BELGIQUE

L’aide européenne aux licenciés wallons de Carrefour bloquée

L’aide européenne aux licenciés wallons de Carrefour bloquée

Photo News

L’intervention du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) pour aider 400 travailleurs licenciés par la chaîne de grande distribution Carrefour en Wallonie a été bloquée mercredi au niveau des États membres de l’UE. Une enveloppe d’1,6 million d’euros est en jeu, pour un train de mesures totalisant 2,7 millions d’euros selon les estimations.

De manière surprenante, un État membre de l’Union a voté contre le déblocage de ces fonds. Il s’agit de la Suède, a-t-on appris à bonne source. Une dizaine d’autres États membres se sont abstenus.

La mesure a en revanche été approuvée mercredi en commission des Budgets du Parlement européen, où on était visiblement surpris et énervé par le blocage inattendu dévoilé le matin-même en Coreper, instance qui rassemble les représentations permanentes des États membres.

«Il n’y a donc pas eu la majorité qualifiée requise pour adopter» la proposition d’intervention du FEM dans le dossier Carrefour, a constaté un Olivier Chastel (Renew Europe) amer face aux autres eurodéputés de la commission des Budgets. L’intervention financière du FEM avait été demandée par la Région wallonne, pour accompagner des centaines de travailleurs licenciés en 2018 par les supermarchés Carrefour. Son approbation, par le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’UE, devait presque être une formalité, après la proposition début octobre par la Commission européenne d’accorder une enveloppe d’1,6 million (pour 400 personnes licenciées et 330 jeunes sans emploi).

Cela a cependant coincé au niveau du Conseil, mercredi matin, une surprise qui a visiblement choqué plusieurs parlementaires de la commission des Budgets qui se rassemblait peu après. «La position du Conseil est inacceptable», a fulminé dès l’entame de la réunion le rapporteur sur ce dossier, le Portugais José Manuel Fernandes (PPE). La proposition de débloquer 1.632.028 euros a été rejetée «sans justification, alors qu’avant, le Conseil a fait des adoptions similaires», s’est irrité le parlementaire, qui a qualifié de «honte» la position du Conseil.

Olivier Chastel a lui aussi «regretté ce précédent». «Je regrette surtout que le Conseil semble déjà penser à l’évolution des différentes possibilités de mobilisation du Fonds alors qu’il faudrait ici statuer sur les règles actuelles du Fonds», a-t-il ajouté.

Des échos de différents eurodéputés, il ressort que les États-membres qui se sont abstenus ou opposés dans ce cas estiment que la concurrence de l’e-commerce n’est pas une raison valable pour débloquer des finances du FEM.

Le rapporteur José Manuel Fernandes a lui-même estimé que le Conseil semble vouloir changer les règles d’attribution d’enveloppes financières. S’il veut revoir le fonctionnement du FEM, c’est pour le futur qu’il doit le faire, et pas dans des dossiers en cours, a critiqué le Portugais, suivi aussi dans cette logique par Johan Van Overtveldt (Groupe des Conservateurs et Réformistes européens), président de la Commission des Budgets, Kris Peeters (PPE) ou encore Benoît Lutgen (PPE). Johan Van Overtveldt a vivement critiqué une gestion des dossiers visiblement «à la tête du client», alors qu’un soutien financier à la suite de licenciements de 2017 dans le secteur du retail finlandais a encore récemment été approuvé. «On peut au moins s’attendre à ce que tous les dossiers soient traités de manière uniforme».

Les négociations en trilogue sur ce dossier débuteront dès jeudi. Dans cette procédure cependant, «les marges de manœuvre sont assez étroites», a d’ores et déjà averti Olivier Chastel.