Drogenbos et Wemmel. «En Belgique c’est complexe, un peu comme au Canada, nous dit-il. Au Québec, on a une francophonie majoritaire, comme en Wallonie. Mais en Flandre, c’est une francophonie minoritaire, un peu comme en Ontario, d’où je viens. Cela représente 6% de la population. Il y a des défis énormes. Il y a des choses positives. Mais aussi des panneaux en langue française barbouillés de peinture noire. J’en ai vu à Linkebeek. Là, comme en Ontario, il y a des anti francophones. Et des partis politiques jouent sur cette colère envers les francophones pour leur profit.»

Étienne lance un appel: «Il faudrait que l’on se parle plus entre francophones. Québécois et Wallons se ressemblent, mais hormis pour quelques artistes, il y a peu d’échanges entre les deux régions. Nous vivons deux solitudes. J’aimerais que les francophones se parlent plus. Contrairement aux Américains qui n’ont pas de problème à étendre leur culture, nous devrions pouvoir faire pareil avec le français.»

Et de conclure avec un aveu du commissaire à la linguistique du Kosovo: «La manière dont on traite nos minorités linguistiques en dit beaucoup sur l’état de nos démocraties.»

Ci-dessous, le teaser des reportages d’Étienne Fortin-Gauthier en francophonie:

Et ci-dessous, son reportage complet en Corée du Sud:

L’OIF, c’est quoi?

L’Organisation International de la Francophonie regroupe 88 États ou gouvernements (chiffres de 2018). Sa mission: promouvoir l’usage du français et sa diversité culturelle, appuyer la démocratie, la paix, les Droits de l’homme, l’éducation et la coopération. Paradoxalement, il y a parmi ces 88 membres de nombreux États qui ne sont pas du tout francophones. Ce que d’autres membres relèvent comme une faiblesse et un éparpillement des missions de l’OIF. D’aucun lui reprochant de devenir «un doublon médiocre de l’assemblée générale de l’ONU». Par ailleurs, Amnesty International dénonce que 35 pays membres de l’OIF ne respectent pas les Droits de l’homme. Un constat qui tend à fragiliser encore plus la position de l’organisation.

Le prochain sommet de la francophonie aura lieu à Tunis en 2020.

Retrouvez Étienne Fortin-Gauthier sur Twitter.

VIDÉOS | Un journaliste canadien parcourt le monde pour étudier la francophonie : «Le français est en net recul»
Étienne Fortin-Gauthier aux quatre coins du monde pour étudier la francophonie. © Étienne Fortin-Gauthier – Jacques Duchateau