TOURNAI

Le Tournai d’avant: des corps incorruptibles après la mort

En février 2009, l’église Saint-Piat accueille un cercueil, plutôt une longue boîte, dont la paroi vitrée laisse voir un corps. Un mannequin? Pas du tout, il s’agit du corps de la religieuse clarisse, Mlle Verdegans-d’Autreppe, qui a échappé à l’habituelle corruption.

Le corps, déposé à Saint-Piat en 1771, têtes et mains coupées (sont en cire) lors de la révolution française revint au couvent du quai Taille-Pierres lors du retour des clarisses (1837-2008). Un miracle que cette conservation du corps? Non, le phénomène reste inexpliqué, mais il est d’autres exemples.

Pas très catholique

Bel exemple, Claude Meret, dit «La Violette», natif de Chanteau à cinq lieues d’Orléans. Avec le régiment du Dauphin à la bataille de Steenkerke il eut la jambe rompue dans un fossé. il est mal soigné, transporté à l’Hôpîtal royal de Marvis; les chirurgiens Brisseau (un Tournaisien) et Martial (autre source Marghat) s’emploient à le guérir. Efforts vains, leur patient meurt le 11 novembre 1692.

La dépouille, déposée sur de la paille ne montre aucun signe cadavérique le lendemain, pour l’enterrement. Son teint vermeil étonne.

Le temps passe, le corps reste intact. Michel Brisseau rédige un rapport «il semblait dormir, les articulations étaient souples, aucune mauvaise odeur ne se dégageait».

Le bruit s’en répand, civils et militaires veulent voir, toucher, croyant au miracle. Après 23 jours sans changement, Claude Méret est enterré en cercueil de plomb près de l’autel de la chapelle de l’hôpital. Celui-ci a disparu, ne reste que deux pierres commémoratives fixées au transept de la cathédrale.

Vers Paris

Chez les clarisses, un certain rituel permet de s’apercevoir d’une non-corruption.

Les premières religieuses arrivent à Tournai le 2 juillet 1628. L’accueil est chaleureux, fastueux pour les six sœurs que dirige Marie-Françoise Vanderhaeghen, première abbesse.

Des dons importants leur permettent d’acheter le refuge de Marchiennes en la rue Saint-Piat – des Clairisses – le 4 février 1630.. Elles y élèvent bâtiments claustraux et église, y mènent la vie voulue par la règle réformée de sainte Colette de Corbie: pauvreté et prières.

Mlle Vertegans suit cette vie d’oraisons et de services que vient briser le décret de l’empereur Joseph II supprimant les couvents «jugés inutiles». Le 24 avril 1782, l’inventaire démontre la pauvreté du couvent, la communauté soit 24 sœurs et 6 converses ne possède que six florins et six sols d’argent.

Défense leur est signifiée de se retirer en France mais, «les corps en entier – un examen postérieur le prouva – de Françoise Vanderhaeghen et Jeanne Stratemans furent transférés aux Récollets puis, via Arras, à Paris». Cette translation ne fut pas la seule, un autre document, assez lacunaire, affirme qu’une dizaine de corps de religieuses n’ayant pas subi la corruption charnelle furent accueillis à Saint-Denis chez les Carmélites.

Quant au couvent de Saint-Piat, il fut acheté en 1786 par Piat Lefebvre qui y établit sa manufacture de tapis.