SAINT-GILLES

Un camionneur renverse une cycliste à Saint-Gilles: «Des solutions existent contre les angles morts»

Un camionneur renverse une cycliste à Saint-Gilles: «Des solutions existent contre les angles morts»

«Des solutions existent pour contrer l’angle mort», assurent les membres du collectif citoyen saint-gillois 1060/0. Le dispositif SofAlert, qui bippe lors d’un risque d’angle mort, en est un. EdA - Mathieu GOLINVAUX

Le collectif saint-gillois 1060/0 s’indigne de l’accident avec un camionneur qui a failli coûter la vie à une cycliste rue Théodore Verhaegen. Ses membres exigent l’implantation à Bruxelles du DVS, un système contre l’angle mort que Londres rend obligatoire sur les poids lourds.

Le collectif 1060/0 se dit «indigné» suite à l’accident entre un camionneur et une cycliste qui s’est produit ce 5 novembre. Le groupe militant est né à Saint-Gilles dans la foulée de son aîné schaerbeekois 1030/0 et milite pour davantage de sécurité routière. Pour rappel, le choc entre poids lourd et deux roues a eu lieu au carrefour entre la rue Théodore Verhaegen et la chaussée de Forest, au bas de la place Bethléem. Il a conduit la seconde à l’hôpital où elle a été reçue dans un état grave.

L’enquête de la police a clairement pointé l’angle mort comme la cause de l’accident. 1060/0 souligne pour sa part «des failles structurelles» qui ont permis à un tel accident d’arriver.

«Les poids lourds ne peuvent plus être tolérés»

Première faille selon 1060/0: la présence de poids lourds dans des zones résidentielles. «Les poids lourds ne peuvent plus être tolérés dans des quartiers densément peuplés comme le bas de Saint Gilles. Un camion de cette taille-là n’avait rien à faire sur une rue étroite et animée longeant une école maternelle et une place publique». Le collectif rappelle que la Ville de Bruxelles «a déjà interdit les camions de plus de 7,5 tonnes au centre-ville. Il s’agit désormais d’élargir cette interdiction aux zones “quartiers” (définies par le plan Good Move) et en particulier aux abords des écoles et des crèches», plaide 1060/0.

La seconde faille revient au fameux angle mort. À ce sujet, le collectif saint-gillois réitère un appel déjà entendu pour le «DVS» (lire ci-dessous): «Des solutions existent pour gérer le problème des angles morts. Londres a récemment adopté une législation obligeant les poids lourds à adopter des dispositifs de sécurités pour en finir avec l’angle mort».

«Le trafic lourd est absurde»

Dans ce cas précis enfin, 1060/0 pointe comme troisième faille le carrefour en question, «particulièrement dangereux en tout temps et notamment pour les parents accompagnés de leurs enfants». Deux écoles, une crèche et une école de cirque sont situées à deux pas. Et la place Bethléem en elle-même est très fréquentée par les familles. «Le trafic lourd en heure de pointe le long de la chaussée de Foret est absurde: il y a constamment du passage d’enfants entre l’école et la place. Ce carrefour constitue un accident en attente de se produire».

Le collectif 1060/0 plaide donc pour «rendre cette intersection piétonne et ne laisser passer que les transports en commun». Une action se tiendra sur place ce vendredi 15 novembre à 15h30.

Londres élimine l’angle mort pour 2020

L’angle mort revient fréquemment hanter cyclistes et piétons lorsqu’ils militent pour davantage de sécurité routière dans les villes. Outre l’accident récent à Saint-Gilles, c’est lui aussi qui a coûté la vie à une octogénaire sur la place Liedts en mars 2018.

Selon l’UPTR (Union Professionnelles des Transporteurs Routiers), «les poids lourds sont impliqués dans 17% des accidents avec décès et 6% des accidents avec lésions corporelles». Lors du lancement d’une campagne en 2018 consistant en 20.000 autocollants à appliquer à hauteur de la cabine, Michaël Reul, secrétaire général de l’UPTR, rappelait encore qu’«il convient, pour les cyclistes, de redoubler de prudence».

C’est bien là que le bât blesse pour les associations deux-roues: la responsabilité ne peut uniquement reposer sur le cycliste, qui a déjà les yeux partout lorsqu’il pédale en approche d’un carrefour. C’est pourquoi 1060/0 évoque le DVS, ou «Direct Vision Standard», rendu obligatoire à Londres depuis le 29 octobre. Ce dispositif est tout simple: il oblige les camionneurs au volant de plus de 12 tonnes à avoir une vision directe sur le trafic à leurs côtés. Autrement dit: la cabine est abaissée et peut être percée d’une vitre en contrebas de la portière. D’un coup d’œil, le chauffeur vérifie ainsi que personne n’est à sa hauteur. Un camion qui ne respectera pas ces prescriptions sera banni de la capitale anglaise dès octobre 2020. Ce qui fait dire au collectif 1060/0 qu’ «une telle législation doit être adoptée en Région bruxelloise le plus tôt possible».

À Bruxelles, une autre solution est testée depuis septembre 2019 : le « SofAlert ». Là encore, c’est un tragique accident avec un camion qui guide les parents de Sofie De Ridder, disparue à 12 ans dans un angle mort. Ce sont eux, aidés par les sociétés belges Detectin-Traffic et Effidrive, qui ont développé cette innovation. Concrètement, il s’agit d’un boîtier sensoriel placé sous le guidon. Doté d’un capteur de son et de distance, il avertit les cyclistes d’un risque d’angle mort lorsque SofAlert détecte un véhicule à moins d’1,50m. Le même dispositif peut équiper camions, bus et camionnettes.

L’ancienne Secrétaire d’état bruxelloise à la Sécurité routière Bianca Debaets se réjouissait lors de la présentation de SofAlert de voir le traditionnel point de vue se renverser: «Ce projet est unique en son genre car il traite la problématique suivant la perspective des cyclistes. C’est avant tout eux qui doivent être alertés en cas de danger, et pas uniquement les chauffeurs de camions comme c’est déjà parfois le cas actuellement».