TOURNAI

Le Tournai d’avant: bien national, l’abbaye est vendue, au plus offrant

Même au XXIe siècle, l’angélisme n’a pas plus cours qu’au Moyen Âge; piller les villes conquises est aussi vieux que le monde et l’autoriser à leurs soldats garantit aux généraux leur combativité. Les exemples sont innombrables.

Au cours de son histoire tumultueuse, Tournai ne fut jamais soumise à de tels saccages avant le fin du XVIIIe. À peine voyons-nous le rachat de cloches pour les contributions de guerre…

Vinrent les troupes françaises, la révolution et le rejet de la religion.

Des scellés avant saisie

Couvents, institutions (sauf les Ursulines), églises et abbayes sont soumis au même sort. L’abbaye Saint-Martin, la plus riche en est exemple.

8 novembre 1892, le général Labourdonnai et son état-major logent à l’abbaye; le 25, il est exigé des bénédictins 25 000 francs, devenus 50 000, dans un climat peu amène.

Le 7 février, inventaire de la maison, livres et argent sont enlevés par les Clubistes et les Conventionnels.

Cette première incursion française est courte, le 31 mars 1793, Autrichiens, Hanovriens et Anglais sont accueillis en triomphe, leurs généraux sont à Saint-Martin, la ville s’illumine.

3 juillet 1794 vers 8 h, retour français, Saint-Martin est choisi pour gîte des généraux. Cloches, bals, lumières. Versatile la foule!

Le 26 août, spoliation de tableaux «Saint-Martin délivrant un démoniaque» de Jordaens et «L’adoration des mages» de Rubens». D’autres tableaux sont enlevés de la galerie ainsi que des livres très rares en grande quantité (176 manuscrits et enluminures). L’ordre donné à un certain Tinet est clair: «Faire rentrer en France tous les tableaux mis en réquisition, visiter l’église où seraient encore des tableaux précieux».

Les Teniers, Brauwer, Neefs, Breughel de Velours, Jordaens, Seghers, Pourbus, Van Nègre passent la frontière.

De surcroît, l’abbaye doit nourrir ses hôtes: en 1994, en 6 mois, 60 pièces de vin sont bues. Des sinécures dans un tourbillon de sévices, de querelles, d’ordres de réquisition.

Le 22 septembre 1796 est présentée une «espèce d’édit de suppression» avec liste nominative; le 18 novembre, expulsion définitive des moines. Le lendemain, le général fit emporter, sur douze chariots, le contenu des chambres monacales.

Vente à l’encan

Dans ce désastre, quelques sauvetages: le maître-autel (1727), une série de Pourbus le Vieux (au séminaire) et quelques brimborions disséminés ici et là. Peu.

Bien national, l’abbaye est vendue, au plus offrant.

L’ex-palais épiscopal fut adjugé le 11 juin 1804 à Allard-Vinchent, Delbarre et Renard pour 132 000 francs.

Les bâtiments claustraux, remises, pavillons et vaste jardin ne furent acquis pour 103 500 francs que le 24. décembre 1812 par a Commission des Hospices. Laquelle céda l’ensemble à la ville moyennant 59 063 florins, la disposition de locaux et une rente annuelle de 2 362,50 florins.

Le bruit des pioches remplaça celui des chantres, l’église disparut en 1804 avec nombre d’autres édifices, la venue des édiles évita le même sort au palais de l’abbé Délezenne.