LITTÉRATURE

Dubois bat Amélie Nothomb sur le fil au Goncourt et un Renaudot surprise: ce qu’il faut savoir sur ces prix littéraires

Dubois bat  Amélie Nothomb sur le fil au Goncourt et un Renaudot surprise: ce qu’il faut savoir sur ces prix littéraires

AFP

Le couronnement de «Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon» récompense l'un des meilleurs écrivains français actuels.

Il s'en est fallu de peu pour que, ce lundi à 13h, devant le célèbre restaurant parisien Drouant, Didier Decoin annonce que «le prix Goncourt 2019 a été attribué à Amélie Nothomb». En effet, l'auteure de Soif, pour la troisième fois en lice après Stupeur et tremblements (1999) et Ni d'Ève, ni d'Adam (2007), a, au deuxième tour de scrutin, recueilli quatre voix contre six à Jean-Paul Dubois. Elle ne sera donc pas la sixième Belge à être célébrée par le plus fameux prix littéraire français, quatorze ans après François Weyergans.

«Je serai à peu près le même demain que quand je suis arrivé ce matin», a déclaré le lauréat en recevant son chèque de 10€, plus une promesse de vente d'un minimum de 250 000 exemplaires. Né en 1950 à Toulouse, où il réside toujours, Jean-Paul Dubois a été longtemps reporter au Nouvel Observateur. Il publie depuis trente-cinq ans des livres qui touchent un public fidèle et dont les titres donnent généralement le ton, soit décalé (Les poissons me regardent, Parfois je ris tout seul), soit plus sombre (Prends soin de moi, La vie me fait peur). Plusieurs d'entre eux ont été adaptés au cinéma ou à la télévision: Kennedy et moi (avec Jean-Pierre Bacri), Vous plaisantez, Monsieur Tanner (avec Jean-Paul Rouve), Le cas Schneider (devenu La nouvelle vie de Paul Schneider, avec Thierry Lhermitte) ou Si ce livre pouvait me rapprocher de toi (devenu Le fils de Jean). En 2004, il a reçu le prix Femina pour Une vie française.

C'est donc un excellent écrivain qu'Éric-Emmanuel Schmitt, Bernard Pivot et autres Tahar Ben Jelloun ont honoré, tout juste cent ans après À l'ombre des jeunes filles en fleur de Proust. Quand débute Tous les hommes n'habitent pas de la même façon (L'Olivier, voir nos éditions du 14 septembre), Paul est en prison à Montréal. Le récit de sa vie en cellule avec un biker mal dégrossi alterne avec celui de son parcours qui l'a mené jusque-là. Un beau roman sur l'échec et la solitude même si, par sa construction et sa trame un peu convenues, ce 22e livre de Dubois n'est peut-être pas le plus représentatif de ce qui fait sa singularité: une sorte de déconnexion de ses héros avec une réalité qui leur échappe, portée un humour mélancolique.

Comme l'an dernier, le jury du prix annoncé dans la foulée du Goncourt, notamment composé de Le Clézio, Giesbert et Beigbeder, a sorti de son chapeau un livre qui ne figurait pas dans sa liste finale; La panthère des neiges de Sylvain Tesson (Gallimard), l'un des rares écrivains-voyageurs actuels. Dans ce récit, l'auteur de Dans les forêts de Sibérie, où il racontait les six mois passés seul au bord du Lac Baïkal (prix Médicis de l'essai), ou de Berezina, sa traversée de la Russie à side-car sur les traces de Napoléon, relate comment il est parti au Tibet, avec le photographe Vincent Meunier, guetter cet animal que l'on croyait disparu en raison du braconnage. Sur ce beau texte, qui permet en outre à Tesson de se remémorer certains souvenirs, nous reviendrons plus longuement dans nos prochaines éditions.